Opinions

Une opinion de Valentine De le Court, romancière, qui fait suite au meurtre du Père Hamel en pleine messe ce mardi.


C'est dur d'être un catholique aujourd'hui,

Non pas parce que les chrétiens sont persécutés aux quatre coins du globe,

Non pas parce que les prêtres ne sont plus en sécurité même en Europe,

Mais à cause du fait qu'il est difficile de ne pas tomber dans la haine, dans le rejet et dans la volonté de revanche,

Je suis tentée, très tentée...

Il n'est pas aisé de pardonner.

Mon Dieu,

C'est dur d'être un catholique aujourd'hui.

De tout temps, la violence a existé au sein des sociétés humaines et suscité des réactions armées. Ces réactions ont tout d’abord été disproportionnées, tombant dans l’escalade sans fin de la barbarie. Un premier progrès a été acquis lorsque l’humain a placé comme limite le principe du « œil pour œil, dent pour dent ». Le conflit s’éteignait lorsque la vengeance était accomplie.

Depuis quelques mois, en lisant sur internet les commentaires de nombre de citoyens qui appellent à l’application stricte de ce vieux principe (refoulement de tous les étrangers, déchéances de nationalité, fichage, privation d’allocations pour les familles des terroristes), je me demande si l’esprit humain n’est pas resté attaché à cette ancienne loi qui, au cours des millénaires, a fait preuve de son inefficacité pour atteindre la paix.

Le message simpliste de la violence est compris par tous et suscite, une fois encore, la réaction simpliste de la violence. En prêchant la réponse agressive (animé par une indignation bien compréhensible), nous réagissons exactement comme le souhaitent les terroristes. Nous parlons un langage qu'ils comprennent, nous nous aventurons sur le terrain où ils cherchent à nous entraîner et sur lequel ils seront toujours gagnants, car eux ne s’embarrassent pas de la moindre limite.

La seule solution ne serait-elle pas de parler un langage qui les surprennent, de manier une arme qu'ils ne connaissent pas ? Et c'est précisément ce qui était à la base du choix de vie du Père Hamel. Ce n'est certes pas une recette miracle. Le message du Christ, l'Amour, n'est pas un message simpliste ni un chemin aisé, mais c'est le seul à mon sens qui ne soit pas une impasse.

Non, ce ne sont pas que des mots. Il s’agit d’un travail de tous les jours qui commence par un travail sur soi. Nous n'éliminerons pas toute la violence sur Terre mais notre combat minimal est de l'éliminer en nous. Ce serait déjà une victoire à notre portée, un exemple qui pourrait susciter d'autres combats similaires. Si nous souhaitons manifester notre solidarité avec le Père Hamel, le mieux n'est-il pas de s'engager à sa suite, à la suite du Christ ?

Dans la société humaine où nous vivons, nous formons comme une chorale où toutes nos voix sont appelées à se mêler. Pour trouver l’harmonie, il ne s’agit pas de se taire, au risque de ne plus entendre que les cris des prêcheurs de haine. Affermir sa voix ne signifie pas dominer les autres, tandis qu’une voix non-assurée entraîne l’ensemble au déraillement.

Nous ne devons pas tomber dans l’angélisme. Mais, comme dans un tableau impressionniste, apporter notre touche de couleur, irremplaçable. A notre niveau, nous n’en voyons pas l’effet, pourtant, avec le recul des années nous pouvons transformer notre monde par petits coups de pinceaux.

Notre société actuelle nous donne un idéal matérialiste et individualiste. Et ce depuis plusieurs décennies. Or, l’humain, par nature, est profondément idéaliste et sociable. Dans la quête d’un idéal digne de lui, il cherche où étancher sa soif. Depuis des années aussi, pris d’un espoir vain de coaliser une société multiculturelle, les occidentaux se sont efforcés, sous prétexte d’ouverture, de gommer le plus possible leur identité judéo-chrétienne, ne remplaçant ces valeurs fondatrices par rien d’autre qu’un consumérisme effréné et une soif de reconnaissance télévisuelle.

L’idéal de violence à laquelle ont succombé les djihadistes est simple à comprendre et facile à mettre en application. L’idéal d’Amour est aisé à envisager et complexe à vivre au jour le jour. Plutôt que d’offrir pour seule réponse un châtiment, proposons cet objectif plus sophistiqué mais combien plus riche et porteur de fruits

Cessons de nous cacher, d’avoir honte, faisons notre « Coming-Out », soyons fiers de nos racines chrétiennes, de notre Foi, de cet Amour, et vivons-les.