Une carte blanche de Lucie L., 19 ans, bien connue de la rédaction.

Cher Monde,

Je t’écris car je n’arrive plus à te suivre. J’aimerais te comprendre. Comprendre comment on a pu en arriver là, comprendre pourquoi être en ton sein me rend malheureuse, alors que les plus beaux moments de ma jeunesse devraient être en train de se dérouler.

Comprendre pourquoi tu ne fonctionnes plus comme je t’ai toujours connu.

Je suis une jeune femme de 19 ans, passionnée par ses études de droit, ayant des proches présents et aimants, je suis une cheffe scout comblée… mais je ne me suis pourtant jamais sentie aussi triste. Mes études me pèsent, mes proches me manquent. Sourire à mes scouts, les rencontres en auditoires, les fêtes estudiantines, les dîners de famille, les voyages, mes rêves et mes projets… La vie d’avant me manque, terriblement !

Voilà une année entière à entendre parler de santé physique. Je n’ai probablement pas été assez prudente, je ne suis certainement pas un exemple. Je fais partie de ceux ayant été contaminés par le virus. J’ai été mise en quarantaine plusieurs fois pour avoir bravé, par égoïsme, les règles de prudence… Mais ma santé mentale ne tient plus. Je suis psychologiquement incapable de me plier, à tout instant, aux mesures que l’on nous impose, tout en répétant qu’on n’y est toujours pas arrivé. Arriver à te sauver de ce virus, qui pourrit nos vies à tous depuis bien trop longtemps.

Mais il ne s’agit plus uniquement de ce virus. Il faudrait, en réalité, te sauver de nous. De l’État, des vieux, des jeunes, des médias… de toutes ces personnes qui oublient que nous traversons tous la même crise. De toutes ces personnes égoïstes, qui en oublient le combat commun qui nous lie : te sauver, nous sauver.

Chacun cherche son coupable

Mais comment te sauver si le combat dévie, divise, s’intensifie et s’arme, mais cette fois-ci entre nous ? Chacun cherche son coupable et exprime son mal-être en perdant de vue l’objectif : éradiquer ce virus le plus rapidement possible, avec le moins de dégâts possible. Nous n’y avons jamais été aussi proche !

Pourtant, je suis terrifiée de voir certaines images d’un monde qui se déchire et qui me fait peur. Pas une once d’humanité n’émerge de ce flot de vidéos qui, chaque matin, envahit mon fil d’actualité. Des reproches, des discours de haine, des accusations, des préjugés, des généralités… Tout est bon pour tenter de trouver le fautif. Je suis dévastée de voir que, pour certains, le combat commun prend fin pour laisser place à des combats individuels dénués de sens.

C’est une évidence, tu souffres dans ton entièreté, tu en as marre, tu veux que ça cesse… Mais sans nous, tu n’y parviendras pas. C’est une “guerre” qui devrait nous lier, pas nous diviser. C’est une prise de conscience qui ne concerne pas seulement la partie qui nous semble fautive. Elle doit être collective. C’est à l’État de prendre des mesures cohérentes, en étant à l’écoute de l’entièreté de la population, sans laisser personne de côté ; à être aussi conscient que ce sont des humains, et non des robots, qui sont face à leur écran à la suite de chaque “Codeco” pour prendre connaissance, une fois de plus, des nouvelles mesures à adopter. C’est à la population, aussi, d’être respectueuse de ces règles en étant reconnaissante envers toutes ces personnes, prêtes à aider chacun d’entre nous, en leur rendant la pareille et à être solidaire afin de nous assurer, à tous, un retour à la normal le plus vite possible.

Nous sommes alliés

Alors, je vous en supplie, cessez la violence, cessez les mesures abusives, cessez d’être égoïste… Soyez tout simplement humain. Pensez collectivement. Nous en avons tous marre. La situation ne vous fait pas plus souffrir qu’un autre. Chacun obéit, tant bien que mal, aux règles sanitaires. Nous rêvons tous de la fin de cette période douloureuse, alors réalisons notre rêve, ensemble ! Ne faisons pas durer le cauchemar plus longtemps, tout ça est allé trop loin. Nous ne sommes pas ennemis mais alliés dans ce combat.

Si vous vous faites coincer, c’est le jeu! Vous prenez le risque en étant parfaitement conscient des sanctions. Ne revendiquez pas des droits par des actions violentes, ils en perdent tout leur sens. Ne cessez pas de vivre, apprenez simplement à vivre différemment, dans le calme et le respect d’autrui.

Soyez clément avec la population, soyez soucieux de sa santé physique et mentale. Derrière toutes ces mesures se trouvent des humains, souvent perdus et désespérés.

J’espère qu’on pensera dès à présent à toi et qu’une unité refera surface entre nous tous, en comprenant qu’on a chacun notre part du travail à réaliser. Que nous y arriverons main dans la main et non les uns contre les autres.

A très vite j’espère, tu nous manques !