Une opinion de François Briffeuil, étudiant en Master-kinésithérapie au Parnasse-ISEI.

En ces temps de crise, l’enseignement supérieur a dû se renouveler en urgence pour continuer son rôle de transmission. Les dernières semaines ont vu l’avènement d’une alternative qui ne laisse pas les étudiants indifférents : "les cours à distance". Suite aux opinions publiées ces dernières semaines, je me suis prêté au jeu. J’aimerais commencer par préciser que je ne suis pas un adorateur de la "réaction", elle empêche souvent de prendre du recul sur une situation et ne permet souvent pas de prendre son temps pour communiquer raisonnablement ses idées sans impulsivité.

Premièrement, je voudrais aller dans les sens des articles précédents pour aborder la difficulté de travailler en autonomie certains cours sans la présentation orale des professeurs. Ce qui est rassurant car visiblement, il existe encore des cours qui ne se suffisent pas aux diaporamas balancés sur l’université virtuelle et parce qu’il existe encore des enseignants pédagogues (et indispensables) qui ne se contentent pas de lire leurs supports de cours. Les cours "ex cathedra" ont encore de beaux jours devant eux. La difficulté du travail en autonomie pourrait s’apparenter à la difficulté du télétravail, sans nos collègues et amis, nous perdons les contacts humains qui nous accompagnent parfois jusqu’à dix heures par jours et qui alimentent nos dynamiques de travail. D’ailleurs, je trouve que le terme "travail en autonomie" devrait être modifié en "travail en indépendance" car en aucun cas, nous ne sommes libres de choisir totalement. Que l’on soit professeur ou étudiant, nous sommes contraints de nous adapter à cette situation subie mais pas avec les mêmes armes.

L'incertitude ambiante est comparable à des sables mouvant

En effet, la gestion du stress, les capacités d’apprentissage mais aussi, les capacités d’adaptation à la fois personnelle et matérielle de chacun sont très différentes. Je pense pouvoir dresser le constat que nous vivons tous des "hauts et des bas" avec pour certains plus de bas. Dans mon entourage, je retrouve tous les profils d’étudiants allant de celui qui doit travailler pendant les vacances d’été pour se payer le droit d’étudier à celui qui se retrouve confiné dans sa villa de campagne. Néanmoins, ces profils variés souffrent d’une peur commune : "l’incertitude". Ce climat d’insécurité relative nous angoisse et nous questionne : "Que va-t-il se passer au niveau gouvernemental ? Au niveau de la direction de l’université ou de la haute école ? Le confinement sera-t-il prolongé ? Aurais-je le droit de partir en vacances ou de sortir avec mes amis en terrasse en juillet-aout ? Aurais-je le temps de finir mon mémoire, mes travaux et mes cours à distance ? Vais-je partir en stage à l’hôpital en mai ? Si je pars en stage, vais-je tomber malade ou vais-je contaminer des patients malgré moi ? Comment, quand, où et sur quels critères serais-je évalué ?". Bien évidemment, nous relativisons et n’oublions pas les heures les plus sombres de l’Histoire. Néanmoins, l’incertitude ambiante est comparable à des sables mouvants, plus on se débat plus on s’y enfonce et une fois bien enfoncé, nous sommes confrontés à notre propre incertitude et nos angoisses personnelles : "Jusqu’à quand, vais-je parvenir à conserver ma motivation ? J’ai l’impression de travailler dans le vide, est-ce que j’ai les ressources nécessaires pour réussir cette année ? Quelles sont mes limites et dois-je les respecter ?". D’autant plus que le relief de ces sables mouvants change presque quotidiennement avec la circulation parfois incessante d’une information chimérique. En d’autres mots, que pouvons-nous faire et attendre de l’autre quand notre seule certitude est l’incertitude ?

Enfin, j’aimerais avec cette dernière partie, montrer qu’il est possible de mener correctement la transition des cours à distance. Je suis étudiant en Master-kinésithérapie au Parnasse-ISEI et d’après les échos des étudiants de ma promotion, l’encadrement des cours à distance se fait convenablement pour la majorité. Il serait ingrat de seulement se plaindre. En effet, nous avons des supports de cours commentés, des cours en format vidéo, des séances "questions-réponses" en vidéo conférence (pour communiquer sur nos ressentis, l’avancement des cours, les modalités d’évaluations, l’agenda académique, la remise et la défense des mémoires, l’organisation des stages cliniques, les examens des cours théoriques mais aussi pratiques …). Si nous sommes loin d’être exemptés de stress, nous nous sentons toutefois soutenus par quelques enseignants (que je remercie), même lorsqu’ils sont plongés dans la même incertitude que nous. Ce système d’apprentissage est loin d’être parfait mais seul l’avenir témoignera de sa réussite.

En conclusion, chers étudiants, soyons indulgents, laissons le temps au temps. Chers professeurs et chefs d’établissements, mettez-nous en confiance, aidez-nous à prendre le temps. N’agissons pas comme "les animaux malades de la peste", ne cherchons pas le plus coupable d’entre nous... Il n’est simplement pas parmi nous. Ni professeurs, ni étudiants n’avaient signé pour un pareil enseignement.