Opinions La presse bruissait ces jours derniers d’une information qui a suscité l’étonnement, pour ne pas dire l’indignation, de nombreux lecteurs, à commencer par les internautes du portail lalibre.be : la journaliste belge Pascale Bourgaux vient de décrocher un contrat avec la chaîne française TF1, suite au congé sans solde d’un an que lui a infligé son employeur, la RTBF, qui lui reproche de s’être rendue en Libye, à ses frais, pendant un précédent congé sans solde. "Elle part A SES FRAIS et on la suspend un an ?!," s’indigne un internaute sur lalibre.be. " La RTBF ne tolère que les serpillères humides à la de Brigode et al. et les voyages aux frais de la Princesse." Voilà la messe dite et la RTBF une nouvelle fois stigmatisée !

Pourtant, à y regarder de plus près, on comprend que l’affaire est complexe et que Pascale Bourgaux est non seulement un grand reporter dans le meilleur sens du terme, mais qu’elle est aussi dotée d’un merveilleux sens de la communication (deux qualités qui ne sont pas toujours conjuguées).

Car la journaliste, qui n’est pas free lance mais sous contrat de travail à la RTBF, avait sollicité de se rendre en Libye, ce qui lui avait été refusé. Qui dit contrat de travail dit lien de subordination : on ne peut pas vouloir les avantages du contrat de travail et se comporter en free lance jaloux de son indépendance : il faut respecter les règles de l’organisation au sein de laquelle on évolue. Pascale Bourgaux fit exactement le contraire, en prenant un congé sans solde prétendument pour achever un documentaire, avant de s’envoler aussi sec, et seule, pour Benghazi, alors sous les bombes des "colonnes infernales" (© BHL) de Kadhafi ! Elle dut compter, sur place, sur l’aide d’une équipe de France 2 (ne serait-ce que pour arriver jusqu’à Benghazi), se trouvant complètement démunie. De là, la journaliste décida de soumettre un papier au Soir qui, pas du tout au courant du conflit avec sa hiérarchie de la RTBF, le publia ; et quel papier ! Celui dans lequel Pascale Bourgaux révélait la présence, sur le théâtre des opérations, de douilles d’armes de la fabrique belge FN ! A la suite de quoi la rédaction du Soir fut informée de l’ire de la RTBF. Le Soir prit encore à Pascale Bourgaux un dernier papier, signé plus discrètement de ses initiales, avant de fermer le ban, et la journaliste de rentrer, à Bruxelles, affronter les directeurs de la RTBF.

On nous dira : tout cela ne change rien. Mettre à pied une journaliste pour avoir fait son travail n’a pas de sens. Sauf que la RTBF est juridiquement responsable de ce qui arrive à ses journalistes, et qu’il est donc légitime qu’elle se préoccupe, comme tout employeur normalement diligent, de leur prise de risque. L’image d’Epinal qu’offre Pascale Bourgaux, par presse interposée, d’une journaliste empêchée de travailler par une hiérarchie bornée n’est donc pas du tout conforme à la réalité. Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : chapeau bas devant cette jeune femme qui choisit de passer ses congés à Bengazhi, Libye ! En dépit de ses problèmes de respect de la hiérarchie, Pascale Bourgaux est une journaliste qui fait honneur à la presse belge.