Une opinion de Céline Lucas, juriste, Master en droit à l'UCLouvain.

Georges Orwell, André Malraux, André Gide, Arthur Koestler, Robert Capa, .. Cette liste ne se veut pas exhaustive, tant ils furent nombreux au 20e siècle à marquer l’Histoire à travers leur engagement et leur espoir en l’Humanité.

Tous ces Hommes ont traversé les siècles, et laissé une trace indélébile sur leur temps.

Le premier né en Inde, prit part à la Guerre civile espagnole dans les rangs des milices du P.O.U.M. sur le front d’Aragon. Le deuxième après avoir été emprisonné pour vol et recel d’antiquités Khmères en Indochine, combattit également durant la Guerre d’Espagne et y endossa un rôle considérable en devenant notamment colonel de l’escadrille internationale Espana. Il rejoindra dans la fin de la seconde guerre mondiale la résistance et deviendra ensuite ministre de la culture dans le régime après-guerre. Le troisième, après s’être rapproché du régime communiste publia, malgré de nombreuses pressions "Retour de l’U.R.S.S." où il dénonça le totalitarisme du régime Stalinien. Il mènera également un combat comme les autres contre le fascisme. Le quatrième, a adhéré au parti communiste Allemand et intégré la komintern. Il quitta le parti durant le régime de terreur à Moscou et s’érigea en opposant des deux totalitaristes de l’époque, Hitler et Staline. Le dernier, eut l’occasion de rencontrer Léon Trotski à l’occasion de son premier reportage, et couvrira comme photographe les plus grands conflits de l’époque ; la guerre d’Espagne, la seconde guerre sino-japonaise, la seconde guerre mondiale ou encore la guerre d’Indochine où il trouva la mort.

Cette carte blanche n’a pas pour vocation d’établir un récit biographique de ces êtres, tant leur vie fut riche et remplie en évènements. Cependant, il y a un fil conducteur entre tous. Ecrivain, penseur, photographe, ou simple citoyen, ils s’insurgèrent contre les périls de l’époque, en particulier la montée du fascisme, s’interrogèrent, cherchèrent des explications, des solutions et s’engagèrent dans ce qu’ils pensèrent être un moyen de combattre le drame de leur siècle. Ils voulurent changer le cours dans lequel se dirigeait le monde, non pas en détruisant mais en construisant et en participant.

Ces hommes ont été en perpétuel mouvement dans leur réflexion, leur pensée. Georges Orwell par exemple, eut ses convictions de gauche totalement ébranlées durant la guerre d’Espagne et les illustre bien dans son ouvrage Hommage à la Catalogne. André Gide fit de même dans Retour de l’U.R.S.S. où il dressa un triste constat du communisme pour lequel il eut tant d’affection et d’espoir. Ces hommes ont pensé, cherché, tenté mais ont également pu revenir sur leur position. Là est un Homme complet, celui qui est capable de se remettre en question, son for intérieur mais également le monde qui l’entoure.

Où sont ces Hommes ô combien inspirants aujourd’hui ?

Beaucoup argueront que les époques sont différentes. Je ne puis partager totalement ce point de vue. La montée des extrêmes n’a jamais été aussi grande, et rappelle furieusement les années 1930 : Matteo Salvini en Italie, Viktor Orban en Hongrie, Jaïr Bolsonaro au Brésil, Donald Trump aux USA. Le monde, en ce début de 21ème siècle, est submergé par une vague populiste où les outrances, les attaques et les mensonges sont devenus choses courantes.

Des conflits éclatent partout depuis le début de notre siècle. On peut citer notamment la seconde intifada, l’insurrection albanaise en Macédoine, la guerre d’Afghanistan, la guerre d’Irak, le conflit israélo-libanais, la Guerre de Gaza, le conflit au Liban, la seconde guerre civile Irakienne, ou encore dernièrement la guerre au Haut-Karabagh.

Une minorité musulmane, les Ouïghours, est massacrée en Chine et fait les frais d’une politique d’assimilation dirigée par le parti communiste Chinois dans l’indifférence de la communauté internationale.

Le 21e siècle est, à mon sens, autant en péril que l’a été le siècle précédent. Les êtres se referment, et créent sans cesse de nouveaux clivages. Faisant le jeu des extrêmes. Il n’existe quasi plus d’intérêt pour la "cité", la société dans laquelle nous évoluons. On ne se bat plus pour défendre des idéaux collectifs mais plutôt individuels : nous sommes noirs, blancs, transgenres, homosexuels, féministes. Les intérêts personnels ont pris le pas sur l’intérêt général, vecteur commun de l’Humanité.

Les réseaux sociaux en sont la parfaite illustration. Alors que le monde n’a jamais offert autant de moyens de communication qu’aujourd’hui, il s’en trouve desservi. Certes, la parole est donnée à tout le monde mais avec quelle conséquence ? Le “Café du Commerce” acquiert une audience internationale. Les théories complotistes affluent sur les réseaux et sont partagées en masse, les réflexions ne sont plus exposées avec le recul nécessaire mais uniquement sous un prisme ou un angle de vue, ce qui génère des débats biaisés d’avance.

Le rôle du politique

J’en veux pour preuve la crise du coronavirus. Combien d’articles ou d’avis voit-on émerger, critiquant ouvertement l’action du gouvernement sans poser le cadre global ? Les avis du public, qui banalisent les chiffres, la saturation des hôpitaux ou encore le réel effet du confinement, sont légion avec pour unique risque de faire perdre toute crédibilité à la classe politique et entraîner un non-respect des mesures sanitaires. Le monde politique a justement ce devoir d’évaluer les différents risques en tenant compte de tous les points de vue, et d’y trouver l’intérêt général. Il est tout à fait sain dans une société démocratique de s’interroger sur les actions menées par le gouvernement, qu’elles soient présentes ou passées, ou de déplorer son manque de précaution et d’anticipation, mais ne perdons pas de vue que ces critiques doivent tenir compte d’un contexte global aux multiples facettes. La crise sera interprétée différemment selon que l’on s’adresse à un expert, à un virologue, à un médecin de famille, à un économiste ou encore à un juriste. Le rôle du politique est de concilier tous ces points de vue afin de trouver la solution la plus juste, efficace, proportionnelle dans l’intérêt de la société. Perdre le recul nécessaire à une juste réflexion amène inévitablement à des réflexions populistes ayant pour unique but d’agiter et de créer de la haine et de la désunion.

J’aimerais retrouver ces Hommes qui se battaient pour des convictions du monde, générales touchant l’Humanité dans son ensemble. J’aimerais retrouver ces Hommes d’engagement, qui dénoncent tout en construisant ! Et ça nous appartient à nous tous, d’être, non pas utopistes mais idéalistes