Pourquoi ne sont-ils pas davantage considérés, eux qui ont troqué l’escalade financière et la voiture de société contre le défi de former la génération de demain ? Une carte blanche de Joséphine de Bergeyck, enseignante participant au programme Teach for Belgium. 

Tu vas faire prof ? Tu n’as rien trouvé d’autre ?" Cette phrase typiquement associée au métier d’enseignant est souvent adroitement prononcée par un militant proclamant que "l’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde". Mais alors, il est où, le bug ?

Ma question est la suivante : pourquoi les profs ne se trouvent-ils pas au même rang que les ingénieurs et les médecins dans les mentalités collectives ? Après tout, le quotidien d’un prof, c’est de jongler avec sa casquette de pédagogue, de générateur de projets, de dispensateur de savoirs, de détecteur de personnalités, de stimulateur de talents. Un enseignant doit également prendre le rôle de figure de discipline, d’organisation et de créativité. Il s’agit d’une personne ayant troqué l’escalade financière et la voiture de société contre le défi inestimable de former la génération de demain. Un magicien des temps modernes qui a décidé de dédier son quotidien aux heures incalculables de préparation, de corrections, d’innovations mais surtout de remises en question. Derrière ces "profiteurs du système" se cachent surtout des héros pour qui les heures de travail ne comptent plus ; qui se nourrissent de microvictoires comme un élève qui a finalement compris son concept de maths, un enfant qui s’accroche à son rêve, un ado qui a décidé de se laisser une chance. Être prof, c’est porter toutes ces casquettes, tous les jours, à chaque instant. C’est mettre au centre de sa vie le potentiel de chaque élève.

Étant régulièrement en contact avec de jeunes diplômés, j’entends souvent cette phrase : "J’aimerais d’abord faire un vrai métier avant d’être prof." C’est une affirmation qui me fait toujours sortir de mes gonds. Lors des conversations, j’entends également des propos tels que "J’ai envie d’être prof pour être plus ‘cool’, avoir une charge de travail moins importante, une vie moins stressante." Si seulement ils savaient... La majorité des jeunes enseignants, lorsqu’ils se lancent dans le métier, rattrapent bien vite ces paroles par d’autres idées : "Je n’aurais jamais imaginé une telle charge de travail, devoir faire preuve d’autant de persévérance, faire face à un tel engagement."

C’est donc notre devoir collectif de rendre ses lettres de noblesse au métier d’enseignant. Il ne tient qu’à toi, chère image de la société, de changer la manière dont tu décris le métier de professeur. La prochaine fois, au lieu d’affirmer "Prof, tu n’as rien trouvé d’autre ?", pourquoi ne pas essayer "Prof, quelle ambition tu as !" ou encore "C’est une véritable vocation que tu as choisie."

C’est à vous, qui côtoyez ces héros au quotidien, de changer votre langage pour une reconnaissance à la hauteur de ce métier irremplaçable. Ceci est un appel à la désobéissance des idées préconçues. Je fais donc appel à toi, cher citoyen, pour changer ton discours. Au lieu de "tout le temps en vacances", "horaires tranquilles", on pourrait considérer l’idée que les profs sont au premier plan pour exercer un métier dont l’impact est, plus que jamais, déterminant pour l’avenir.

Merci à tous ces héros qui, chaque jour, se battent pour l’éducation de nos enfants. Qui, chaque jour, se lèvent avec pour mission de planter les graines dont les pousses détermineront l’avenir de cette génération. Plus que jamais, face aux défis économiques et sanitaires auxquels nous sommes confrontés, nous avons besoin de nos héros du quotidien. Merci à toutes ces personnes qui décident de sauter le pas pour garantir un avenir clément à nos jeunes.