Une chronique de Ludovic Dhont, professeur de sciences dans le secondaire, participant au programme Teach for Belgium.


Enseigner est une invitation au voyage : celui qui mène à la découverte de soi. Quoi de mieux que de sonder son cœur pour éveiller sa curiosité du monde ?

Un jour, je deviendrai prof. Voilà une idée qui est restée dans un coin de ma tête pendant des années. J’ai toutefois mis du temps avant de me décider et de mettre mon costume de gladiateur pour me lancer dans l’arène de la classe. En effet, je ne me destinais pas à suivre le chemin de l’enseignement : j’ai étudié les sciences biomédicales et pharmaceutiques à l’université jusqu’à décrocher mon diplôme de docteur. Mon but était de travailler dans la recherche médicale et cela représentait beaucoup d’efforts. Je voulais contribuer au bien-être de l’être humain en trouvant des solutions au sort injuste de la maladie. Je n’ai jamais supporté les injustices et celle des ennuis de santé m’a toujours révolté.

Fort de cette conviction, je suis monté dans le train de la recherche : Belgique, Hongrie, Canada… un voyage de sept années, rempli de rencontres, d’innovations, de défis, de succès (et d’échecs aussi !) qui m’a ouvert les portes du monde ! Mais ce n’était pas assez pour moi…

Je me suis alors demandé quel était mon réel impact dans la société. Je passais mon temps dans un laboratoire, sur des sujets très fondamentaux avec de nobles intentions, mais je me suis rendu compte que je ne me trouvais plus à ma place. Avec cette simple question, je suis revenu à mes propres fondements : quel est mon but ? Comment puis-je contribuer au bien-être du monde (enfermé au laboratoire, pris au piège du système complexe de la recherche) ? Cette réflexion profonde m’a fait prendre conscience de l’incroyable bagage que j’avais récolté : une expérience d’expert scientifique de haut vol, une vision large du monde de la santé au niveau international, des rencontres d’hommes et de femmes aux cultures diverses. Je me sentais riche et reconnaissant et… un peu démuni aussi ! Il était temps de descendre du train et de poursuivre mon voyage.

Un jour, je deviendrai prof. Cette idée s’est alors remise en marche. J’avais eu la chance de donner quelques cours dans l’enseignement supérieur, ce qui m’avait beaucoup plu. Cependant, je restais encore dans ma zone de confort et je cherchais du contact social que je peinais à obtenir dans ce cadre. J’avais beaucoup de choses à partager et bien au-delà des cours de science. J’avais le sentiment profond que mes cours n’étaient qu’un prétexte qui cachait un message plus profond : celui de l’expérience d’un être humain. Cela m’a amené à réfléchir sur le message que je délivrais à mes élèves et à l’impact que je pouvais avoir sur eux.

Ma propre expérience a été salvatrice. Elle m’a sauvé, elle a élevé mon esprit et mon cœur à la hauteur des rêves que j’ai pu réaliser. C’est le message clef que j’ai décidé de partager avec mes élèves : rêvez grand, vivez entièrement et soyez fidèles à vos cœurs.

C’est pourquoi il m’a semblé clair, après ces multiples expériences, que devenir enseignant dans le secondaire serait mon quotidien. Parmi les personnes qui m’ont le plus marqué dans la vie, ce sont des profs du secondaire qui en font partie : si je veux avoir un impact significatif et suffisamment tôt sur l’existence de jeunes esprits, c’est au niveau de l’école secondaire que j’ai ma place !

Dans une société motivée par l’utilité de toute chose, en pleine révolution écologique et économique, il est important et urgent d’y assumer la place que l’on se choisit et de se poser les questions qui font sens. Je serai un enseignant. J’en assume la responsabilité et je suis prêt à relever les défis que cela incombe. Enseigner est une invitation au voyage : celui qui mène à la découverte de soi. Quoi de mieux que de sonder son cœur pour éveiller sa curiosité du monde ? C’est là le point de départ de l’expérience singulière que tout individu mérite de faire. En tant que prof, je promets d’offrir à mes élèves ce ticket vers l’aventure.

Il m’a fallu du temps pour accepter ce rôle. Maintenant, je suis prêt. On ne naît pas prof, on le devient.