Non, les radars ne sont pas des pompes à fric!

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Non, les radars ne sont pas des pompes à fric!
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Une opinion de Koen Van Wonterghem (Parents d'enfants victimes de la route) et Pierre Courbe (Inter-Environnement Wallonie).

Le 29 novembre dernier, Drieu Godefridi, philosophe et chroniqueur régulier de "La Libre Belgique", s’interrogeait ici sur ce qu’il appelle "la prolifération des radars", suggérant que le recours à ces appareils relève plus des politiques budgétaires que de la sécurité routière. La charge était lourde et on pouvait s’interroger sur ce qui conduit une personne réputée pour ses capacités intellectuelles à mettre en doute les motivations présidant à l’installation de radars près d’une école…

Des trois éléments de réflexion avancés dans la chronique, deux constituaient des attaques en règle contre l’Etat dépeint comme une entité démoniaque cherchant à pomper l’argent des citoyens et à instaurer un système de contrôle permanent à grand renfort d’électronique.

Au vu des réactions postées sur le site de "La Libre", cette dialectique a fait mouche et rallié de nombreux lecteurs à son panache antiétatique. Dont acte, chacun est libre de ses opinions. On se doit par contre de dénoncer le troisième argument, le seul relatif à la sécurité routière.

Affirmer comme il le fait que la sécurité passive des véhicules importe plus que la vitesse pour réduire le nombre de victimes sur les routes constitue en effet une contre-vérité absolue. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) est sans équivoque : "L’énergie déployée dans une collision est fonction de la vitesse au carré, ce qui explique qu’une faible augmentation de la vitesse provoque une augmentation importante du risque de traumatisme." (1)

Concrètement, lorsqu’une voiture (particulièrement si sa face avant est "carrée", de type 4x4) heurte une personne (particulièrement si celle-ci est de petite taille, comme un jeune enfant), cela équivaut à projeter cette personne contre un mur à une vitesse équivalente à celle du véhicule lors de l’impact. Ce principe est utilisé par certains pour se débarrasser de chatons jugés indésirables et s’avère d’autant plus monstrueusement efficace que l’on lance fort… ou que l’on roule vite.

Si la "sécurité passive" évoquée par monsieur Godefridi peut avoir un quelconque effet, c’est à l’avantage exclusif des occupants de la voiture, en aucun cas à celui des usagers percutés par celle-ci. Sur son site "Road safety", la Commission européenne souligne que "la vitesse est au cœur du problème de la sécurité routière. […] Dans 30 % environ des accidents mortels, la vitesse est un facteur essentiel."

Et, n’en déplaise aux adeptes de cette vitesse qui se réfèrent couramment au mythe des autoroutes allemandes pour justifier leurs propres excès, le Conseil européen pour la sécurité routière (European Transport Safety Council) a démontré que le nombre d’accidents, de blessés et de tués y a fortement diminué sur les sections étant passées d’un régime sans limitation de vitesse à un régime avec limite permanente.

Un des principaux défis auxquels sont confrontés les pouvoirs publics en matière d’insécurité routière est le suivant : depuis 2005, alors que le nombre d’automobilistes (conducteurs ou passagers) qui décèdent dans les accidents continue à diminuer, celui de piétons et de cyclistes tués stagne. On recensait ainsi 108 piétons morts sur les routes belges en 2005 et 111 en 2011.

La réduction effective des vitesses est un élément central pour sortir de cette situation. La mise en cause du bien-fondé du contrôle des vitesses - particulièrement aux abords d’écoles - constitue une insulte à la mémoire des victimes et une plaie supplémentaire infligée à leurs proches.


Koen Van Wonterghem et Pierre Courbe

Respectivement membres de l’association Parents d’enfants victimes de la route et d’Inter-Environnement Wallonie

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