Une opinion de Julian Lozano Raya, politologue et formateur en éducation à la citoyenneté mondiale et solidaire (ECMS) à Iteco (Centre de formation pour le développement et la solidarité internationale). 

Si le ton humoristique de cette nouvelle campagne ne peut laisser indifférent, celle-ci est pour le moins interpellante quant à la représentation du travail et du travailleur qu’elle véhicule…

Ce 20 janvier, Bruxelles Formation a lancé une nouvelle campagne de communication pour "sensibiliser les chercheurs et chercheuses d’emploi à la formation professionnelle" avec de nombreux affichages en rue, à la télévision, à la radio, sur les réseaux sociaux et au cinéma. Avec plus de 16 150 stagiaires formés en 2018, contre seulement 2 311 fin des années 1990 et un peu plus de 7 000 en 2010, ce service public bruxellois de formation professionnelle, créé en 1994, déploie depuis plus de 25 ans une offre de formation qui est allée en se diversifiant et répondant "aux besoins des chercheurs d’emploi ainsi que des travailleurs en transition et au développement économique de la région bruxelloise".

Si le ton humoristique de cette nouvelle campagne ne peut laisser indifférent, celle-ci est pour le moins interpellante quant à la représentation du travail et du travailleur qu’elle véhicule. En réutilisant les codes graphiques et le slogan "Moi quand… !" chers aux réseaux sociaux, elle met en scène différents personnages "fiers" d’avoir réussi leur formation sans lien apparent avec le métier appris.

À travers la mise en scène d’une réussite individualisée et tape-à-l’œil, la formation et le travail sur lequel elle est censée déboucher sont ainsi réduits à un enrichissement personnel superficiel sans aucune relation à l’utilité sociale de celui-ci. Le travail semble ainsi n’être qu’une activité déconnectée de toute réalité sociale et productive qui vise avant tout à procurer fierté vis-à-vis de ses copines, de son père et de son maître…

La déqualification du travail

Cette vision dégradante assumée des travailleurs trouble et incommode. Pourquoi un service public tel que Bruxelles Formation contribue-t-il à véhiculer l’image du travailleur-chien à l’heure d’une augmentation de la précarité professionnelle qui touche de plus en plus toutes les catégories professionnelles ?

Si l’intention paraît louable, en visant au "recrutement de nouveaux stagiaires avec une attention particulière pour les peu scolarisés mais aussi à aboutir à plus de visibilité et de notoriété pour Bruxelles Formation", elle n’en traduit pas moins la déqualification du travail et de sa fonction sociale dans notre société.

Jadis espace de socialisation et de production de richesse sociale, le travail semble chaque fois plus se fragmenter en de multiples états provisoires et précaires qui ne durent pas plus de temps que la tournée musicale d’une rock star .

Dans notre société du court terme dans laquelle la trajectoire sociale et professionnelle des individus est devenue de plus en plus illisible, il est espéré d’un service public tel que Bruxelles Formation qu’il défende le travail de qualité et la qualité des travailleurs sans participer à diffuser et banaliser dans l’imaginaire social l’image de l’individu égoïste, déconnecté des enjeux sociétaux et avide de popularité.