Le mercredi 22 juillet, les Arméniens de Belgique manifestaient à Bruxelles en protestation contre l’attaque dont l’Arménie fut victime la semaine dernière. Le 12 juillet dernier, une attaque avait eu lieu à la frontière au nord de l’Arménie ; les combats se sont poursuivis tout au long de la semaine. Cette attaque d’une grande violence par les forces azerbaïdjanaises est sans précédent dans la mesure où elle aurait visé des cibles civiles sur le territoire de l’Arménie même, y compris une école maternelle. 16 personnes au moins, Azéris comme Arméniens, ont déjà trouvé la mort dans les combats de la semaine.

Ces combats constituent le dernier épisode du conflit du Nagorno-Karabakh, qui dure depuis près de 30 ans. C’est peu dire que l’Union européenne et le gouvernement belge le traitent avec nonchalance. Ainsi, l’Union européenne a-t-elle « demandé instamment », comme à chaque reprise des combats, "aux deux parties de mettre un terme à la confrontation armée [et] de s'abstenir de toute action et de tout discours source de tensions […]".

Rappelons qu’à l’occasion d’un précédent épisode particulièrement meurtrier, en avril 2016, des soldats azéris avaient torturé ou exécuté près de 30 prisonniers arméniens, civils et militaires, dont certains avaient même été décapités. Ces atrocités n’ont fait l’objet d’aucune condamnation de la part de l’UE ou de la Belgique. Nombre de précédents de ce type permettent de craindre de nouvelles atrocités à l’avenir. L’Azerbaïdjan a d’ailleurs refusé en 2016 que soient instaurées des mesures de confiance proposées par les médiateurs qui auraient permis de dissuader les attaques.

Les autorités turques n’ont pas eu la même retenue que l’Europe: le président Erdogan, suivi par ses ministres et par la presse turque, a déclaré que "nous allons continuer d’être aux côtés de l’Azerbaïdjan avec tous nos moyens". Rappelons que la Turquie, puissance régionale et première armée de l’OTAN en Europe, continue de nourrir une hostilité ardente et sans nuances à l’égard des descendants des survivants du génocide de 1915.

Pour une Europe impartiale mais pas neutre

Mais si la Turquie pratique une politique de puissance sans retenue, à l’ancienne, l'Union européenne est en principe une puissance normative et ses objectifs sont différents : elle cherche à stabiliser son voisinage immédiat et à y promouvoir le droit international, les droits de l’homme et la paix.

La première condition de la paix est que la vérité soit dite : que les attaques et les atrocités soient dénoncées, quelqu’en soit l’auteur. Mais depuis près de 30 ans, l’Europe se tait. A force de trahir ses valeurs par crainte d’Erdogan, l’Europe perd peu à peu la confiance de ceux qui en espéraient tant.

Notre pays, comme l’Europe, commet la faute de confondre neutralité et impartialité. Leur posture de neutralité constitue en effet une invitation à l’escalade et un blanc-seing aux atrocités qui accompagneraient inévitablement des combats d’envergure.

Une réelle action en faveur de la paix et des droits de l’homme exigerait que notre pays et l’Europe soient impartiaux, mais pas neutres : qu’ils se montrent bien informés et dénoncent aussi bien les infractions au cessez-le-feu que les exactions qui pourraient être commises. Si nous ne sommes pas capable de "bien nommer les choses", que reste-t-il de l’ambition de l’Europe politique à faire régner la paix sur notre continent ?