Une opinion de Zoé, traductrice et actuellement étudiante en dernière année en relations internationales à l'UCLouvain (*).

Je suis féministe. Face aux réactions que suscitent cette affirmation, il m’arrive de croire être atteinte d’une maladie contagieuse dont l’éruption trahit mon discours. Parfois, des curieux poursuivent la conversation, me permettant de souligner que le féminisme n’est autre, pour moi, qu’un "instrument à disposition des femmes leur permettant d’offrir ce qu’elles sont au monde pour qu’il soit meilleur et ce, sur un même pied d’égalité que les hommes". Pour ce faire, il est essentiel que les femmes (re)connaissent leurs dons et y soient encouragées par les hommes de leur entourage.

À mon sens, il faut se défaire de l’image d’un féminisme castrateur, qui aliène tant les hommes que les femmes. Je pense sincèrement que féminisme rime avec féminité, y compris tous les visages qu’incarnent cette féminité, pourvu qu’elle ne soit pas subordonnée au regard des hommes. D’ailleurs, le terme même de "féminisme" est inadéquat car il colle une étiquette au groupe de personnes qui devraient être la norme, et non être considérées comme une anomalie, à l’instar des vocables "racisme" et "terrorisme".

C'est l'affaire de tous

En matière d’égalité des sexes, pour ne pas être considéré comme misogyne, il ne suffit pas d’être innocent du rôle de prédateur ou de tyran. Ne jamais réduire au silence un témoignage, une pensée ou une démarche d’une femme de votre entourage contre le sexisme ou la misogynie sous prétexte que vous, vous êtes irréprochable. C’est l’affaire de tous, bien qu’il soit difficile de se mettre à la place du sexe opposé. Dans ce domaine, pas de demi-mesure : toute indifférence ou condescendance à l’égard de la condition féminine est aussi destructeur que des comportements ouvertement déplacés.

Nos sociétés occidentales font désormais le procès du patriarcat, auxquels sont associés les hommes qui incarnent ainsi les monstres au service d’un système tant tyrannique qu’archaïque. Les accuser d’être complices d’un système patriarcal, voire descendants d’une culture du viol est véritablement destructeur. Je souhaite éviter que la suivante génération d’hommes porte en elle la responsabilité de l’héritage misogyne. Des hommes complexés et empreints de culpabilité ne pourraient faire vivre la société. Le monde a soif d’hommes debout, prêts à tendre la main aux femmes dont ils se trouvent être les alliés, côte à côte.

Merci aux hommes

Merci aux hommes d’être là. J’ai la chance d’être entourée d’hommes admirables, qui m’élèvent en tant qu’être humain et en tant que femme. Cela ne doit pas être évident d’être homme en ce monde. Certains redoutent toute distance par rapport à la définition caricaturale de la masculinité qui confirme leur virilité. Or, il en existe une multitude de facettes. La masculinité ne fait pas de l’homme un être dépourvu d’empathie et d’émotions, et c’est dans l’intérêt de tous qu’il puisse mettre sa force caractéristique au service d’autrui. Pourvu que les marques de domination ou d’objectivation des femmes ne soient plus synonymes de virilité mais au contraire, des preuves de faiblesse et de lâcheté intolérables. La masculinité ne sera vécue pleinement que lorsqu’elle sera libre de tout sentiment de menace ou de supériorité face à l’altérité que représente la féminité. Il me parait inconcevable de voir les relations homme-femme à travers le seul prisme d’un rapport de force où les féministes tentent de renverser la tendance en leur faveur tandis que leurs homologues masculins, tantôt effrayés, tantôt condescendants, essaient de maintenir leur souveraineté. Il ne s’agit pas d’un territoire à défendre mais bien de réaliser qu’ensemble, nous faisons l’Humanité.

(*) : L'auteure ne souhaite pas que son nom complet apparaisse.