Une opinion signée par l'ensemble des musées et des sites patrimoniaux de Belgique, représentés par : Vlaamse Unesco Commissie van België, Commission belge francophone et germanophone pour l'UNESCO ICOM België Vlaanderen, ICOM Belgique Wallonie-Bruxelles, ICOMOS Vlaanderen-Brussel, ICOMOS Wallonie-Bruxelles, FARO Vlaams Steunpunt voor Cultureel Erfgoed, Musées et Société en Wallonie, Brussels Museums, Vlaams Museumoverleg, Werkplaats immaterieel erfgoed, Europa Nostra Belgium et Herita.

Les musées et sites patrimoniaux permettent aux individus affectés par une crise de se reconstruire et de s’inventer un futur pour retrouver un sens existentiel individuel. Rendons-les accessibles rapidement.

Le patrimoine culturel, mobilier ou immobilier, matériel ou immatériel, au-delà de l’objet de loisirs qu’il constitue, est source de sens et d’identité. En tant que médium pour exprimer des valeurs et structurer les relations aux autres, le patrimoine culturel est essentiel au bien-être des individus et des communautés au travers de sa symbolique et de ses dimensions esthétiques.

Le patrimoine culturel est également synonyme d’inclusion sociale lorsque son accès est facilité pour tous les publics, que ce soit via les programmes scolaires ou les activités de médiation des institutions, et que les avantages découlant de son accès sont partagés, car il renforce alors le sentiment d’appartenance, de respect mutuel et d’objectif commun. Le patrimoine culturel contribue ainsi à la cohésion sociale d’une communauté et à réduire ses inégalités.

Le patrimoine culturel joue également un rôle économique important et a été reconnu récemment par l’Onu comme un instrument du développement durable de par la création d’emplois locaux dans les domaines du tourisme, de la conservation, de la construction et de la production artistique.

Ensemble, les sites patrimoniaux et les musées en sont les représentants.

Le patrimoine culturel dans toute sa diversité a été reconnu par différentes organisations internationales, telles que l’Icomos, l’Iccrom, l’Icom, l’Unesco, l’Onu ou la Banque mondiale, comme des éléments centraux dans la résilience (la capacité d’un système et de ses composantes d’anticiper, de s’accommoder ou de se remettre des effets négatifs d’évènements de manière efficace pour restaurer tout ou partie, de manière différente, les structures et le fonctionnement de ce système) des individus et des communautés après des évènements traumatiques, comme des guerres, des catastrophes naturelles ou des épidémies. Plus précisément, musées et sites patrimoniaux permettent ensemble aux individus et aux communautés affectées de se reconstruire et de s’inventer un futur, tant en mobilisant des ressources économiques locales et en favorisant la création de réseaux d’entraide, qu’en raison du pouvoir hautement symbolique du patrimoine dans la vie de chacune et chacun.

Il n’est pas question de comparer la situation actuelle à des évènements comme des guerres, ou des catastrophes naturelles qui ont dévasté les vies et les infrastructures de pays entiers, mais cette pandémie nous isole, sépare des familles et des communautés, provoque des pertes humaines solitaires et des deuils qui ne peuvent être accompagnés.

Le Covid-19 entre en résonance chaque jour dans nos existences par les différents médias, et il force de nombreux pays à cesser la plupart de leurs activités. Il confine des populations, il modifie nos certitudes actuelles et changera de manière profonde et durable nos manières de vivre et d’interagir dans le futur.

Les musées et sites patrimoniaux ne se sont pas trompés sur leur rôle social en proposant directement des visites virtuelles et d’autres modes de découvertes numériques de leurs collections afin de maintenir et de nourrir ce lien, et d’aider les individus et les communautés à surmonter cette période de confinement.

Mais plus que jamais, des musées et des sites patrimoniaux visitables physiquement avec toutes les garanties de sécurité sanitaire sont nécessaires pour retrouver un sens existentiel individuel, un lien entre les personnes et écrire une histoire commune qui permette de nous projeter, ensemble, dans l’avenir.

L’incertitude individuelle et la déstructuration sociale sont sources soit de repli soit de rebond. Faisons ensemble, nous professionnels des musées et du patrimoine et vous, femmes et hommes politiques, le pari du rebond social en autorisant rapidement la reprise des activités des musées et des sites patrimoniaux dans le respect des conditions sanitaires imposées tant pour les visiteurs que pour le personnel, et en garantissant la protection du patrimoine et la viabilité des musées.

Les musées, les sites patrimoniaux et leurs professionnels sont prêts à relever le défi et se tiennent dès maintenant à la disposition de la Belgique et de ses habitants afin de ne pas faire mentir la devise nationale.