Une opinion d'Anissa Toual, étudiante à l'Université de Saint-Louis.

L’annonce est tombée : cours en distanciel dès cette semaine, pour tous les étudiants, petits et grands. Les petits et les moins grands peuvent garder espoir par contre, l’objectif : présentiel à 100 % dès la fin des vacances de Pâques. Les étudiants du supérieur par contre devront tenir bon. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles, je suppose ?

J’ai du mal à croire que j’ai plus de chance, étudiante de 21 ans, d’attraper le virus qu’un élève de rhétorique de 18 ans. J’ai aussi du mal à croire que nos auditoires aérés et le port du masque de façon constante ne permettent pas une contamination minime.

Une solidarité à sens unique ?

"Les étudiants doivent tenir bon, restez courageux ! Protégez les plus fragiles, les plus âgés, participez à la solidarité générale !" entend-on. Alors nous obéissons, nous participons à la solidarité générale. Maintenant, les plus âgés sont en cours de vaccination, les plus fragiles le seront bientôt. Si j’ai bien des choses à dire sur la campagne de vaccination - apparemment le Comité de concertation non -, je remarque bien tristement que les étudiants doivent rester en distanciel, pratiquement confinés, sans la moindre nouvelle. Peut-être que la solidarité générale est à sens unique.

"Et la Deuxième Guerre ?"

"Vous pensez aux jeunes qui ont dû traverser la Deuxième Guerre mondiale ?", dira sans doute un commentaire (ou dix…). Moi j’y pense, et vous ? Je pense à ma bonne-maman qui ne peut toujours pas voir ses arrière-petits-enfants, qui n’est toujours pas vaccinée, mais quand bien même elle le serait, ça ne changerait rien. Il n’y a pas d’exceptions à la bulle d’une personne, même lorsque l’une d’entre elles est vaccinée. La génération qui a vécu la Deuxième Guerre mondiale est enfermée chez elle, avec une visite unique. La génération qui a survécu n’a que les médias pour compagnie ces derniers temps, baignant dans un climat anxiogène et solitaire.

Étudiant égale citoyen

"Ils râlent toujours, les étudiants !" C’est sans doute vrai, bien qu’historiquement, les étudiants qui râlent ont pu faire bouger pas mal de choses. Plus encore, les études sont là, entre autres, pour nous ouvrir à d’autres opinions, et peut-être même oser remettre en question, parfois, de temps en temps, quelques décisions gouvernementales. Les étudiants sont des citoyens belges qui ont été affectés de bien des façons par le Covid. Les étudiants ont vu leur quotidien être bouleversé du tout au tout il y a de cela un an. Les étudiants doivent se contenter de vagues mails de leurs écoles, universités, leur souhaitant un "bon courage !"

Le courage ne suffit plus. La motivation a disparu. L’ambition quitte le navire, elle aussi, à voir les médias, les adultes, parler de "diplôme au rabais" sans arrêt. On se demande si, au fond, on mérite vraiment notre réussite et si notre échec n’est pas d’autant plus cuisant.

Le Comité de concertation a donné sa décision : la priorité, les primaires et les secondaires. Tant pis pour le supérieur. Je pense aux enfants, aux adolescents, aux futurs étudiants et je suis soulagée qu’ils puissent revoir l’intérieur d’une classe.

Après un an, cependant, j’ai du mal à croire que pas de nouvelles est réellement une bonne nouvelle.

>>> Intertitres, titre et chapô sont de la rédaction. Titre original : "Pas de nouvelles, bonnes nouvelles ?"