Un texte de Louka Lacroix, directeur de Advocacy Programme et s'exprimant au nom de l’association européenne des étudiants en droit en Belgique (ELSA Belgium).

A l’heure où la population belge semble de plus en plus lasse en l’absence de perspectives claires quant à l'issue de la crise sanitaire, un outil tel que l’application "Coronalert" mérite l’attention, aujourd’hui plus que jamais. En effet, la prolongation du confinement, l’annonce d’une mutation anglaise plus contagieuse​​ et les retards de livraison des vaccins​ rendent celle-ci d’autant plus indispensable. En effet, cette application a pour finalité de réduire le nombre de contaminations, mais – à l’instar de Uber ou Tinder – celle-ci ne peut atteindre son plein potentiel que si le nombre d’utilisateurs est assez élevé. Les experts estiment qu’il faudrait idéalement que 60% de la population belge l’utilise​, or à ce jour, le nombre de téléchargement est à peine supérieur à 15%​. Ce taux est suffisant pour que l’application soit efficace, mais largement en dessous du taux d’adhésion idéal. L’association européenne des étudiants en droit en Belgique (ELSA Belgium), auteure du présent texte, est convaincue qu’il est possible, et même souhaitable, de faire un meilleur usage de cette application. Afin de promouvoir son utilisation, l’association a identifié et analysé cinq réserves potentielles à l’égard de cette application, afin d’y apporter les réponses pertinentes et dissiper les éventuelles craintes infondées.

1. Confidentialité et fonctionnement de l'application

La première préoccupation concerne le respect de la vie privée. Une application de traçage peut engendrer la peur d’être espionné par le gouvernement. Une réponse courte à cela : Coronalert est conçue pour que ce ne soit pas possible. L'application fonctionne comme suit. Tout d'abord, vous devez activer Bluetooth. L'application commencera alors à diffuser des codes cryptés et anonymes, ainsi qu'à recevoir ces codes générés par d'autres appareils. Plus vous vous rapprochez d'un autre appareil, plus votre propre appareil recevra de codes. Idem pour le temps que vous passez avec un autre appareil. Lorsqu'un autre utilisateur est testé positif, il a le choix de l’indiquer sur l'application et l'appareil essaiera d'avertir les personnes qui ont été proches de cette personne durant plus de 15 minutes au cours des deux dernières semaines. Cela compte alors comme un contact avec une personne infectée. Si vous collectez par la suite 10 contacts de ce type ou plus endéans les deux semaines, vous serez considérés comme étant "à risque". Cela signifie que vos chances de contracter et de propager le virus sont plus élevées que la moyenne. Cela signifie que l'appareil ne sait pas où vous vous trouvez ni combien de personnes vous côtoyez. Il ne mesure que la distance entre votre appareil et celui de quelqu'un d'autre. Le gouvernement ne peut donc techniquement ni vous suivre, ni vérifier que vous respectez les mesures mises en place par celui-ci. Toutes les données collectées sont également automatiquement supprimées après deux semaines. Ainsi, l'application s'intègre parfaitement à la fois aux réglementations nationales sur la confidentialité et au RGPD de l'UE. Vous pouvez trouver une explication plus détaillée en cliquant sur ​ce lien​.

2. Les ondes Bluetooth

Certaines personnes semblent également s'inquiéter des effets nocifs que les ondes Bluetooth en continu pourraient avoir sur leur santé. A ce sujet, nous nous permettons de rassurer ces personnes préoccupées. Les ondes émises par Bluetooth ne sont en fait pas plus nocives que celles que nous côtoyons au jour le jour (wifi, 4G, réseau cellulaire...). Le rayonnement Bluetooth, au même titre que les rayonnements radio ou de télévision, correspond à ce que l’on appelle un "rayonnement non ionisant"​, c'est-à-dire ​qu’il transporte trop peu d’énergie que pour endommager l’ADN​​. Selon l’OMS s’il est clair que les rayonnements ionisants tels que les UV s’avèrent nocifs​, les preuves de la nocivité des rayonnements non ionisants (tel que les ondes Bluetooth) sont loin d'être suffisantes et sont considérées comme sûres pour l’instant​.Cependant, si vous êtes attaché au principe de précaution, vous pouvez choisir de n’activer votre Bluetooth que lorsque vous sortez et que vous entrerez en contact avec d'autrespersonnes.

