Opinions

Dans la Région de Campanie, en Italie, les brebis sont contaminées par la dioxine dégagée lors de la combustion sauvage des déchets. Conséquence : le lait et la viande produits par ces animaux provoquent chez l'homme, par accumulation de dioxine, un risque de tumeurs, altérations hormonales, avortements, malformations du foetus et baisse de la fertilité ! Rien d'étonnant : nous savons tous, en effet, qu'il y a un risque de dioxine cachée dans nos aliments. Mais pour les administrateurs de la Région de Campanie, il ne s'agissait pas d'un risque mais d'une certitude, compte tenu de ce que le Centre national de recherche (CNR), les avait, déjà en 2003, informés de la situation de danger dans laquelle se trouvait la commune d'Acerra. Ils avaient eux-mêmes commandé cette étude au CNR, le bétail de la zone présentant des anomalies au niveau du foetus. Une fois les premiers résultats connus, les financements au CNR ont été bloqués, l'empêchant ainsi de poursuivre sa mission d'investigation.

Le cas d'Acerra a été révélé grâce à la dernière "question" de Naples qui a fait la Une de l'actualité internationale quand le gouvernement italien a eu la faiblesse d'impliquer la Roumanie dans cette histoire ! En effet, au-delà du problème purement écologique, la "question" napolitaine est d'une autre envergure : Naples est à ce point envahie de déchets qu'un commentateur italien la surnomme "le monument du scandale, le scandale d'une ville abandonnée à elle-même" (M. D'Orta, "Il Giornale", 27/5/2007). Depuis 13 ans, la "guerre" des déchets existe en Campanie et la population locale a tenté, en vain, de faire valoir son droit à un environnement "viable". Les représentants de l'Etat qui, jusqu'à maintenant n'avaient montré aucune réelle efficacité, ont attendu que la population en arrive à parler de "guerre civile" ("Il Giornale", 27/5/2007) pour, soi-disant, prendre des "initiatives concrètes".

En l'occurrence, le gouvernement italien, représenté par son ministre de l'Environnement, M. Alfonso Pecoraro Scanio, membre du parti italien des Verts, a annoncé la "bonne nouvelle" à son peuple : on envoie les immondices en Roumanie ! La bourgmestre de Naples, Mme Jervolino (centre gauche) s'est jointe à la brillante idée du ministre et a salué l'initiative. Etrange pour un ministre de l'Environnement, "vert" de surcroît, de sacrifier tous les principes affichés pendant ses campagnes électorales, en proposant d'évacuer les poubelles italiennes dans un autre pays qui ne dispose pas de structures pour gérer ces déchets !

Et la Roumanie, au nom de quoi accepterait-elle de recevoir les poubelles italiennes ? Nous avions naïvement supposé que, si le ministre italien de l'Environnement négociait avec la Roumanie le "transfert" des immondices italiennes, c'est qu'elle avait les structures pour les traiter, conformément aux règlements européens en vigueur. Une recherche rapide dans les divers sites de l'Union européenne nous a fait comprendre que la Roumanie, non seulement ne dispose nullement de structures adaptées à recevoir des déchets italiens, mais encore qu'elle rencontre précisément des problèmes très importants pour traiter ses propres déchets(*). L'idée roumaine, sortie du "chapeau" du ministre Pecoraro Scanio n'était probablement qu'un moyen pour calmer le peuple, prêt à monter aux barricades.

En tout cas, nous n'avons pu savoir sur quelle base le ministre a lancé cette idée et sur quelle base ont eu lieu les entretiens entre le ministère italien de l'Environnement et son homologue roumain. La seule chose que nous savons est le refus officiel de la Roumanie d'accepter les "ordures provenant d'Italie", précisant en outre n'avoir reçu aucune demande officielle d'Italie. On se réjouit pour la Roumanie qui a courageusement refusé de devenir la poubelle de l'Italie, mais l'on ne peut s'abstenir de se poser quelques questions sur l'attitude du gouvernement italien actuel, représenté par M. Prodi, ancien président de la Commission européenne, de son ministre de l'Environnement, M. Pecoraro Scanio, du président la Campanie, M. Antonio Bassolino (ancien bourgmestre de Naples) et enfin de la bourgmestre de Naples, Mme Jervolino. L'on ne peut s'abstenir de se poser des questions quant à tous ceux qui ont gagné leur poste en s'affichant, entre autre, comme les "gardiens" de notre "environnement européen".

