Une opinion du Mouvement des Etudiant.es et Travailleur.ses des Arts en Lutte (M.E.T.A.L.). Retrouvez l'ensemble des signataires au bas de l'article.

Madame la Ministre de la Culture, Monsieur le Ministre de la Culture, Madame la Première Ministre, Madame la Ministre de l’Emploi, 

Nous sommes comédiens, peintres, photographes, graphistes, musiciens, auteurs, sculpteurs, circassiens, réalisateurs, danseurs, techniciens, assistants, costumiers, maquilleurs, scénographes, producteurs, étudiants et travailleurs de bien d’autres secteurs artistiques encore. Nous sommes le Mouvement des Etudiant.es et Travailleur.ses des Arts en Lutte, et nous incarnons le paysage culturel belge de demain.

Nous sommes aujourd’hui particulièrement préoccupés par la place que vous nous donnez dans l’avenir que vous construisez politiquement

Etudiants, notre insertion professionnelle – déjà rude en temps normal – est grandement mise à mal par la crise du Covid-19. Au cours de notre dernière année, nous avons une opportunité d’insertion professionnelle via des stages et/ou des travaux de fin d’études publics. Non seulement cette perspective est envolée, mais surtout : nos futurs employeurs potentiels n’ont aucune idée de quand ils pourront à nouveau offrir de l’emploi. 

Professionnels, nous sommes beaucoup à ne pas avoir accès au chômage. Notre métier a pour spécificité d’induire des contrats discontinus. Nous travaillons au quotidien, nous créons, nous sommes producteurs de valeurs, mais nous avons des emplois de manière intermittente. Sans une protection sociale adéquate, comme les indemnisations de chômage, nous nous retrouvons parfois sans moyens de subsistance. 

Or, l’accès au chômage non dégressif - pourtant appelé "statut d’artiste" - est extrêmement compliqué à atteindre. Il se base sur un nombre de contrats qui ne tient pas compte de la réalité du métier. Actuellement et avec l’absence d’offre d’emploi, l’accessibilité à ce "statut" est rendue impossible.

Une double précarité

Le travail quotidien n’étant pas pris en compte, pour subvenir à nos besoins ou pour payer nos études, la plupart d’entre nous enchaînent leurs journées de cours et/ou leurs travaux artistiques avec un travail alimentaire, souvent dans l’Horeca. 

Or, ce secteur, pour rappel, est le deuxième le plus impacté financièrement par la crise, après la Culture. La fermeture des restaurants et des bars, dont dépendent grandement nos maigres revenus, nous plonge dans une double précarité. Beaucoup de lettres vous ont déjà été adressées, mais après plus de cinquante jours de confinement, aucune mesure concrète n’est venue en aide aux plus précaires du secteur culturel. 

Dans ces lettres, les professionnels du secteur s’échinent à vous faire comprendre notre fonction et notre utilité dans la société. Cela reflète de manière générale ce à quoi nous sommes relégués : la plaidoirie. La crise que traverse actuellement le secteur n’est que le reflet d’une situation qui était déjà alarmante.

Pourquoi nous est-il si compliqué de nous sentir intégrés dans le système actuel ?

Pourquoi avons-nous tant de peine à nous faire entendre et reconnaître ? Devons-nous vraiment utiliser l’argument d’apporter davantage au PIB du pays que le secteur automobile ? Sont-ce les seuls termes qu’il nous faut employer pour que vous nous considériez ? Ou pouvons-nous espérer vivre dans un État où le service public et la solidarité interprofessionnelle auraient une place centrale ? Est-ce utopique d’imaginer une société plaçant la culture parmi les valeurs fondamentales qui la constituent, et considérant son travail, même quand celui-ci ne s’inscrit pas dans l’emploi ? Nous berçons-nous d’illusions lorsque nous cherchons une alternative qui nous permette de vivre de nos métiers sans précarité ? Mesdames et Monsieur les ministres, nous sommes des étudiants et travailleurs, et comme chacun, nous méritons des droits et des perspectives d’avenir.

