Opinions

Une opinion signée par 600 fonctionnaires dont dont Roland Moreau (ex-Directeur général SPF Environnement), Danielle Sarlet (ex-Secrétaire générale du SPW), et Vincent Engel.


Les fonctionnaires ne peuvent se retrancher derrière leurs devoirs de loyauté, de neutralité et de réserve.


Parce que seule compte désormais l’action, nous appelons les fonctionnaires, ouvriers et employés du secteur public à rejoindre le mouvement pour le climat via les actions suivantes : se joindre à la grève mondiale pour le climat du vendredi 15 mars 2019 et à la marche à Bruxelles le même jour ; reconnaître publiquement l’état d’urgence environnemental (1) et œuvrer dans leur fonction pour que l’Etat belge et l’Union européenne se mettent en capacité institutionnelle et démocratique de répondre à l’état d’urgence environnemental, notamment en adoptant une loi spéciale climat, un Plan national Climat-Energie, et un programme d’action européen à la hauteur de l’urgence relayée par les scientifiques.

Parce qu’ils sont au carrefour des connaissances scientifiques, des injonctions politiques, des demandes citoyennes, associatives et entrepreneuriales, et exécuteurs des politiques publiques ; parce qu’ils sont la courroie de transmission indispensable de la démocratie belge et européenne, les fonctionnaires, ouvriers et employés du secteur public sont idéalement placés pour mesurer chaque jour l’écart gigantesque entre la gravité de la situation environnementale et l’inertie causée par les politiques menées.

Parce qu’ils comptent en leurs rangs de nombreux scientifiques, techniciens, spécialistes de l’action publique et experts du climat, les fonctionnaires, ouvriers et employés du secteur public souhaitent rappeler le fait que le climat ne se négocie pas et qu’il ne devrait pas être un enjeu partisan. Le climat n’est pas régulé par les bonnes intentions, les espoirs et les vœux pieux mais par la physique des émissions de gaz à effet de serre. Cette physique est implacable et exige de notre société une stricte maîtrise de ses émissions en fonction des limites scientifiques de la technologie. D’après le GIEC, seule une politique ambitieuse de transition massive peut désormais nous permettre de faire plafonner les émissions en 2020 et de décarboner l’économie d’ici à 2050. Les fonctionnaires belges de l’environnement en particulier, dont la mission légale est d’informer le grand public de l’état de l’environnement, veulent souligner auprès des citoyens, à la lumière des plus récents travaux scientifiques, que si nous continuons à transgresser collectivement les limites du fonctionnement de la biosphère et du climat, il sera de plus en plus difficile de garantir la continuité des services publics et la préservation de la santé, de l’environnement et des biens publics.

Conscience et missions

Ainsi, parce que c’est l’existence même de la communauté des citoyens, de l’Etat et des institutions, la continuité même du service public, la garantie même de la démocratie qui sont toutes à la fois menacées par l’inertie actuelle face au réchauffement climatique, les fonctionnaires ne peuvent empêcher leur conscience de leur rappeler le sens de leur mission et de leur fonction, et leur rôle fondamental dans le maintien des institutions.

Parce que leur mission est de préserver la santé humaine, animale et environnementale, la continuité du service public, l’intérêt général, l’égalité, la solidarité, la justice, la stabilité de l’économie et des communications, le patrimoine public, la formation des générations futures, la conception, la construction et l’entretien des infrastructures, l’approvisionnement en eau et en énergie, la Sûreté de l’Etat, la sécurité nucléaire et le respect des lois et accords internationaux, et parce que le dérèglement climatique menace gravement cette mission, les employés du secteur public ne peuvent qu’exprimer publiquement leur extrême préoccupation.

Parce que le logement, l’alimentation, l’agriculture, la mobilité, le transport, l’économie, l’industrie, le commerce extérieur, l’aménagement du territoire, les forêts, l’infrastructure, la fiscalité, les finances sont parmi les compétences qui influencent les principaux secteurs émetteurs de gaz à effet de serre, les employés du secteur public ne peuvent que s’engager à œuvrer à la transition sociétale dans ces domaines.

Parce qu’ils ne peuvent se retrancher derrière leurs devoirs de loyauté, de neutralité et de réserve, parce qu’ils jouissent de la liberté d’expression garantie par la Constitution, parce qu’ils sont tous des citoyens, parce qu’ils veulent protéger les générations présentes et futures, les fonctionnaires, ouvriers et employés du secteur public ne peuvent se taire et laisser seuls les jeunes dans la rue sans rien faire. Car si les jeunes se demandent à quoi bon aller à l’école s’il n’y pas de futur ?, de plus en plus de fonctionnaires se demandent également à quoi bon faire fonctionner l’Etat et les services publics s’il n’y a pas de futur ?

(1) : Une pétition existe pour déclarer l'état d'urgence environnemental.


Liste complète des signataires