Une chronique d'Armand Lequeux.

Personne ne peut s’arroger le droit de posséder un autre être humain. La jalousie n’est pas une preuve d’amour, elle en est une manifestation toxique. 

Féminicide ! Même si tous les juristes ne sont pas persuadés qu’il convient d’introduire ce néologisme dans notre Code pénal, son usage croissant dans les médias participe indubitablement à la prise de conscience de plus en plus aiguë dans notre société que les violences conjugales sont un véritable cancer relationnel contre lequel il importe de lutter avec détermination. Une politique de signalement, de répression et d’accompagnement se met progressivement en place. Trop lentement sans doute et trop souvent a posteriori au détriment de la prévention qui repose sur l’éducation à la vie affective qui devrait commencer au jardin d’enfants pour ne cesser jamais.

Si tu aimes ton oiseau, ouvre la porte de sa cage, comme le chante si bien Pierre Perret. Si tu aimes ton ami, ta copine, apprends à te réjouir de le savoir libre, à lui faire confiance et à ne pas l’enfermer dans ton amitié. Éducation à l’altérité dont un élément fondamental me paraît être le refus absolu de l’emprise et de la possession, puisque c’est bien de cela qu’il s’agit : un homme violent au point de tuer sa compagne se comporte comme s’il en était propriétaire avec droit de vie et de mort. Personne ne peut s’arroger le droit de posséder un autre être humain. Or ce désir est en germe dans toute relation humaine, avec nos enfants, nos amis, notre conjoint, et il est résolument nécessaire d’en prendre conscience et de refuser obstinément de s’y soumettre.

La jalousie

Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même, ils viennent à travers vous, mais non de vous. Vous connaissez bien entendu ce poème de Khalil Gibran, le prendre au sérieux et l’appliquer à tous les liens que nous tissons tout au long de nos vies ne va pas de soi. C’est un travail qui ne cessera jamais, car la jalousie, un autre nom pour ce désir d’emprise et de possession, est profondément inscrite en nos cœurs. - Oh, Kevin tu es jaloux ! C’est donc que tu m’aimes ? - Oui, Cynthia, je suis jaloux comme un tigre et je te veux pour toujours. Contrairement à ce que pourraient nous faire croire les séries télévisées du dimanche après-midi et les romans de la bibliothèque Arlequin, la jalousie n’est pas une preuve d’amour, elle en est une manifestation toxique. Bien sûr, elle nous est naturelle comme l’oïdium l’est aux rosiers, mais ça ne doit pas nous empêcher de lutter sans cesse pour l’éradiquer.

La joie

Mon mari n’est pas mon mari et ma femme n’est pas à moi. Mon conjoint ne m’appartient pas et si, en confiance d’amour, je me donne à lui, c’est parce que je sais qu’il ne me dévorera pas, mais qu’il me rendra à moi-même tel que je suis, plus autre encore et toujours plus différent. C’est bien d’un apprentissage qu’il s’agit, d’un ouvrage cent fois remis sur le métier. Nous pouvons nous entraîner chaque fois que l’occasion nous en est offerte en nous réjouissant du bonheur de l’autre. Je suis heureux que tu sois reconnu dans tes qualités professionnelles, je suis heureux de te voir épanoui dans ta famille et notre groupe d’amis. J’apprends à me réjouir que ce soit vers toi que se tournent préférentiellement nos enfants lorsqu’ils ont besoin d’aide et de présence. Je suis heureux que tu puisses tisser des liens forts avec d’autres que moi. Je ne veux pas de promesse d’exclusivité, mais j’ai besoin de voir des signes qui me montrent que je suis toujours ta priorité en amour et tu me sécurises en me le rappelant chaque jour. Je suis heureux que tu ne sois ni mon mari ni ma femme, mais un compagnon, une compagne avec qui tu acceptes en bienveillance d’amour de partager ta vie.

Le chapeau et les intertitres sont de la rédaction.