Certains mettent en cause l’existence des examens scolaires, arguant notamment qu’il s’agit d’une usine à l’échec et qu’ils sont traumatisants pour les élèves. Votre avis en tant que parlementaire spécialisée dans les questions d’enseignement ?

Les examens scolaires sont nécessaires, et même indispensables pour qu’un enfant puisse avoir l’évaluation de ses acquis. Evidemment, ils ne doivent pas être organisés dans un contexte stressant, aussi bien de la part des parents qui peuvent mettre la pression que des enseignants. Il faut que cela puisse se faire dans le climat le plus serein possible.

Pourquoi, à vos yeux, les examens scolaires sont-ils utiles ?

Je pense qu’à chaque stade des apprentissages, il est important pour l’enfant, l’enseignant et les parents de savoir, par rapport au niveau atteint, où se situe l’élève. Voir s’il a acquis l’enseignement prodigué à 50, 70 ou 80 % du niveau des apprentissages qu’il a reçus.

Une évaluation régulière, et plus douce, n’est-elle pas préférable ?

Toutes les évaluations sont indispensables. Le petit contrôle du matin en classe est nécessaire à l’apprentissage au jour le jour. A un moment donné, il faut pouvoir faire aussi l’évaluation d’une globalisation des matières. Voir si vraiment les acquis sont là. Je pense aussi qu’il est important d’avoir des évaluations externes pour s’assurer qu’on puisse amener tous les élèves de toutes les écoles au même niveau d’apprentissage.

Beaucoup critiquent les examens parce qu’ils provoquent l’échec et ne favorisent pas une culture de la réussite. Qu’en pensez-vous ?

Ceux qui disent cela veulent camoufler la réalité. Et donc, ils abordent mal le problème. Je ne peux en aucun cas leur donner raison. A un moment donné, il faut quand même avoir un révélateur du niveau de chaque enfant. Il doit savoir personnellement où il en est. Et si on dit qu’on ne fait pas d’examen, on ne sait pas aider les gens. C’est de l’hypocrisie totale. Par contre, ce que nous affirmons depuis de nombreuses années, c’est qu’on ne doit pas attendre d’avoir un échec avéré dans un examen pour agir en remédiation. Trop souvent, on y envoie les jeunes tardivement, quand ils ont déjà accumulé plusieurs échecs. Nous disons qu’il faut construire les apprentissages avec remédiation dès le moment où les difficultés apparaissent. Mais comment voulez-vous savoir que l’élève est en difficulté si vous ne l’évaluez pas régulièrement ?

Prenons le cas du CEB (Certificat d’étude de base), en fin de primaire. Beaucoup – parents et enseignants – disent qu’il est trop facile et ne sert donc pas à grand-chose…

Le CEB pose question. Mais ce n’est pour cela qu’il faut jeter le bébé avec l’eau du bain. Le CEB pose un problème parce que sa réussite est fixée à 50 %. C’est un niveau très faible. Cela veut dire qu’un enfant à ce niveau n’a acquis que 50 % du savoir des années primaires. Et donc, qu’y a-t-il de commun entre un enfant qui a obtenu son certificat juste à 50 % et un autre qui l’a réussi à 80 % ? Au niveau des acquis de l’apprentissage, il n’y a rien de commun entre ces deux enfants et pourtant, ils vont se retrouver sur le même banc en secondaire. D’autre part, il faut que le CEB soit un instrument de vérité, et à cet égard-là, en effet, on peut considérer qu’il est trop facile. J’ai entendu que dans un réseau communal, ils se sont amusés à le faire passer à des enfants de 4e primaire, et que ceux-ci l’ont réussi !

Quant à la fin du secondaire, êtes-vous favorable à l’instauration d’un bac à la française, qu’il faut réussir pour pouvoir accéder à l’université ?

Pas un bac à la française, parce que ce n’est pas notre culture. Mais nous sommes favorables à quelque chose de plus précis que ce qui existe maintenant. Il devrait s’agir d’un test obligatoire, de nature externe comme le CEB, permettant au jeune de faire le point sur ses acquis de fin de la filière qu’il a choisie. Il recevrait ce résultat à titre informatif, pour pouvoir choisir en connaissance de cause ses filières supérieures.

"Nous disons qu’il faut construire les apprentissages avec remédiationdès le momentoù les difficultés apparaissent. Mais comment voulez-vous savoir que l’élèveest en difficultési vous ne l’évaluez pas régulièrement ?"