La Belgique doit-elle soutenir l’engagement militaire de la France au Mali ?

Passés les premiers "ouf" de soulagement et les premiers soutiens de "façade", le consensus risque de s’effriter. A juste titre car la France n’a pas attendu ses partenaires africains et occidentaux, profitant de l’ambiguïté de la résolution 2 085 du Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU) et de la demande d’aide du Président malien par intérim ! En effet, la résolution 2 085 oriente tout appui potentiel des Etats membres vers un soutien "dans le cadre de la Misma" (NdlR : force internationale de soutien au Mali). Or, la France ne se place pas dans ce cadre-ci puisqu’elle agit en bilatéral. On se trouve donc face à un vide juridique. L’arrivée précipitée des contingents ouest-africains de la Misma pourrait être interprétée comme la construction d’une légitimation a posteriori, faisant de la France une composante à part entière de l’intervention sous commandement africain. En outre, quelle est la légitimité de l’action française lorsque celle-ci est la réponse à une demande émise par un exécutif à la légitimité relative ? Une légitimité questionnée par une partie de la population (manifestations à répétition) mais également par les faits politiques eux-mêmes depuis le coup d’Etat. Par ailleurs, le Premier ministre de la transition a été "démissionné" à la mi-décembre par les militaires putschistes du 22 mars, montrant l’emprise de l’institution militaire sur le pouvoir civil. Dans un tel vide institutionnel, il y a de quoi s’interroger sur la légitimité du président Traoré à faire cette demande au nom du peuple malien. Tout soutien extérieur doit impérativement s’inscrire dans la légalité internationale donnée par la résolution 2 085 du CSNU. Si la Belgique doit apporter son aide, il est préférable que cela s’inscrive dans le cadre d’un soutien à la Misma, qu’il soit logistique, financier, matériel ou autre, ou alors il est préférable que cela s’inscrive dans le cadre de la mission européenne de formation des forces armées maliennes, qui pourra être soit l’envoi de formateurs, de force de protection de ces formateurs, ou le soutien par voie de financement, entre autres.

Sans intervention, n’y a-t-il pas un risque de voir se développer une zone de non-droit contrôlée par l’Aqmi ?

Peut-on raisonnablement croire que la menace islamiste puisse à elle seule engager autant de moyens militaires français et mériter un pari politique aussi risqué pour le Président français ? Mais, d’ailleurs, quelle est l’ampleur de la menace représentée par la mouvance jihadiste internationale pour le Sahel, l’Afrique de l’Ouest, l’UE et la France ? Le doute sur la raison officielle de cette intervention est d’autant plus permis que le recrutement d’islamistes au Nord-Mali ces derniers mois a surtout été une question d’opportunisme économique et social, et non pas une adhésion aveugle à des idéaux religieux qu’ils ne partagent pas ou peu : de là, il est possible d’imaginer que des négociations politiques auraient pu faire renoncer un grand nombre d’entre eux à la violence armée. Il est donc difficile de savoir si le risque de sanctuarisation du Mali est avéré ou extrapolé.

Faut-il craindre un risque d’enlisement ?

Les propos du ministre français des Affaires étrangères selon lequel l’opération est une question de "quelques semaines" font sourire Chasser les Talibans de Kaboul et Saddam Hussein de Bagdad n’a pris que peu de temps contrairement à la pacification et à la stabilisation qui dix ans après demeurent des "vœux pieux". N’y a-t-il pas un risque de se retrouver face à la même situation au Mali ? Chasser les islamistes de Gao, Kidal et Tombouctou à grands renforts de bombardements aériens peut en effet ne prendre que "quelques semaines". En revanche, s’assurer que les combattants ne reviennent pas s’inscrit dans la longue durée. Dans ces conditions, le risque d’enlisement, sur fond de guerre asymétrique, se profile à l’horizon. On ne peut non plus écarter le risque que l’intervention française dans une ancienne colonie, bien qu’émanant du Président malien, ne serve la cause des groupes islamistes et n’entraîne une mobilisation de nouvelles recrues séduites par les thèmes de la lutte contre l’ancienne puissance coloniale et, plus largement, contre l’Occident.

"Chasser les islamistes de Gao, Kidal et Tombouctou à grands renforts de bombardements aériens peut ne prendre que "quelques semaines". En revanche, s’assurer que les combattants ne reviennent pas s’inscrit dans la longue durée. Le risque d’enlisement, sur fond de guerre asymétrique, se profile à l’horizon."