Une lettre de Charles-Ferdinand Nothomb, Ministre d'État, envoyée aux autorités civiles et religieuses.

Je suis un citoyen et un homme politique laïc, social-chrétien, toujours social-chrétien, mais affilié au CDH, parti (qui s’intitule) Humaniste et Démocrate.

L’approche de Noël et du Comité de concertation du 18 décembre qui déterminera le maintien ou l'assouplissement des règlementations me pousse à vous écrire.

Notre gouvernement démocratique légitime, organisant avec les régions la lutte contre la pandémie, a dû faire face à des revendications compréhensibles du monde commercial qui se voyait privé d’une partie de ses possibilités de survie économique pendant la période commerciale de Noël. Il a transigé. Cette pression démocratique parallèle va évidemment être exercée [et a été exercée NdlR] par le monde religieux qui ne voudra pas être privé de ses possibilités de célébration religieuse d’une fête religieuse, celle dont le monde commercial se revendiquait… Nous nous approchons en effet du jour d’une grande fête chrétienne, où dans notre société laïque, Noël est à la fois un moment fort pour les commerces, pour les familles et… pour les chrétiens pratiquants.

Des solutions pratiques

L’église catholique organisée s’est engagée dès le début de la pandémie à respecter les règles édictées par le pouvoir démocratique. La discussion rebondira cependant par la mise en cause de l’interdiction de la messe de minuit du jour de Noël, le 25 décembre, alors que le pouvoir a décrété un couvre-feu. Et elle rebondira d'autant plus à la lumière de l’Arrêt du Conseil d’État du 9 décembre qui a rappelé que la liberté de culte était une liberté constitutionnelle qui ne pouvait être limitée que de manière strictement nécessaire et proportionnée.

Pour la fête de Noël 2020, la pratique de la paroisse Saint-Nicolas de Habay-la-Neuve (1) ne peut-elle pas inspirer une combinaison intelligente entre laïc et religieux ?

Peut-on (on ne peut) imaginer que les chants religieux de Noël vont résonner dans nos mass media et pas dans les églises, ou que la célébration des fêtes religieuses soit compromise pour ceux qui veulent y participer activement ?

Pourquoi l’église, toutes les églises, ne seraient-elles pas ouvertes les journées du 24 et du 25 décembre, avec en continu de la musique de Noël, classique et populaire? Et pourquoi la réglementation laïque n’élargirait pas l'autorisation de rassemblement dans ces lieux espacés, avec tolérance de 30 à 50 auditeurs et/ou fidèles, voulant participer chrétiennement à cette fête chrétienne, et musicalement à cette fête laïque, ou désirant simplement se recueillir, avec, bien entendu, le maintien rigoureux du masque et de la distanciation, très possible en ces lieux ?

Pourquoi l’église catholique et les autres églises chrétiennes ne prennent-elles pas l’engagement de n’organiser aucune "messe de minuit" (messe de Noël) après 22 heures et avant six heures du matin, mais de les organiser durant les journées du 24 et du 25, toujours en respectant les règles de distanciation en ces vastes espaces ?

A minuit en Belgique, il est passé minuit à Bethléem depuis plus de deux heures, au Vietnam depuis plus de 6 heures, et il le sera à Montréal six heures plus tard. L’église catholique n’est-elle pas catholique, c’est-à-dire universelle ?

Je vous adresse donc cette lettre de principe et pratique :

- d’abord au pouvoir civil, au Premier Ministre Alexandre De Croo, à la Ministre de l’intérieur Annelies Verlinden et au ministre de la santé publique Frank Vandenbroucke, dont j’approuve et appuie la fermeté dans leur volonté d’éviter une troisième vague ;

- ensuite aux évêques, pour les féliciter de leur civisme dans l’application des règles laïques depuis le début de la pandémie.

Vive l’esprit pratique de la Belgique !

(1) Le doyen de l’église Saint-Nicolas de Habay-la-Neuve et les prêtres africains et vietnamiens sont témoins ensemble de l’enracinement de la religion chez nous, de son caractère universel, et du pragmatisme bien belge. Ce 6 décembre, le grand portail de l’Eglise annonçait qu’il n’y avait pas de cérémonie religieuse organisée et que l’église était fermée pour cela. Mais par la petite porte de côté, on pouvait entrer dans l’église où il y avait de la musique.