Nos revendications

Nous nous sommes mobilisés, au sein de M.E.T.A.L., pour défendre ces droits et perspectives d’avenir au mieux. Nous invitons les différents acteurs du secteur à continuer à se fédérer, en solidarité avec les autres travailleurs discontinus et les précaires. Mesdames et Monsieur les ministres, en cette heure où les réflexions sur comment améliorer les conditions de travail du secteur culturel ne sont plus suffisantes, où il s’agit d’agir rapidement pour sauver la Culture, nous vous adressons les revendications suivantes :

Dans la plus grande urgence, et pour répondre à cette situation de crise, nous demandons :

• L'adoption immédiate de la proposition de loi relative à la création d'un fonds solidaire, déposée au parlement par Ecolo et Groen le 28 avril dernier avec son application immédiate et rétroactive depuis le début du confinement
• De plus, nous revendiquons l’accessibilité de ce fonds aux étudiants, précairs et travailleurs des arts n’ayant pas accès à des allocations, comme le suggèrent les revendication de l’USE, les jeunes FGTB, les JOC-Bruxelles et les étudiantes en grève le 08 mars à l’ULB.

Considérant que cette crise est le révélateur de la précarisation majeure d’une partie de notre société, et afin de répondre concrètement à ce constat, nous demandons :

• Pour les travailleurs discontinus (dont font partie les travailleurs des arts), l’application des mêmes conditions d’accès aux allocations de chômage que celles de la loi relative aux travailleurs saisonniers, avec la diminution du nombre de jours travaillés nécessaires à l’ouverture de ces droits à 216 jours sur 21 mois, (dont, pour les travailleurs des arts, 109 jours effectués dans le domaine artistique.)

Pour les travailleurs des arts, nous demandons :

• L’assouplissement des conditions d’accès au chômage non dégressif, dit "statut d’artiste" par :

1. L’abandon de la seconde période nécessaire jusqu’ici à l’obtention dudit statut.

2. Le maintien de la règle du cachet pour l’ensemble des travailleurs qui travaillent à la tâche.

3. Que ces règles d’accès au dit chômage non-dégressif soient accessibles à l’ensemble des travailleurs des arts, tous secteurs confondus. (En ce compris pour les travailleurs des arts enseignant dans le cadre des ESA et des ESAHR.)

4. Par la suite, que les contrats artistiques pris en compte pour le maintien de ses droits auprès de l’ONEM, tiennent lieu de recherche suffisante d’emploi.

5. La non prise en compte de la période du confinement, et ce jusqu’à un "retour à la normale", dans le calcul des futurs indemnités de chômage, (suivant un calendrier à définir en dialogue avec les différents acteurs du secteur.)

6. Dans le cadre de la crise du coronavirus, l’application rétroactive de ces règles à compter du début du confinement.

Revoir le subventionnement de la Culture :

Nous constatons que les questions de l’assurance-chômage et de l’emploi disponible sont en corrélation avec les politiques de subventionnement de la culture. Ces dernières rendent de plus en plus difficiles l’émergence de la jeune création, le développement du secteur culturel, et favorisent des méthodes de rémunération précarisantes (RPI, bénévolat...). 

Nous demandons donc une augmentation des budgets alloués à la culture, et un dialogue pour travailler à une meilleure répartition de ceux-ci. Nous demandons un réel dialogue entre le gouvernement fédéral et les différents acteurs du secteur des arts, qui vous interpellent depuis le début du confinement.

De plus :

Dans la continuité des revendications de l’USE et du Mouvement contre la précarité étudiante, nous demandons l’annulation des limites d’âges pour l’obtention des allocations d’insertions et la mise en place d’un salaire étudiant, pour tous les étudiants, et ce pendant la totalité de leurs études. 

Nous affirmons notre solidarité avec les travailleurs des autres secteurs qui subissent également des politiques peu soucieuses de leurs droits sociaux et défendons un accès au chômage et à la sécurité sociale pour tous. 

Nous vous prions, Madame Linard, Monsieur Jambon, Madame Wilmès et Madame Muylle, d’accepter nos sincères salutations,

M.E.T.A.L.

Titre de la rédaction. 

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