Une carte blanche de Stanislas van Wassenhove. Fondateur de Trans-Mutation, université d'été des décideurs en Belgique francophone.

Notre système éducatif et plus particulièrement l’enseignement supérieur sont-ils adaptés au monde qui change? François Taddéi, docteur honoris causa de l’UCLouvain, y répond par la négative. Notre système n’a pas été pensé pour préparer les jeunes à ces changements. Dans quelle mesure notre enseignement propose-t-il le sens attendu par les jeunes générations, et assure-t-il la durabilité des compétences acquises ?

Nous sommes abreuvés de chiffres indiquant les effondrements en cours du vivant et annonçant des catastrophes croissantes qui toucheront notre espèce également. En toute logique, cela devrait se traduire par un rapide changement de nos comportements.

Hélas, savoir ne suffit pas à mobiliser l’action. Avoir conscience des choses ne change pas les choses.

La durabilité s’avère incontournable, face aux menaces environnementales, climatiques, sociales et économiques. Elle nécessite que l’on porte un regard nouveau sur l’enseignement, son rôle, son contenu, sa forme. Il faut aller plus loin, revisiter nos systèmes de valeurs, notre représentation du monde, nos croyances et nos schémas mentaux.

Les compétences nécessaires

Comment peut-on encore promouvoir une croissance de la consommation et donc de la production, dans un monde aux ressources limitées ? Est-il approprié de promouvoir ce système quand celui-ci contribue à détruire le vivant ou à épuiser les ressources qui appartiennent au bien commun de l’humanité ? Comment peut-on encore enseigner selon un modèle magistral alors que la connaissance d’aujourd’hui se trouve sur Internet, que ses contenus évolutifs sont rapidement obsolètes et que ce dont on a le plus besoin pour faire face aux défis, c’est la curiosité, le sens critique, la collaboration… ?

Pour revisiter ces bases et repenser notre rapport au monde, l’enseignement supérieur joue un rôle clé tant par ses activités de formation des adultes de demain (et aussi tout au long de la vie) que par ses activités de recherche.

L’urgence et l’ampleur des défis appellent une refonte rapide et radicale des contenus des enseignements pour comprendre les enjeux et penser les nouvelles bases sur lesquelles l’humain pourra continuer à habiter la planète sans en détruire le vivant. Les méthodologies doivent être adaptées afin de permettre aux étudiants d’acquérir les compétences nécessaires pour relever collectivement les défis systémiques auxquels nous sommes confrontés.

Benoît Halgand, un des initiateurs du "Manifeste pour un réveil écologique" lancé à l’initiative des jeunes des grandes écoles françaises, et Adélaïde Charlier, fer de lance en Belgique (avec Anuna De Wever) du mouvement Youth for Climate, ont fait part des aspirations des jeunes. Jean Jouzel, climatologue et ancien vice-président du Giec, a relayé ce cri d’alarme et invité les établissements d’enseignement supérieur à déclarer l’état d’urgence écologique et climatique.

Les "softskills"

Andreas Schleicher, directeur de l’Éducation à l’OCDE, inventeur de l’indicateur Pisa, et Frédéric Panier, associé chez Mc Kinsey, ont décrit les compétences nécessaires à l’enseignement supérieur du XXIe siècle, les softskills : agilité, écoute, empathie, raisonnement holistique, prise en compte de l’imprévisible… Christiane Dorion, docteur en enseignement durable, a expliqué comment intégrer dans les programmes la dimension environnementale. Karen Boers, CEO de BeCode, et Olivier Marchal, à la tête de la Cité des métiers à Charleroi, ont présenté des modèles pour apprendre autrement.

Même si la situation est alarmante, nous avons la grande chance de vivre un changement de civilisation et, si nous nous y mettons tous rapidement, nous pouvons contribuer à lui donner un tour positif.

Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction. Titre original : "Notre système éducatif et plus particulièrement l’enseignement supérieur sont-ils adaptés au monde qui change ?"