Une lettre de Raymonde Eeckhoudt, juriste à la retraite, à Elio Di Rupo, Ministre-Président du Gouvernement wallon. Pour contacter l'auteure : rayme3030@gmail.com

Monsieur le Ministre-Président du Gouvernement wallon,
Monsieur Di Rupo,

Consciente des enjeux sociaux et des souffrances générés par le Covid-19, j’ai longuement hésité à faire part de mon point de vue de "privilégiée" de plus de 65 ans.

Parmi les participants au CNS et/ou experts s’exprimant régulièrement dans la presse, j’ai choisi de m’adresser à vous, vous qui m’avez impressionné comme Premier Ministre par votre sens de l’écoute et votre capacité à résoudre les conflits et puis nous avons quasiment le même âge et je vous espère donc sensible à ma problématique.

Avec l’arrivée du Covid, j’ai pris conscience de ce qui était sans doute latent au sein de notre société: l’âge, en général, définit la personne.

Soudainement, parce que je viens d’avoir 69 ans, je suis une personne "à risque" qu’il convient de protéger.

Les critères de l'âge et de l'état de santé

Abordons tout d’abord le fait d’être catalogué "à risque" en fonction du seul critère de l’âge. Deux éventualités: 55 ans, cardiaque et diabétique, je suis à risque; 65 ans et plus, en bonne santé, je suis à risque. La discrimination est évidente.

Ensuite, pourquoi vouloir protéger des personnes en bonne santé? Quelqu’un en bonne santé de plus de 65 ans et doté d’un intellect normal est parfaitement capable de se protéger; présupposer le contraire est condescendant et offensant. Pour un certain nombre de mesures, il est fait appel pour assurer leur respect à l’intelligence individuelle et collective. A plus de 65 ans, on est parfaitement capable de déterminer en toute conscience si on est à risque ou pas et s’il convient dès lors de prendre des mesures de protection renforcées...

Infantilisation

Il est vrai que le discours a quelque peu évolué. Au début du confinement, des mesures spécifiques visaient les plus de 65 ans alors que depuis quelques jours, elles visent les personnes "âgées". Un exemple : les personnes pouvant bénéficier de rencontres familiales ou amicales doivent respecter la distance de sécurité et si ces mêmes personnes sont âgées, il leur est demandé de porter en sus un masque. Pour ne pas être discriminant, le port du masque devrait être conseillé dans de telles circonstances uniquement aux personnes à risque.

Si je peux me permettre, vous qui êtes si actif et en forme, comment réagissez-vous à cette infantilisation des gens...de votre âge ? Personnellement, je suis touchée et quelque peu révoltée.

J’en viens à la relation particulière entre les petits-enfants et leurs grands-parents; relation souvent empreinte de douceur, de délicatesse et qui se construit pas à pas. Nos gouvernants, pour bien faire sans doute, l’ont interrompue pour cause de Covid. Depuis, le début du confinement, les + de 65 , à risque ou pas, ne peuvent plus garder leurs petits-enfants.

Depuis le début du confinement, cette règle est injuste et elle fait mal. 69 ans et en parfaite santé, je peux aller faire mes courses et croiser des gens dont certains sont irrespectueux des distances de sécurité, mais, je ne peux m’occuper de mes deux petites-filles que j’ai gardées certains jours jusqu’à la veille du confinement.

Quelle est la logique ?

La justification de cette mesure: les enfants étaient de grands transmetteurs de la maladie.

La recherche avançant, voilà qu’il est admis que les enfants ne sont plus de grands transmetteurs. Néanmoins, les grands-parents doivent continuer à se tenir à l’écart de leurs petits-enfants. Désolée, je cherche en vain la logique.

Cerise sur le gâteau, Madame la Ministre Désir cherche des solutions pour aider les parents pendant les grandes vacances et suggère des mécanismes de garde alternée entre familles qui se choisiraient..les grands-parents en bonne santé n’ont même pas l’honneur d’être une option envisagée!!!

Vous avez ou aurez très bientôt mon âge. En cette période de Covid 19, aucune décision ne vous a écarté de vos fonctions. J’en suis heureuse pour vous et pour le pays. En bonne santé et un bon intellect comme vous, je suis écartée de ma fonction de grand-mère et je suis loin d’en être heureuse.

Si ma vision de la situation pouvait avoir une quelconque influence sur vos réflexions et discussions avec vos collègues, ce serait un soulagement.

Le titre est de la rédaction.