Une opinion de Valérie Victoor, conseillère générale de santhea asbl, une fédération patronale d'institutions de soins de santé wallonnes et bruxelloises.

On le savait : le jour où des foyers se déclareraient dans les maisons de repos, ça flamberait et l’incendie serait difficile à éteindre.

On le savait, et on a alerté les autorités.

On le savait parce que la situation en termes de matériel de protection était alarmante.

On le savait parce que les expériences italienne et française nous l’avaient déjà démontré.

La réaction des autorités a cependant beaucoup trop tardé.

Faute de matériel de protection adapté ou en suffisance, le personnel prenant en charge les patients suspectés de souffrir du Covid-19 n’a pas été protégé, corrélativement les patients n’ont pas été suffisamment protégés du personnel potentiellement contaminé.

Aucun testing n’a été organisé : le personnel, susceptible d’amener le virus dans les murs à son insu n’a pas été testé, même symptomatique, parce que les consignes des autorités étaient de ne tester que le personnel en état suffisamment grave que pour potentiellement devoir être hospitalisé.

On n’a pas testé les résidents non plus, rendant une quarantaine préventive impossible. Il a fallu chaque fois attendre que des symptômes se déclarent de manière durable.

Les directions des maisons des repos comme les soignants ont dû écouter impuissants le tic - tac précédant l’explosion du virus.

Le choix des autorités a été de miser sur un isolement maximal, en croisant les doigts pour que le virus n’entre pas dans la bulle entourant nos aînés.

Alors, est-ce un choix de société ?

Bien sûr, la pénurie de matériel est mondiale. Bien sûr, la première urgence était d’équiper les hôpitaux généraux chargés de soigner les patients en état critique nécessitant une hospitalisation immédiate.

Mais pourquoi avons-nous dû batailler ferme, santhea comme les autres acteurs du secteur, pour que l’on reconnaisse que oui, des masques FFP2 sont tout aussi nécessaires pour protéger les soignants dans les maisons de repos ?

Pourquoi tant de maisons de repos n’ont survécu, jusqu’à la livraison récente de masques FFP2 par les autorités, que grâce aux colis de matériel que nous avons récolté grâce aux dons de la société civile, citoyens et entreprises ?

Pourquoi les autorités fédérales, qui centralisent et coordonnent les actions des différents niveaux de pouvoir, singulièrement concernant le matériel de protection, n’ont-elles pas réservé plus tôt une part, même minime, du maigre butin pour protéger nos aînés et nos soignants ? Parce que les maisons de repos relèvent de la compétence des Régions ? Et que du coup, les Régions n’ont qu’à se débrouiller pour faire des démarches en parallèle pour essayer d’obtenir elles-mêmes ce matériel ?

On craignait que les médecins des Unités de Soins Intensifs, face à l’afflux de patients trop important, aient à faire des choix éthiques. Jusqu’à présent, cette situation humainement insoutenable a été évitée.

Mais quid pour nos aînés ?

Il eut fallu tester plus tôt. On ne refera pas le passé et on vit plus que jamais dans l’instant. Mais une chose est sûre, maintenant, tester ne suffit pas, parce même si tous les cas sont détectés, qu’est-ce qu’on fera ?

On écarte tout le personnel positif même asymptomatique dans un contexte de grand absentéisme ? Ou on le laisse au travail au chevet des résidents souffrant du Covid-19 au risque d’augmenter la charge virale de l’un et/ou de l’autre ?

On isole aussi les pensionnaires asymptomatiques et on espère qu’il y aura assez de personnel pour s’occuper de tout le monde dans des conditions de protection suffisante ?

On renvoie les résidents infectés vers les hôpitaux, ce qui va surcharger encore plus le personnel hospitalier et peut-être épuiser la capacité en lits disponibles pour la prise en charge du Covid-19 ?

On parle beaucoup de création de structures intermédiaires intra - ou extrahospitalières. Mais le timing pour leur mise en place et le personnel soignant à y affecter permettront -ils d’offrir une solution rapide au péril actuel ?

Autant de questions auxquelles nous n’avons pas reçu de réponse aujourd’hui.

Nous attendons des autorités de tous les niveaux de pouvoir qu’elles agissent de concert pour poser urgemment des actions concrètes. Parce qu’il leur revient de gérer cette situation catastrophique et parce qu’en attendant, le virus décime.