Une carte blanche de Laurent Hermoye, docteur en sciences médicales, président de l’Association pour la Défense des Droits des Médecins en Formation de 2007 à 2014.

Le 28 septembre 2007, l’Association pour la Défense des Droits des Médecins en Formation – que je dirigeais – tirait la sonnette d’alarme. Pour dénoncer les conditions de travail inacceptables des médecins en cours de spécialisation. Des semaines de 130 heures. Des interventions parfois hasardeuses et sans supervision. Une omerta pour dissuader quiconque oserait en parler.

Quatorze ans plus tard, le comité interuniversitaire des médecins candidats spécialistes (CIMACS) fait le même constat. Et lance un préavis de grève au finish à partir de ce jeudi.

Dérives récurrentes

« Il y a 30 ans, la situation était bien pire » (La Libre Belgique, 6 décembre 2007). « On nous répond souvent que c'était pire avant » (La Libre Belgique, 15 mai 2021). De génération en génération, le même discours perdure. Un argument qui ne justifie pourtant en rien les conditions de travail difficiles auxquelles les jeunes médecins doivent faire face.

La loi du 12 décembre 2010 définit les conditions de travail des médecins en formation. Mais cette loi est souvent violée par les hôpitaux, faute de contrôles.

Dans un avis rendu le 10 décembre 2012, le parquet près la cour d’appel de Bruxelles le constatait déjà : « Il ne paraît pas contesté ni contestable que les rythmes de travail en tant que tels imposés aux médecins en formation et/ou médecins stagiaires sont extrêmement difficiles, voire harassants ».

« Remettez des piles dans l’assistant ! »

Le compte Instagram @balancetonhosto.be compte plus de 2.000 abonnés. Les témoignages qu’on y trouve sont glaçants : « En première année de chirurgie, j’étais amené à faire des week-ends de garde de 86h… Il m’est arrivé de m’endormir en opérant le lundi après-midi. " Remettez des piles dans l’assistant ! " est la phrase qui m’a réveillé… ».

Certes, le manque de financement des hôpitaux a exacerbé le problème. Mais il est avant tout culturel. Une culture toxique se perpétue de génération en génération.

Les années d’apprentissage, marquées par une pression intense, produisent une norme sociale qu’il sera ensuite difficile de remettre en cause. Presque comme un bizutage. Devenus maîtres de stage, les anciens étudiants appliquent naturellement aux arrivants les schémas qu’ils ont subis.

Dangers avérés

Plusieurs études publiées dans le New England Journal of Medecine et le Journal of the American Medical Association ont montré le danger de telles pratiques. Avec, par exemple, un manque de sommeil qui conduit aux mêmes (contre-) performances qu’un individu saoul. En salle d’op !

Quatorze ans plus tard, les médecins en formation ont, à nouveau, trouvé le courage de dire stop. Pour mettre fin à une situation illégale. Pour jeter les bases d’une médecine plus humaine. Pour nous rappeler que ceux qui prennent soin de nous méritent, eux aussi, d’être respectés.

Un message que la surcharge de travail dans les hôpitaux, face à la pandémie, fait résonner d’autant plus fort.