Une opinion de Maxence Van Impe, ‘cheval de Troie’ et zinneke.

Dans la politique belge, rien n’importe plus que l’image du parti. La joute verbale et la couverture médiatique sur les réseaux sociaux l’emportent de loin sur l’idéologie désormais. Pendant que quelques rares s’en plaignent, d’autres tirent cela à profit pour que des tiers finissent convaincus jusqu’à acheter un bout de plastique qui les désigne comme membres de leur club ou se contentent de voter pour eux.

Bercé dans une famille anciennement de gauche puis de plus en plus conservatrice et francophone, je me suis intéressé progressivement à la N-VA. Grâce à mes commentaires et mon activité sur les réseaux sociaux, ledit parti fut de plus en plus intéressé par mon profil jusqu’à organiser une rencontre avec l’un des responsables locaux.

J’étais encore étudiant en Sciences Politiques à l’époque et malgré cela cet homme a facilement réussi à me convaincre en utilisant parfois même un mot de français quand il découvrit mes quelques lacunes dans le jargon politique flamand.

Chez Ben Weyts

Je restai cependant encore méfiant quand quelques mois plus tard, ils me proposèrent de me joindre à leur liste électorale. Je refusai d’abord avant de me faire sermonner, parce qu’à cause des moyens investis en cette campagne cela n’aurait pas été sympathique de les laisser tomber soi-disant. Étant toujours moyennement convaincu, ils me proposèrent de rencontrer Ben Weyts chez lui. Il vous faut savoir que je suis le genre d’homme à aller à la rencontre des témoins de Jéhovah afin d’avoir une bonne conversation, je ne pus donc refuser.

Après avoir parlé des porcs qu’il héberge dans son jardin, de son amour pour les animaux et d’avoir profité de son hospitalité il était temps d’entrer dans le vif du sujet. "Je suis un nationaliste flamand et je n’en ai pas honte", dit-il.

"Moi je ne le suis pas" me contentai-je de lui répondre.

© D.R.

On s’est finalement mis d’accord pour dire qu’il s’agissait uniquement de Beersel, des élections communales. J’acceptai donc d’aller à quelques réunions, d’y passer des interviews pour des journalistes sélectionnés par les soins de la N-VA. Certains m’y firent parfois l’offense de dire que j’étais bien intégré, alors que ma famille est liée à Beersel depuis 4 générations alors qu’en face ils étaient des Flamands tout juste arrivés dans mon Heimat brabançon. Mais je décidai d’ignorer ces maladresses pour me concentrer sur la polémique du moment, Schild en Vrienden.

Ils paraissaient, pour la majorité, offensés par cette affaire et regrettaient aussi l’impact que cela risquait d’avoir sur l’image du parti, n’oublions pas que celle-ci est importante. Ma tâche de francophone du parti en fut plus difficile ; pas uniquement par la méfiance redoublée des francophones que je devais convaincre, mais aussi face aux réactions de la branche forte de la N-VA et des offensives du Vlaams-Belang. D’après les durs du parti et le futur parti de Van Langenhove : je n’étais qu’un cheval de Troie. Aujourd’hui, je regrette de ne pas l’avoir été.

"Grossiers francophones"

Je reçus une invitation afin de me présenter avec une autre candidate francophone sur un plateau télévisé. Parfait ! On pourrait enfin redorer le blason du parti, ou tenter d’y porter notre contribution du moins. Nous y étions invités afin de parler de ce qui nous motivait assez pour nous présenter au nom de la N-VA dans nos communes respectives. Nous fûmes trompés parce que nos interlocuteurs venaient de communes à facilités pour parler de celles-ci au lieu de parler des motifs qui nous poussaient, francophones qui ne viennent pas de communes à facilités, à faire campagne.

Autant dire que ce débat ne fut pas des plus agréables. Ma coéquipière tenta de défendre le confédéralisme, la politique d’Homans, Théo Francken alors que moi j’étais venu pour Beersel et que je ne comptais aucunement défendre le programme fédéral de la N-VA. Mais j’y fus un peu contraint. Dégoûté par ce débat je reçu cependant les félicitations des membres du parti. L’image du parti se porte mieux, les francophones étaient grossiers. C’est ça qui compte.

Depuis je me suis de plus en plus éloigné de la N-VA, cette campagne produit un déclic. Je ne peux regretter cette expérience, mais je ne la recommande à personne. Vivant toujours dans le Brabant- Flamand je me contente désormais de voter pour le ‘moins pire’, même si celui-ci me déçoit avec les négociations. Tout cela pour dire aux citoyens de garder leur esprit critique face aux affirmations des partis et d’espérer que nos partis francophones ne soient pas aussi naïfs que le francophone que je suis et que je resterai d’après les nationalistes flamands.

Grâce à la N-VA, je suis désormais bien plus fier d’être Belge et Brabançon et la nation flamande artificielle avec son ‘Vlaamse canon’ ne me charmera jamais plus que notre Belgique soi-disant artificielle d’après un certain historien flamand.