Beaucoup de parents, et d’enseignants, sont farouchement partisans des examens scolaires. Etes-vous d’accord avec eux ?

De manière générale en Belgique, tant au Nord qu’au Sud du pays, la société tout entière a une vision très compétitive de l’éducation. C’est ce qui explique qu’elle ne remet pas en question l’organisation du système éducatif, et des examens en particulier. Ainsi, les parents se mobilisent et organisent leur vie professionnelle pour pouvoir être auprès de leurs enfants au moment des sessions d’examens. A titre d’anecdote, j’ai rencontré hier une de mes cousines qui atterrissait du Canada pour passer quelques jours en famille et elle m’a dit qu’elle ne s’attendait pas à se trouver elle-même au milieu d’une session d’examens ! Ambiance stressante, parents non disponibles, etc. Au Canada, précisait-elle, les enfants ont aussi des examens, mais ce n’est pas l’affaire des parents. Nous sommes opposés à cette culture de la note, c’est-à-dire aux évaluations chiffrées et aux sessions d’examens telles qu’elles sont organisées maintenant.

Pourquoi cette opposition ?

Dès l’entrée à l’école, les notations chiffrées soulignent bien plus les manques que les réussites et donc ne font donc pas apparaître une vision positive, de nature à mettre en avant les progrès que les élèves réalisent. On met l’accent davantage sur ce qu’ils ne savent pas. Très vite, prend forme une vision de l’école où on va être évalué et pas comme un lieu pour apprendre. J’entends parfois les enseignants dire que les élèves "ne travaillent que pour les points", mais on a tout fait pour qu’ils réagissent ainsi ! Cela commence au début de l’école primaire jusqu’à la fin du cursus scolaire. Quant aux sessions d’examens, telle qu’elles sont organisées au niveau du secondaire, elles sont très inégalitaires. Elles sont tout à fait favorables à des élèves qui bénéficient d’un soutien familial, alors qu’on livre à la nature les élèves qui ne reçoivent pas ce soutien parce que leurs familles ne sont pas proches de la culture scolaire.

Par quoi remplacer ce système que vous dénoncez ?

Il est clair que l’organisation des examens tels qu’ils se déroulent est la pierre angulaire de notre système scolaire. Cela va conduire à la réussite ou à l’échec, ou aux réorientations. Donc, on ne peut pas déconstruire le modèle des examens sans envisager de refonder le système dans sa globalité. Nous remettons en cause le principe du redoublement ainsi que le fait que chaque année, l’élève est sanctionné par rapport à ses acquis. Nous voudrions plutôt voir se développer un système éducatif qui, de 5 à 16 ans, conduirait tout un groupe avec des objectifs conjoints, et qui serait à la fin sanctionné par des évaluations externes.

Donc, pour vous, le système actuel crée lui-même l’échec ?

Oui, effectivement. En tout cas, il ne met pas les élèves dans une vision constructive de l’apprentissage. Cela n’empêche pas de s’interroger régulièrement pour savoir où l’on va et quels moyens on se donne pour y arriver. L’école de la réussite passe clairement par une transformation de la vision de l’évaluation.

Rend-on un bon service aux enfants et aux jeunes en ne les préparant pas à la sélection qui aura de toute façon lieu plus tard ?

L’école du fondement comme nous l’appelons (jusque 16 ans), ce n’est pas le lieu de la préparation à l’université. C’est plutôt le lieu de l’apprentissage des compétences citoyennes, communes à tous, pour être capables de comprendre le monde et d’agir.

Certains disent que votre positionnement est au mieux utopiste, mais plus sûrement idéologique et angéliste. Votre réaction ?

Ce l’est sans doute si on se place dans le cadre d’une vision compétitive et ultralibérale de la société. Une vision comme la nôtre ne correspond pas aux valeurs de ce type de société. Si on veut éduquer à la solidarité et à la coopération, et qu’on veut faire réussir tous les enfants, ce n’est certainement pas en passant par des sessions d’examens.

"Une vision comme la nôtre ne correspond pasaux valeurs de la société compétitive et ultralibérale.Si on veut éduquerà la solidaritéet à la coopération,et qu’on veut faire réussir tous les enfants, ce n’est certainement pas en passant par des sessions d’examens."