Côté éco. Une chronique d'Étienne de Callataÿ.

Réduction de la TVA sur l’alcool dans les restaurants, règles sanitaires sur mesure pour Tomorrowland, vaccination prioritaire pour les sportifs professionnels ou cadeaux fiscaux exorbitants pour le football professionnel : le temps du Covid aurait-il le mérite de nous rappeler que le panem et circenses (du pain et des jeux) des Satires de Juvenal est intemporel ?

À très bon droit, des voix ont déploré que l’Horeca et le sport professionnel aient reçu plus d’attention médiatique ou d’égards sonnants et trébuchants que la culture, mais il est un secteur qui semble ne même pas avoir eu droit aux belles paroles, joliment dénommées lip service en anglais, adressées aux artistes, à savoir celui des ASBL.

Dans son récent ouvrage, L’État + le marché, le meilleur des deux mondes (Itinera, 2021), Ivan Van de Cloot étudie la complémentarité entre ces deux acteurs qui, trop longtemps, ont été opposés l’un à l’autre. Cette réflexion l’amène à judicieusement rappeler le rôle crucial de ce troisième acteur appelé société civile, ou middenveld en néerlandais. Notre pays est riche d’un formidable tissu d’associations non marchandes. Éducation, logement, pauvreté, handicap, santé, environnement, coopération au développement et autres champs d’action, ces associations sans but lucratif sont actives au plus près des défis humains. Elles jouent un rôle central pour l’inclusion, la justice et la qualité de vie. Et, incidemment, elles génèrent une énorme plus-value économique, non seulement par l’emploi qu’elles procurent, mais aussi par leur contribution au bon fonctionnement de l’économie. Une école de devoirs, par exemple, c’est une jeunesse mieux formée et ce sont des parents qui concilient plus aisément vie professionnelle et vie privée.

Le monde associatif souffre, et lourdement, de la crise du Covid. Les subventions dont il bénéficie n’ont pas été rabotées mais les sources complémentaires de revenus se sont taries. Ces associations ont beau être non marchandes, elles ont fréquemment des activités marchandes : vente de vêtements de seconde main, vente d’artisanat, marchés de Noël… Ces activités ont été mises à l’arrêt, et le financement qu’elles apportaient s’est évanoui. De plus, les associations financent une part parfois significative de leur budget au travers d’actions culturelles et sociales : concerts de gala, dîners, ventes aux enchères, événements sportifs ou récréatifs, visites, brocantes, appels aux dons à l’occasion de fêtes familiales, etc. Et ici encore ces sources de moyens précieux ont disparu du fait du Covid et du confinement.

Bien sûr, le déconfinement pointe le bout de son nez, mais avec incertitude et lenteur, et nos ASBL ont des missions trop importantes à remplir pour simplement attendre que le creux dans leurs collectes de moyens budgétaires soit dépassé. Il y a une manière simple et efficace d’agir pour empêcher un délitement irréversible de notre tissu associatif, et même si cette mesure ne touche qu’une partie des acteurs : augmenter la déductibilité des dons pour l’année en cours. Une telle mesure avait été prise en 2020, avec une déductibilité des libéralités portée de 45 % à 60 %. Comme les effets financiers sur elles du Covid ne se sont pas arrêtés le 1er janvier 2021, très loin de là, et vu que, lorsqu’elles ont des réserves, ce qui est loin d’être le cas pour toutes, celles-ci ont depuis lors fondu, les ASBL reconnues devraient voir cette majoration renouvelée pour 2021. Et que l’annonce de cette majoration intervienne au plus vite !

Pour achever le plaidoyer, ajoutons enfin que, pour les pouvoirs publics, c’est même une manière de faire des économies : il leur en coûte moins de mieux subventionner les dons à une association qui fait un travail qui leur incombe normalement que devoir assumer l’intégralité de la dépense.

>>> etienne.decallatay@orcadia.eu