Une carte blanche signée par Hans Leenders, S.Vandevelde, Rudiger Wouters, Denis Bouwen, Dave Donin, Sonja Renders, Gabrielle Goblet, Isabelle Debroux, Jean-Marc Namotte, Olivier Dezeure. Certains signent comme membres de "Communauté belge"(1), d’autres le font entièrement à titre individuel.

Le gouvernement flamand estime nécessaire de distribuer des chèques de 180 euros aux personnes qui souhaitent organiser une fête dans leur quartier autour du 11 juillet, dans une région où, depuis de nombreuses années, l'accent est mis sur la fête flamande alors que la fête nationale (21 juillet) n’y reçoit que peu d'attention. Elle met également tout en œuvre pour promouvoir au maximum "l'identité flamande" par le biais de la chaîne publique VRT. Ou devrions-nous dire : pour la construire et l'imposer à tous et à toutes? Cela démontre que certains dans le monde politique au nord du pays font tout pour pousser cette identité. Tout cela est bien beau, mais qu'en est-il de notre identité belge, à laquelle nous adhérons fortement ?

L’association Communauté belge et de nombreux citoyens partageant les mêmes idées pensent qu'il est grand temps de privilégier un discours différent. Un discours qui met en évidence, encourage, renforce la solidarité entre tous les habitants de ce pays. Nous sommes opposés à une régionalisation qui divise inutilement les Belges et qui les monte les uns contre les autres. Une certaine culture des conflits tribaux, une envie maladive de tribalisme, l'emprisonnement dans sa propre communauté: notre pays n'en tire aucun profit, bien au contraire. On peut faire autrement! On doit faire autrement!

Comment agir autrement ? Donnons quelques exemples.

Nos chaînes publiques

Nos chaînes publiques ne devraient pas seulement parler d'une partie du pays. Elles devraient au moins autant souligner que nous vivons en Belgique et quels sont les nombreux aspects positifs de ce pays multilingue et diversifié. Si des décrets régionaux s'y opposent, ces décrets régionaux doivent être adaptés. Il est inacceptable que de nombreux téléspectateurs de la VRT, par exemple, subissent la propagande ou la publicité permanente d’ une "identité flamande" en dissimulant ou minimisant la Belgique, notre pays. De nombreux Belges néerlandophones ne le souhaitent pas et ne l'acceptent pas. Eux aussi sont des contribuables et cofinancent la chaîne publique néerlandophone. Il faut tenir compte de leurs sensibilités et de leur point de vue.

Des infos sur l'ensemble du pays

Nos chaînes publiques doivent (être prêtes à) donner des infos de manière beaucoup plus systématique sur l'ensemble de la Belgique, et pas seulement sur une partie du pays. Elles devraient beaucoup plus souvent réaliser des programmes et des émissions ensemble, et échanger des productions. Pourquoi les JT et de nombreux programmes ne sont-ils toujours pas sous-titrés dans les différentes langues nationales ? Impossible ? C'est absurde, avec tous les moyens technologiques actuels, c'est parfaitement possible. Tout commence par la volonté des conseils d'administration et des directions de faire les choses différemment.

Multilinguisme

À Bruxelles, on observe de plus en plus de signes d'une volonté croissante d'organiser un enseignement bilingue et multilingue. De nombreux politiciens bruxellois se battent pour cela depuis des années. La tendance est claire et positive. Nous souhaitons que cette approche soit développée et étendue à toute la Belgique. Une approche positive et la promotion du trilinguisme ou du quadrilinguisme (néerlandais, français, allemand, anglais) seront un énorme atout pour l'ensemble du pays et tous ses habitants. Elle réduira également les divisions inutiles dans certains esprits, augmentera la compréhension mutuelle et facilitera grandement les échanges et la coopération.

À nos yeux, les frontières linguistiques sont un héritage (dépassé) du vingtième siècle. Devons-nous continuer à faire un fétiche de ces frontières linguistiques ? Une certaine partie de notre classe politique ne peut-elle pas enfin sortir des tranchées communautaires ? Une frontière linguistique ne peut et ne doit pas être un Mur de Berlin. Si elle l'est, elle est pernicieuse et doit donc être rejetée.

Enseignement

Dans notre enseignement, l'échange et la coopération doivent donner le ton. Que nos écoles secondaires, collèges et universités collaborent beaucoup plus souvent. Permettons aux étudiants d'étudier dans les différentes langues nationales. Laissons-les faire un stage dans une autre langue. Qu’ils réfléchissent et développent ensemble des entreprises ou d'autres projets.

Il y a tant à faire pour que ce pays progresse réellement, d'Arlon à Ostende. La nouvelle approche moderne que nous préconisons peut devenir un exemple de vivre ensemble pour toute l'Europe !

N’oublions pas que les Belges, en dehors de leur langue maternelle, pensent de manière très similaire sur de nombreux sujets. Cela a été confirmé à maintes reprises par des recherches scientifiques sérieuses menées par nos universités, même si certains partis aiment à affirmer que les "Flamands" et les "Wallons" sont fondamentalement différents. Nous rejetons fondamentalement cette affirmation. Les études le contredisent.

Refédéralisation

De récents sondages d'opinion ont également montré que les Belges aspirent à une gouvernance plus efficace et à une refédéralisation, par exemple dans le secteur des soins de santé. Pour la santé publique, la crise de la coronavirus a été un énorme coup de semonce ! De nombreux experts médicaux et des personnes qui parlent en connaissance de cause soulignent que la santé est un secteur dans lequel nous n'avons pas besoin de nous séparer, mais plutôt de refédéraliser. Certains partis politiques souhaiteront voir les choses différemment, poussés par leur désir de régionaliser et de scinder notre pays.

Nous constatons que trop de partis politiques en Belgique ne prennent pas ou trop peu en compte le désir profond d'une proportion croissante de Belges d'inverser la fragmentation ou, au moins, de la réduire de manière significative. Dans une démocratie qui fonctionne bien, ce n’est pas normal du tout : les partis auraient dû inclure ce désir clairement dans leurs programmes. Trop de partis ferment les yeux et les oreilles. Déficit démocratique !

Plus de crampes communautaires

Dans de très nombreux domaines, nous devons, dans un nouvel esprit et sans guéguerres communautaires inutiles, aborder les choses au niveau national. Nos structures étatiques actuelles résultent trop souvent dans de tristes absurdités, des différences ridicules, l'inefficacité, le gaspillage de ressources (qui sont rares).

Il appartient aux responsables politiques de reconnaître (enfin) le souhait de nombreux Belges et d'adapter leurs programmes en conséquence. S'ils ne le font pas, à long terme, il n'y aura rien d'autre à faire que de s'associer au plus grand nombre possible de forces pour créer un mouvement ou un parti démocratique qui souhaite élaborer un modèle de société belge moderne, positif et constructif, capable de déplacer les balises et de valoriser le potentiel de tous ses habitants. Sans déraillements tribalistes.

(1) : "Communauté belge" fait partie des groupes de pression qui rassemblent des Belges de tous horizons qui estiment que la division communautaire ne sert pas ce pays. Ils s'opposent à la volonté de certains de diviser les Belges francophones, néerlandophones et germanophones, et insistent sur une plus grande cohésion et une re-fédéralisation maximale. Des informations sur l'association "Communauté belge" sont disponibles en écrivant à cette adresse: hans.leenders@me.com ou denis.bouwen@telenet.be