Est-il cohérent d'afficher un profond esprit européen, comme le fait régulièrement le président Prodi et, en même temps, d'autoriser son propre ministre à négocier l'évacuation des déchets nationaux vers un autre pays européen qui n'a pas l'aptitude pour les recevoir, sauf à admettre que aussi les brebis roumaines soient contaminées par la dioxine ? M. Prodi a-t-il perdu de vue que la Roumanie n'avait pas les structures adaptées pour réceptionner les "ordures italiennes" conformément aux différents règlements européens ? De même au ministre italien de l'Environnement, M. Pecoraro Scanio, on a envie de demander : est-on "Vert" uniquement dans son propre pays, "oubliant" son "credo" quand il s'agit de polluer à l'étranger ? M. Pecoraro Scanio, qui ne peut pas ignorer la situation précaire et transitoire de la Roumanie en matière de gestion des déchets, n'est-il pas gêné du fait que l'opinion publique, italienne mais aussi internationale, a compris que sa suggestion de "transférer" les déchets en Roumanie n'était lancée que dans le but de "sauver sa peau" ou son fauteuil au niveau national ? Comment justifiera-t-il son initiative lors du prochain Conseil européen des ministres de l'Environnement ? Espère-t-il que les citoyens napolitains auront déjà oublié "l'incident" avant les élections ? Peut-être, mais les citoyens européens n'oublieront pas !

C'est aux citoyens européens de ne pas oublier qu'un jour un ministre italien a tenté d'évacuer les ordures de son pays chez son voisin, et cela malgré le risque connu de préjudice pour ce voisin. C'est aux citoyens européens d'exiger le respect des engagements pris par leurs élus. C'est aux citoyens européens de dénoncer l'hypocrisie de celui qui, s'étant fait élire dans son pays comme un "Vert", joue ce rôle pour les "besoins de la cause" mais n'hésite pas à nuire à l'environnement d'un autre pays. C'est aux citoyens européens d'exiger de leurs représentants l'application effective de la multitude de règlements et directives forgée par les eurocrates depuis des années et d'exiger d'être informés de leurs droits.

A cet égard, combien de citoyens européens connaissent les droits que leur attribue la "Convention d'Arthus" adoptée en 1998 ? Et dire que cette Convention avait justement été négociée (CEE-ONU) dans le but d'"encourager la participation des citoyens en matière environnementale et à améliorer l'application de la législation relative à l'environnement" ! Pourquoi les habitants de la Région de la Campanie n'ont-ils pas fait valoir leur droit à la protection de leur territoire ? Mauvaise information ou négligence ? Les institutions de l'Union européenne multiplient les directives et les règlements qui devraient garantir la protection de notre environnement européen. On a l'impression que nos représentants nationaux et européens travaillent sans arrêt pour notre environnement, mais qu'en est-il de l'application dans le territoire ? Il existe aussi l'Agence européenne pour l'environnement (AEE) ayant pour mission d'accomplir des études, d'informer le citoyen : et pourtant le citoyen européen est si peu informé !

En conclusion, il existe une marée de communications, recommandations, règlements, directives et autres, tous pour la protection de notre "environnement" ! Et pourtant... les citoyens de la Campanie, ces jours-ci, croulent sous les déchets ! Il est évident qu'il y a un décalage énorme entre les institutions européennes et les citoyens européens. Le citoyen européen, et ces jours-ci particulièrement ceux de la Région de Campanie, veulent du concret ! A vous M. Prodi, M. Pecoraro Scanio, M. Bassolino, M me Jervolino et tous les autres d'en prendre bonne note...

(Com (2005) 534 final-Sec (2005) 1354-non publié au Journal officiel)