Que pensez-vous globalement de l’action de la secrétaire d’Etat à l’asile et à la migration, Maggie De Block ?

Ce qu’on lui reconnaît, c’est qu’elle a géré correctement la crise de l’accueil cet hiver. Il n’y a eu personne à la rue. L’année précédente, c’était une catastrophe complète. Au-delà de cela, il y a beaucoup de choses à redire et à apprécier de manière beaucoup plus nuancée que ce qui s’étale en matière de communication par le gouvernement. Elle est ainsi en train de poursuivre dans la politique qui avait été amorcée avant son arrivée, mais elle a accéléré le tempo et a pris des mesures restrictives supplémentaires qui causent des dégâts. On est face à des mesures de plus en plus restrictives du côté de l’asile, du côté de l’accueil, ainsi que du côté de la possibilité d’obtenir un titre de séjour pour des raisons médicales graves, du côté enfin des restrictions en matière de regroupement familial. Il y avait effectivement une série de problèmes qui étaient pointés et qui méritaient qu’on se penche dessus et qu’on cherche des solutions. Mais il n’y a pas eu de réelle évaluation qualitative et quantitative des problèmes qui se posaient : des mesures ont été prises brutalement et leurs effets ne sont pas évalués.

Un exemple ?

Eh bien, celui des mariages blancs. Oui, il en existe, ce serait ridicule de le nier. Mais, parce qu’il y a des mariages blancs, est-ce qu’on est en droit de prendre purement et simplement des mesures tellement dures qu’elles mettent vraiment en difficulté toute une série de gens qui ne sont pas du tout en train d’utiliser abusivement ces procédures ?

Le fait que Mme De Block soit devenue si rapidement très populaire n’indique-t-il pas que sa politique reçoit un très large aval de la population ?  

Oui, clairement. Mais la population ne connaît pas les conséquences de cette politique. Avec la crise actuelle, on sait que ce sont des moments où la population est très frileuse et trouve qu’il faut reconcentrer les moyens sur les Belges d’origine. Aussi, ce n’est pas très difficile de se rendre populaire avec des mesures comme celles-là mais il faut mener une politique qui soit juste et respectueuse du droit des personnes et des engagements internationaux. En fait, il est très important de prendre des mesures de fond. Or, ce qui est fait est à court terme, sans penser à l’avenir. Si on prend l’asile, on a effectivement une diminution des demandes. Mais on voit que les demandes d’asile sont en train d’augmenter dans d’autres pays européens. On n’a donc rien changé à la source du problème. On ne s’attaque pas du tout aux causes qui jettent les migrants sur les routes.

La politique d’éloignement –11 000 personnes sur un an – est-elle légitime ?

Tout dépend évidemment dans quelle perspective on se place. Pour nous, le principe d’enfermer les étrangers est inacceptable. Et il est fondamental que soient correctement et totalement instruits les dossiers pour que les personnes qui ont de bonnes raisons de craindre des persécutions ne soient pas renvoyées chez elles. Tous les pays européens pratiquent cette politique de non-acceptation et de renvoi qui incarne une approche égoïste et de court terme, au coût humain et financier énorme et qui ne résout rien.

Mais cette question est globale à l’échelle de la planète.…

Justement. On est vraiment dans un contexte de libéralisation totale de la circulation des biens et des capitaux. Mais les hommes, eux, ne peuvent pas circuler, particulièrement ceux qui viennent des pays plus pauvres. Or, ils circulent évidemment, soit parce qu’ils ont besoin de protection, soit parce qu’ils veulent venir monnayer leur force de travail. Et ils y arrivent parce que notre système économique néolibéral a besoin de leurs bras mais dans des conditions de travail et salariales d’extrême exploitation Et le gouvernement qui est si prompt à prendre des mesures dures à l’encontre des étrangers n’agit pas du tout pour contrôler et empêcher que des entreprises, notamment dans le Bâtiment, utilisent des mécanismes de sous-traitance en cascade pour maximiser leurs profits : or, combattre cette dérégulation du marché du travail est urgent.

"Avec la crise actuelle, on sait que ce sont des moments où la population est très frileuse et trouve qu’il faut reconcentrer les moyens sur les Belges d’origine. Aussi, ce n’est pas très difficile de se rendre populaire avec des mesures comme celles-là."