Une opinion de Laura Da Silva.

Mon père est né au Congo belge.
Fils d’un colon portugais dont le père était capitaine au long cours et d’une métisse Belge dont l’arrière grand-père faisait partie de la campagne de Léopold II contre l’esclavagisme -Il a été tué de manière affreuse et son nom figure encore aujourd’hui sur le mur de mémoire du musée de Tervuren.

Mon père est un métis quarteron dont la famille, planteurs de café et d’huile, faisait partie des « blancs » nantis.
Les autres métis vivaient « de l’autre côté » ...

Il a fréquenté les premiers colons, fêtards, travailleurs, géants, qui avaient souvent une femme noire cachée au fond de la cuisine...
Il a connu les médecins missionnaires américains au fond des brousses et savanes qui opéraient sans électricité. Mais aussi ces religieuses et ces prêtres qui font l’actualité d’aujourd’hui ... Et donc aussi ces femmes métisses qui accusent l’état Belge... l’une d’elle est sa tante par alliance...
Il a connu le faste et les déboires des jours avant l’indépendance, il vécu son arrivée, l’horreur des tueries, la fuite, la peur, la vengeance...
Perdre tout et tout recommencer.

Pas un blanc. Pas un noir. Un peu des deux. Aucun des deux.
Il a connu le Congo. Le Zaïre. Le Congo.
Il a toujours vécu entre la Belgique et ce pays qui est le sien, qu’il connaît profondément, qu’il aime passionnément et déteste avec conviction. Il a voyagé partout dans ses provinces, chassé dans ses savanes, vécu dans plusieurs de ses villes.

Il a rencontré ma mère là-bas, elle-même métisse, fille d’une femme blessée, « abandonnée »chez les sœurs par un père blanc qui ne voulait plus s’encombrer de cinq enfants mulâtres.
Mulâtresse. Mulâtre. Mulet. Qui est l’âne et qui la jument?
Mais ça, c’est l’histoire de ma grand-mère...
Elle a 85 ans et sa colère est intacte: sur son lit de mort, son vieux père lui demandait pardon mais refusait de la reconnaître...

L’histoire n’est ni blanche ni noire .
Elle est mulâtresse.
Elle se doit d’être racontée.
Elle n’est ni bien ni mal.

Elle est Histoire.