3. L’aspect (pas très) pratique de la quarantaine

La mise en quarantaine liée à l'application est un des aspects plus pratique qui semble empêcher de nombreuses personnes à faire le pas du téléchargement. Après tout, l'application conseille en effet un auto-isolement de 7 jours minimum aux personnes “à risque”. Pourtant, comme nous l'avons déjà expliqué, pour arriver à un risque accru, il faut déjà avoir accumulé plus de dix contacts positifs en 2 semaines. Pour y arriver, il faut déjà sortir ou voir des gens assez régulièrement... Même les gens qui voyagent souvent en transports en commun ou qui entrent fréquemment en contact avec d'autres personnes lors de leur travail n’ont pas de raisons de s’en préoccuper. Si l’on s’en tient aux règles prescrites en matière de distanciation sociale, il sera difficile d’atteindre dix contacts. De plus, votre appareil ne peut ni techniquement, ni légalement vous obliger à vous mettre en quarantaine. Vous serez le seul à savoir que vous êtes à risque (même si vous partagez l’information sur l’application, puisque vous restez anonyme pour les autres) et à pouvoir décider de vous isoler. Cet avertissement ne fait donc appel qu'à votre sens de la responsabilité ainsi qu'à votre sens pratique. Dans ce sens,​​ ce que vous choisissez de faire après avoir reçu unenotification ne doit pas être vu de manière binaire : quarantaine ou pas de quarantaine. De nombreuses options intermédiaires sont envisageables. Par exemple, vous pouvez vous retirer complètement durant les premiers 3-4 jours et ensuite ne pas sortir à moins que cela ne soit strictement nécessaire. Vous pouvez aussi accorder une attention accrue à la distance sociale et reporter les rendez-vous avec vos amis ou votre famille - surtout s'il y a une personne à risque parmi eux. L’option à privilégier est une quarantaine stricte, mais il ya des gens qui ne peuvent - ou ne pensent pas pouvoir - y adhérer pour des raisons pratiques, comme le travail. Nous pensons donc qu'il est toujours préférable pour ces personnes d’utiliser l’application en prenant des mesures légèrement moins efficaces, que de ne pas utiliser du tout. N'oubliez pas : une personne avertie en vaut deux. Ne mettez pas en danger votre santé et celle des autres par un comportement imprudent, dont les conséquences potentielles sont plus que prévisibles.

4. Le stress de la notification

Le fait de recevoir une notification vous étiquetant comme étant "à risque" peut s’avérer anxiogène. Néanmoins, rappelez-vous qu’être notifié ne signifie pas que vous êtes infecté. Cela veut simplement dire que vous courez un risque plus élevé que la normale d'être infecté. Il est alors recommandé, mais pas toujours nécessaire, de se faire tester. De la même manière que l’on prendrait la main d’un enfant lorsqu’il traverse la route, il est préférable d’éviter de voir sa grand-mère lorsque l’on est à risque. Ces différents concepts de risque ne sont pas fondamentalement différents si ce n’est que la voiture, on la voit arriver... D’où l’utilité d’une application qui évalue le risque invisible à nos yeux! Ne laissons donc pas cette angoisse nous empêcher de télécharger et d'utiliser l'application. Le danger ne disparaît pas comme par magie lorsque l’on ferme les yeux, au contraire, il est plus susceptible de se faufiler sous notre nez.

5. La paresse ?

Nous avons tous un côté paresseux dont nous avons un peu honte, mais pensons à l’impact que cette application pourrait avoir. Nous avons souvent tendance, en tant qu’humain, à se représenter les augmentations de manière linéaire. Pourtant, les augmentations d’infections sont souvent exponentielles, ce qui veut dire concrètement que celles-ci augmentent bien plus vite qu’on ne le pense. Imaginons un exemple concret dans un cas ou le Covid-19 a un taux de reproduction de base de 4 (le nombre moyen de personnes infectées par individu contagieux), ce qui était à peu près le cas sans confinement​​. Si l’on peut empêcher ne serait-ce qu'une seule personne d’être contaminé par une autre, celle-ci n’infectera pas 4 personnes autour d’elle, et ces 4 personnes n’infecterons pas chacune 4 personnes autour d’elles, et ainsi de suite... S’il on répète cette opération 10 fois, l’on arrive à un peu plus d’​1 million​ de personnes sauvées d’une infection, rien que parce que la personne contagieuse aurait été prévenue par l’application qu’elle était à risque ! Donc, des actions qui peuvent nous sembler négligeables à notre échelle peuvent en fait avoir des conséquences phénoménales au niveau sociétal, et donc avoir un impact majeur sur la vie de chacun des individus qui la compose. Si nous nous y mettons tous, nous avons la possibilité très concrète d’inverser cet effet boule de neige des infections qui jouent contre nous depuis des mois et l'utiliser à notre avantage. Grâce au pouvoir de cette application à prévenir les infections systémiques, nous pourrions obtenir des confinements moins stricts ainsi qu’éviter de potentiels reconfinements.

Conclusion : une application avec beaucoup d’avantages et peu d’inconvénients

Nous résumons. Une application qui : vous prévient lorsque vous êtes à risque ; respecte impeccablementvotre vie privée ; ne peut vous nuire au niveau santé ; vous conseille sur la démarche à suivre lorsque vous êtes à risque, sans vous obliger à rien ; ne prend que 2 minutes à installer et utiliser ; nous permettrait à tous et à toutes, si suffisamment d’entre nous décident de l’utiliser, de subir moins de restrictions sur nos chères libertés et ainsi de mieux profiter de la vie. De plus, les rares inconvénients de celle-ci sont minimes et peuvent être facilement évités tel que nous l’avons souligné plus haut. Par exemple, si les ondes Bluetooth vous posent véritablement problème, vous pouvez activer l’application seulement lorsque vous sortez dehors, de la même manière dont vous nouez vos lacets avant de sortir. Ne perdons donc pas le potentiel de cette application pour des raisons non fondées. Montrons notre solidarité vis-à-vis de notre courageux personnel soignant en utilisant l’application afin d’alléger leur tâche. Ces deux petites minutes d'installation peuvent faire toute la différence. Lorsque tout le monde balaie son trottoir, toute la rue est propre. Alors commencez par​​ votre trottoir​. La rue suivra.

>>> Le chapô est de la rédaction.