Opinions La théorie du genre a reconduit des thèses aberrantes du christianisme selon Nancy Huston. Le dualisme entre l'esprit et le corps et la dénégation de l'animalité de l'espèce humaine "programmée" pour se reproduire feraient des dégâts. La romancière, conférencière et essayiste franco-canadienne signe un double essai "Sois belle / Sois fort"* où elle explique que la différence sexuelle est "traitée de façon biologique et hypocrite, les vraies passions et peurs des vrais garçons et filles passées sous silence". Les filles désireraient être belles et les garçons forts de façon innée. Nancy Huston est l'Invitée du samedi de LaLibre.be.


Vous écrivez que l'éducation qu'on donne aux enfants à propos des différences entre les sexes est hypocrite. Pourquoi ?

On fait comme si la différence biologique n’avait aucune conséquence sur le reste de la vie. Il y a en France une véritable idéologie liée aux études de genre. Notre société élimine tout rituel lié à la puberté car on a le souci, tout à fait louable par ailleurs, d'insister sur l’égalité. Les défenseurs de la théorie du genre nient les différences innées entre les sexes pour pouvoir revendiquer l’égalité. Moi, je ne revendique pas la différence, je la constate tout simplement. Ce que font les hommes et les femmes dans le monde n'est pas identique, c’est une évidence pour les biologistes... et un anathème pour les défenseurs des études de genre.

Dans notre société, il est difficile de devenir un homme ?

Cela dépend du milieu. Les signes de la virilité ont changé, pendant des millénaires il s’agissait d’aller à la chasse, à la guerre, d’apprendre un métier masculin, d’être initié à travers des rites douloureux qui les aidaient à s’endurcir. Les hommes avaient une fierté, une raison d’être dans la vie. L’erreur de nombreuses féministes a été d’imaginer une sorte d’immense complot de la gent masculine contre la femme. Or c’est seulement récemment que l’on peut qualifier des actes de misogynes. Dans les sociétés traditionnelles ou primitives, les femmes sont respectées et occupent une place importante sur le plan symbolique. Si elles sont exclues du religieux dans de nombreuses sociétés, c’est parce que leur rôle maternel leur donne une telle importance symbolique qu’il fallait désespérément que les hommes trouvent quelque chose d’équivalent. Eux aussi veulent s’occuper du passage de la vie à la mort et avoir quelque chose d’aussi grave que l’accouchement. D'autres que moi en ont étudié l'histoire, mais en gros la misogynie est née à l'époque néolithique et s'est exacerbée avec l'avènement des trois monothéismes...

Vous écrivez "la barbarie n’a rien d’inhumain". La violence serait innée pour l’Homme ?

Quand je dis que c’est inné je ne veux pas dire que c’est inévitable ou qu'il faille baisser les bras ; au contraire, ce n'est qu'en reconnaissant nos déterminismes qu'on peut lutter efficacement contre ! Les jeunes gens qui posent des bombes ces années-ci causent beaucoup moins de morts que nos héros qui montent dans leurs bombardiers et appuient sur un bouton ou envoient des drones. La violence réelle qu’infligent nos bombes, on ne la voit jamais. On a donc l’impression que la violence, c’est le fait des autres, qu’on appelle des barbares.

Vous expliquez que la domination des hommes sur les femmes pendant des siècles est due en partie à ce qui est perçu comme une grande injustice : les femmes mettent au monde leurs filles mais les hommes ne font pas naître leurs fils.

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