L'horreur, la tragédie, la barbarie ont encore frappé. Nous ne pouvons plus nous contenter de pleurer nos victimes à intervalles réguliers. Il est temps de prendre des mesures fortes, communes, intransigeantes, européennes, pour défendre nos libertés fondamentales et notre modèle de société démocratique face à la menace. Combien de morts faudra-t-il encore avant de sortir de nos aveuglements ?

UNE OPINION D'ETIENNE DUJARDIN, JURISTE ET CHRONIQUEUR


Toutes nos pensées vont évidemment aux familles des victimes, aux Niçois et à la France. Pays voisin, pays ami, pays meurtri. Notre tristesse aujourd’hui est d’autant plus sincère que nous avons été, nous aussi, blessés dans notre chair et sur notre sol au mois de mars dernier. Nos pensées sont nécessaires, mais elles ne sont plus suffisantes. Nous ne pouvons plus rester immobiles. Nous devons anéantir le terrorisme islamiste, et ce, par tous les moyens, y compris militaires afin de les déloger de leur base arrière. L'heure n'est plus à la tergiversation. L'heure est simplement à l'action. Il faut intervenir en Syrie, en Irak, aux côtés de toutes les forces en présence qui luttent contre les terroristes. Charles Michel et le gouvernement ont redit leur détermination à intensifier les efforts dans ce sens et c’est une bonne chose. Nous ne pouvons pas nous dérober à cette tâche ou la laisser à d’autres par lâcheté.

Nous devons éradiquer la barbarie. Nous devons anéantir ce pseudo "Etat Islamique" qui n'a d'Etat que le nom, mais dont l'horreur est dans son ADN. Nous devons supprimer ce mouvement qui sème la terreur, la faim, la misère partout où il passe. Nous devons arrêter ces terroristes qui endoctrinent les enfants, lapident les femmes, chassent les athées ou les minorités chrétiennes. Nous devons cesser de tendre l'autre joue.

Il faut aujourd’hui que l’ensemble de nos dirigeants ouvrent les yeux et se rendent compte que l'ennemi principal de l'Europe est Daech et non Poutine. On s'est empressé de sanctionner la Russie et on a pris des mesures qui ont affaibli notre économie, mais a-t-on sanctionné financièrement l'Etat Islamique ou les monarchies complices du Golf ? Nous rendons-nous compte que, sans Poutine, Damas serait aujourd’hui aussi tombé totalement sous le joug islamiste et contribuerait encore au désordre dans la région ? On a commis des erreurs diplomatiques monumentales en envahissant il y a des années l'Irak et la Lybie, créant ainsi le chaos tant politique qu'économique. On a encouragé le radicalisme chez certains qui n'acceptaient pas une vision impérialiste de l'Occident. Nous avons renversé des régimes laïcs en laissant la place à la barbarie. Il nous faut aujourd’hui corriger cette erreur.

Nous sommes en guerre contre le terrorisme islamiste. Cependant, nous agissons avec une légèreté incompréhensible. L’auteur de l’attaque, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, est un Tunisien, détenteur d’un titre de séjour. Il avait été condamné en mars à six mois de prison avec sursis. Comment peut-on laisser en liberté de tels individus en plein état dit « d’urgence » ? Comment ne contrôlons-nous pas plus nos frontières aujourd’hui alors que les services de renseignements indiquent que des terroristes peuvent très bien s’infiltrer en Europe ? Nous avons laissé trop de place à la bien-pensance qui ne jurait que par les « accommodements raisonnables » et le « vivre-ensemble », au lieu de travailler sans relâche à l’intégration de nos traditions, de notre culture et de nos valeurs et faire en sorte qu’elles soient respectées et assimilées.

Les promoteurs du parcours d’intégration ou d’une tolérance zéro en matière de sécurité étaient considérés comme discriminants, sécuritaires, populistes. Là encore, quelle erreur gigantesque ! Les premières victimes du manque de sécurité ne sont pas les théoriciens de salons, mais bien les habitants des quartiers difficiles. Ces derniers demandent de pouvoir vivre en tranquillité, de pouvoir laisser sortir leurs enfants dans les transports en commun même en soirée. La sécurité n'est pas un luxe réservé aux quartiers huppés, mais un droit fondamental qui s'applique à tous.

Le progrès nécessite d'avancer avec son temps et de s'adapter aux circonstances. Depuis de nombreuses années, bien avant les attentats successifs qui se produisirent ces derniers mois à travers toute l'Europe, de nombreux dirigeants - tous pro-européens - ont demandé de revoir les accords de Schengen, non pas pour attaquer nos libertés ou l'idée européenne, mais pour les consolider. Peut-être serait-il aussi opportun de généraliser le bracelet électronique à toutes les personnes fichées ou susceptibles d’être radicalisées. Un effort majeur est à faire en termes de renseignements et de surveillance des réseaux sociaux, véhicule majeur de la propagande djihadiste. Il faut s’adapter rapidement à notre ennemi devenu plus mobile et donc moins cernable qu’une armée traditionnelle.

Il faut que l'ensemble des partis démocratiques osent mener un vrai débat sur toutes les questions que posent ces terribles événements au niveau tant belge qu'européen. Il est temps d'ouvrir les yeux et de prendre des mesures exemplaires non plus pour réagir a posteriori et subir les événements, mais pour les anticiper. Une meilleure collaboration avec des Etats habitués depuis des décennies à ce genre de menace, comme Israël, est une des pistes intéressantes proposée aujourd’hui notamment par le député Denis Ducarme. Comme on peut l’observer à chaque attentat, la volonté politique est présente pendant quelques semaines et puis l'actualité se focalise sur un autre sujet, sans que les racines des problèmes soient traitées. Aujourd'hui, l'onde de choc est telle que l'on peut espérer une prise de conscience importante de l'étendue du problème et une alliance des bonnes volontés de tous les démocrates pour la défense de nos libertés.