Globalement, quelle est votre appréciation de la politique d’asile mise en œuvre par Mme De Block ?

Elle est très positive. Elle a pris le taureau par les cornes et elle obtient en très peu de temps des résultats là ou cela stagnait. Le fait qu’elle ait pu diminuer le nombre de demandes d’asile d’environ 15 %, c’est un élément important parce que cela fait sauter la pression sur les centres d’asile. Elle a réalisé une bonne partie de la feuille de route du gouvernement et cela doit être salué. Je pense notamment à la création d’une liste des pays sûrs pour traiter dans les quinze jours les demandes des ressortissants de ces pays, au fait d’avoir pu transposer la directive "Retour" puisque désormais un ordre de quitter le territoire doit être exécuté, à l’encouragement du départ volontaire avec à défaut de coopération le retour forcé. En matière de régularisation médicale, elle prend d’abord en compte l’aspect médical avant l’aspect administratif. Donc, je trouve que sa politique donne des résultats. Je me souviens que fin 2011, alors qu’elle venait à peine d’entrer en fonction, elle a été confrontée à une gestion de l’accueil d’urgence et elle a hérité d’une situation extrêmement difficile. Et cette année, il n’y a pas eu de crise du froid. Cette réussite tient aussi au fait qu’il n’y a plus qu’un seul ministre, alors qu’auparavant les matières étaient éclatées.

Le Ciré (voir ci-contre) est très critique envers les restrictions nouvelles à l’égard du regroupement familial. Qu’en pensez-vous

La volonté de dire qu’on ne peut pas accueillir des personnes qui veulent se regrouper quand elles n’ont pas de possibilités de logement ou des revenus suffisants pour couvrir les besoins de la famille sans que cela devienne une charge pour la collectivité, est à mon sens nécessaire et légitime. Nous n’avons jamais voulu dans ma formation remettre en cause ce droit fondamental mais il est important d’en fixer les conditions pour limiter les abus qui ont été constatés. Il y a des mariages blancs, gris, forcés; il y a des adoptions fictives. Il est important de mieux protéger les arrivants réguliers et donc de traquer les abus.

Mme De Block est devenue très rapidement populaire. Cela veut-il dire qu’il y a un grand assentiment dans la population à l’égard de sa politique ?

Je le pense. La feuille de route du gouvernement correspond à la volonté de la population. Une vraie politique migratoire était espérée et attendue. Cette politique doit faire preuve de réalisme, d’humanité, mais en même temps de fermeté. Elle doit s’inscrire dans une réflexion à long terme. L’immigration, notamment économique, doit se poursuivre mais on doit mieux la contrôler. J’inverserais l’aphorisme de Michel Rocard disant qu’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde mais qu’on doit en prendre sa part. Je dirais plutôt que bien sûr, on doit prendre notre part de la misère du monde, mais qu’on ne peut pas en accueillir la totalité parce que notre système risquerait de se déstructurer. Dire que l’intégration des immigrés dans notre société doit se faire avec réalisme et objectivité, pour que les gens puissent vivre dans des conditions dignes, est un discours tout à fait cohérent et cela n’a strictement rien de honteux.

La politique d’éloignement, forcé en particulier, fait l’objet de nombreuses critiques. Les comprenez-vous ?

Il y a une proportion relativement égale de départs volontaires et de retours forcés. C’est important de favoriser les départs volontaires. Quand il n’y a plus d’espoir, je pense qu’on ne peut pas entretenir l’illusion. Par rapport aux retours forcés, je rappellerais qu’on vit dans un Etat de droit. Quand une décision est prise, et je crois qu’il est important qu’on accélère encore davantage la procédure, elle doit être exécutée. A partir du moment où vous rendez les procédures plus efficaces dans des délais bien plus raisonnables, où vous supprimez les abus notamment en cas de demandes multiples, les décisions doivent être rigoureusement exécutées.

"Quand il n’y a plus d’espoir, je pense qu’on ne peut pas entretenir l’illusion. Par rapport aux retours forcés, je rappellerais qu’on vit dans un Etat de droit. Quand une décision est prise, et je crois qu’il est important qu’on accélère encore davantage la procédure, elle doit être exécutée."