Le Président nord-américain Barack Obama a reçu le Prix Nobel de la paix 2009, "pour ses efforts extraordinaires en faveur du renforcement de la diplomatie et de la coopération internationales entre les peuples".

Pourtant, si M. Obama sait communiquer et jouer de son image avec une rare virtuosité, son bilan, à y regarder sérieusement, est plutôt inquiétant, après presqu’un an de gouvernance, et ce tant sur le plan intérieur que sur celui de la scène internationale, et de la paix en particulier

Ainsi, s’il a effectivement convaincu le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le dirigeant palestinien Mahmoud Abbas de poser avec lui pour la photo à New York, M. Obama n’est cependant nullement intervenu pendant que les bombes s’abattaient sur les populations civiles de Gaza. Et son action aurait même plutôt empêché toute condamnation d’Israël par les Nations unies. Mais n’avait-il pas affirmé : "Si quelqu’un lançait des roquettes sur ma maison la nuit ( ), je ferais tout mon possible pour l’en empêcher" ? Résultat : plus de mille morts et de cinq mille blessés.

Et que faut-il penser de la politique obamienne au Honduras, alors que tout indique clairement l’implication des services secrets états-uniens, même si M. Obama tente de donner le change en condamnant le coup d’Etat, sans toutefois rien entreprendre de concret ?

Et dans les événements qui ont perturbé les élections en Iran où, là aussi, le rôle de l’Amérique ne fait plus aucun doute, depuis qu’il a été affirmé par M. Jared Cohen, haut responsable du Département d’Etat ?

De même, l’administration Obama aurait renoncé au projet de "bouclier antimissile" en Europe centrale, prévu pour 2013 par l’administration Bush et visant la Russie. C’est vrai, le projet a bien été revu : il portera désormais jusqu’en 2015 et visera principalement l’Iran.

M. Obama a annoncé qu’il retirait les troupes d’Irak. C’est faux : il a ordonné le retrait d’une partie des troupes d’Irak, mais a maintenu une forte présence militaire, qui doit se poursuivre jusqu’en 2011 au moins, ne changeant rien au plan de l’administration Bush. Quant aux troupes retirées, c’est pour être envoyées en Afghanistan, où la guerre continue et demande des renforts importants.

Et que dire du "Patriot Act", loi que le président Bush avait fait passer en force après les événements du 11 septembre 2001 et qui a plongé les Etats-Unis dans des pratiques non conformes à la Constitution, bridant les libertés individuelles et permettant des abominations comme Guantanamo ? M. Obama en a inconditionnellement prolongé la validité, sans autre forme de débat.

Et qu’en est-il, d’ailleurs, des prisons de la honte ? Certes, il semble que Guantanamo, la partie visible de l’iceberg, soit sur le point d’être fermée, en grandes pompes. Mais où en est-on en ce qui concerne Bagram et les autres "prisons secrètes" de la CIA ? Le sénateur McCain, lui, ancien prisonnier torturé au Vietnam, avait promis une enquête approfondie et la fermeture complète de ces centres de détention et de torture illégaux. Il n’en est pas question dans le chef de M. Obama.

Quel beau Prix Nobel de la paix que voilà !

D’un côté, M. Obama a promis un changement de politique à propos du protocole de Kyoto et ambitionne de convoquer une conférence mondiale sur l’énergie et le climat. D’un autre, plus concrètement, son administration envisage de réorienter sa politique énergétique vers le charbon, l’énergie la plus polluante et productrice de C0 2 , mais dont les Etats-Unis regorgent encore et qui est redevenue compétitive, depuis la flambée des cours du pétrole.

Enfin, concernant les avancées dans le domaine de la sécurité sociale, le principal espoir que bon nombre d’électeurs américains avaient placé en lui, M. Obama a accouché d’une souris. Certes, il faut reconnaître, à sa décharge, qu’il n’a pas la majorité au Congrès. Mais, cela, il le savait déjà fort bien, lorsqu’il promettait de grandes réformes, durant la campagne électorale Rappelons, en attendant, que pas moins de 16 % des citoyens des Etats-Unis n’ont aucune assurance santé.

Bref, beaucoup d’effets d’annonce, mais rien de bien concret, en somme. Tout au contraire.

Mais le président Obama sait ménager son image.

Rédiger un mot d’excuse à une fillette qui sèche les cours pour voir le meeting du Président ou inviter un professeur noir à se réconcilier avec un policier blanc raciste autour d’une bière à la Maison blanche ? "Yes, he can" ! Et tout cela, bien sûr, devant des caméras de télévision et un parterre de journalistes.

La "com’" pour masquer la réalité, en politique, c'est utile. Mais pendant combien de temps encore le président Obama pourra-t-il tenir bon, simplement avec des mots, des paillettes et de la poudre aux yeux ?