Une opinion des membres de la commission de surveillance pénitentiaire de Nivelles.

Le titre de cette opinion est provocant car les détenus subissent de pleine fouet un mouvement de grève qui les prive de contacts sociaux, familiaux, de préau, téléphone, douches, repas, …. tandis qu’ils demeurent confinés en cellule plus de 23 heures par jour.

On entend à l’envi que leur traitement est inhumain et dégradant. Aussi nos tribunaux condamnent-ils l’Etat à des astreintes dans l’attente du retour « à la normale ». Mais on ne peut pas dire que cela provoque beaucoup d’émotion. D’aucuns vont jusqu’à soutenir « qu’ils n’ont que ce qu’ils méritent » et que la peine de mort arrangerait bien les choses.

Il reste que sur le terrain, le personnel pénitentiaire (direction et agents) déploie de gros efforts afin que les effets de la grève soient atténués au maximum.


Mais cela suffit !

La raison nous commande de penser que le détenu « sortira un jour ». Après un délai plus ou moins long suivant la gravité des faits commis. Il sortira, c’est un fait !

La prison est une peine privative de liberté, celle d’aller et venir, sans plus. Le détenu ne devrait pas être privé de ses autres droits fondamentaux (lire, travailler, avoir une hygiène suffisante, pratiquer un sport, communiquer avec l’extérieur, étudier, se soigner,….) mais on observe qu’il est confronté à l’isolement, l’oisiveté, la promiscuité, à la perte ou à la fragilisation de ses liens familiaux.


La privation de liberté n’est pas une privation de dignité.

Dès que l’on passe derrière les barreaux, il faut songer à la sortie. Malheureusement, et c’est le cas à l’heure actuelle, faute « d’un plan personnel de réinsertion » (prévu par une loi restée lettre morte depuis 11 ans), le détenu se retrouve à l’extérieur sans perspective d’avenir, démuni, désemparé voire chargé d’un profond mépris vis-à-vis de la société. Des détenus nous disent parfois « quand je sortirai, j’aurai envie de tout casser ».

Le taux de récidive est le fruit des carences du système, plus de 40% voire plus. Dans les pays scandinaves, il est inférieur de moitié ; la population carcérale y est inférieure dans la même proportion. En Suède, on ferme des prisons faute de détenus.

Nous avons souvent l’impression que la société ne veut s’occuper que d’une seule chose : la sécurité par la neutralisation en raison de la dangerosité présumée des détenus.

Par manque d’assistants sociaux en nombre suffisant, les rapports psycho-sociaux exigés avant toute première permission de sortie ne sont rendus, le plus souvent, qu’avec de nombreux mois de retard – au mépris des délais légaux - ce qui reporte d’autant les possibilités concrètes de libération conditionnelle. Il en résulte une lassitude conduisant au choix d’aller « à fond de peine » en négligeant tout travail de préparation à la « sortie ».

Durant sa détention, le détenu attendra plus d’un an avant d’obtenir un rendez-vous avec un psychologue.

Et que dire du manque de formation, notamment la plus basique, lire et écrire. On peut évoquer le cas de ce détenu âgé d’environ 35 ans, ayant passé 15 années en prison et qui ne sait toujours pas lire et écrire. Aberrant !

Faute d’encadrement, de formations et d’activités par manque de personnel, comment présenter une évolution suffisamment positive pour une réinsertion ?

Que dire des cantines et des locations de matériel hors de prix dont les opérations comptables ont un caractère chargé de mystère faute d’un programme comptable digne de ce nom valable pour toutes les prisons belges.

Et que dire enfin de la consommation de drogue : à défaut de projet de réinsertion, on s’ « évade ».

Toutes ces frustrations génèrent haine et colère que les membres de la direction et les agents pénitentiaires tentent de contenir avec plus ou moins de succès. Plutôt plus que moins car sans eux, comme le soulignait un directeur, rien ne fonctionnerait.


Le découragement des détenus n’a d’égal que celui de la direction et des agents.

C’est avec raison que les directeurs de prison soulignent l'engagement professionnel, le dévouement de leurs agents et la pénibilité de leur job.

Nos responsables politiques ont-ils conscience que nos institutions tentent de faire jouer aux directeurs de prison et aux agents pénitentiaires un rôle qui les dépasse complètement et que c’est avec eux, en 1ère ligne, que les détenus tissent des relations humaines et structurantes.

Surréaliste d’entendre le ministre de la justice déclarer qu’il essaie de comprendre le mouvement de grève alors qu’en Flandre, tout est calme. Il oublie les récentes condamnations de la Belgique pour les traitements inhumains et dégradants infligés à des détenus des prisons de Leuven et Merksplas.

Chapeau car c’est au prix d’une privation de votre rémunération, jusqu’à 50 %, que vous faites la grève

Merci car grâce à vous, le système carcéral est mis sur la sellette : selon le dictionnaire, « pressé de questions, il est obligé de parler ».

Ceci constitue un appel à la responsabilité de tous et en particulier des décideurs politiques.

Le spectacle actuel a assez duré. Ainsi, l’Etat se trouve-t-il être l’objet de condamnations à des astreintes qu’il n’honore pas. Donc, un jugement n’a pas de valeur pour L’Etat mais pourquoi donc devrait-il en avoir pour un délinquant ?

Les agents pénitentiaires sont en droit d’attendre du monde politique le même courage que celui dont ils font preuve.