Il y a dix ans, je quittais le Liban avec ma famille. Voici comment, malgré le regard des autres et la barrière de la langue, j’ai réussi à m’intégrer en Belgique. 

Un témoignage de Georges, 17 ans. Participant à un atelier d’écriture organisé par Scan-R, une association qui accompagne des jeunes de 12 à 30 ans pour les aider à s’exprimer par écrit. La finalité de ce projet est de permettre aux jeunes de se raconter sur des sujets dont ils sont acteurs ou témoins.

J’avais 7 ans et je me souviens… On a dit au revoir à tout le monde, à la famille et aux amis, et puis, on a quitté le Liban. C’était il y a dix ans. Tristes et contents à la fois, nous venions en Belgique parce que maman avait trouvé un travail d’infirmière.

Quand je suis arrivé à l’aéroport. Il faisait froid. Cela faisait une grosse différence de température avec le Liban où il faisait très chaud. D’autres adaptations, plus humaines et moins climatiques, ont été nécessaires et cela n’a pas été trop difficile pour moi : au Liban, j’apprenais déjà le français à l’école et il n’a pas été très compliqué de rejoindre ma nouvelle classe ici, en Belgique.

S’intégrer, c’est être actif dans un pays. C’est-à-dire participer aux activités, à l’école, à ce qu’on me propose. Ce n’est pas trop difficile, je crois que je réussis malgré le fait que je ne parle pas trop bien la langue. Très vite, les Belges ont essayé de faire en sorte de nous comprendre, même si notre français n’était pas parfait. On souriait et on communiquait avec des gestes.

En quittant le Liban, je me suis éloigné d’une partie de ma famille et surtout de mes deux grands-mères dont j’étais très proche. Au pays, avec mes jeunes frères, nous restions chez elles lorsque nos parents travaillaient. Les laisser au Liban fut un déchirement. Je ne me rappelle plus trop, mais elles m’ont transmis plein de choses, notamment la culture. Je pense aussi à la nourriture et plus précisément de leurs préparations au poulet.

En arrivant sur le sol belge, j’étais avec mon père et ma mère. Je n’étais pas seul. J’ai appris la culture belge. Pas les frites, car on en mangeait déjà de très bonnes au Liban. Je découvre que les habitants sont très gentils et respectueux en général. Ils parlent bien, ils sont souriants et ils font un petit peu la fête. Sur certains aspects, c’est très différent du Liban. Au pays, j’ai l’impression que nous sommes plutôt accueillants et solidaires. Je crois que c’est toujours important, mais je ne le vois pas suffisamment parmi les Belges.

Je ne pourrai jamais me passer du Liban. Nous retournons parfois avec la famille au village, là où j’ai passé les premières années de ma vie. La maison n’a pas changé. Il n’y a toujours pas d’étage, le toit est toujours plat, la face est toujours blanche… J’aime beaucoup et j’aimerai toujours cet endroit. Je m’y sens chez moi. J’aime retrouver la famille et les amis de là-bas. Il y a beaucoup de bonnes pâtisseries très sucrées. C’est trop bon !

Quand je rencontre de nouvelles personnes, on me demande d’où je viens. Ce n’est pas un problème pour moi de l’expliquer mais ça me dérange tout de même un peu, j’ai l’impression, que malgré les efforts, on ne me considère toujours pas comme un Belge. Pourtant, j’ai grandi dans ce pays. J’étais tout petit quand je suis arrivé ici. On se moque parfois de ma couleur de peau mais je n’y prête pas attention. Je m’en fous. J’ai juste envie qu’on me laisse tranquille car je suis comme vous tous : Belge.

Pour toutes ces raisons, je me considère intégré. Cela fait dix ans que je suis ici, et la Belgique est devenue mon pays, tout autant que le Liban. L’intégration est un mot compliqué. Renier mes origines, ce n’est pas possible, et dire que je me sens complètement belge est impossible. Je pense simplement que c’est important de savoir d’où je viens pour savoir où je vais.

Je ne sais pas encore où j’irai. Si je reste en Belgique, c’est bien. Sinon, je verrai.