Une opinion de Bernard Keppenne, chief economist CBC Banque.

Le troupeau planétaire devrait évoluer de 4 à 5,8 milliards de têtes d’ici 2050.

Entre la question du respect du bien-être animal et celle d’une production intensive qui lentement mais sûrement abîme notre planète, consommer de la viande est de plus en plus décrié dans nos régions. Se pose alors une autre question plus fondamentale. Celle d’un équilibre difficile à trouver et de nouvelles tendances à dessiner. Car croire que demain l’homme pourra se passer de viande est totalement illusoire, ici comme ailleurs. Et surtout ailleurs, tant la consommation de viande augmente de manière vertigineuse sur les continents asiatique et africain.

Perspectives qui donnent le tournis

Il faut tout d’abord constater que si dans les pays riches la consommation de viande a baissé en dix ans (de 12 %), elle croît en moyenne dans le monde de quasi 2 % par an. En effet, dans les pays en développement où le niveau de vie s’accroît, la consommation de viande augmente.

Selon les projections de la FAO, si les tendances actuelles se prolongent, le troupeau planétaire des ruminants devrait passer de 4 à 5,8 milliards de têtes d’ici à 2050. En Chine, en cinquante ans, la portion moyenne de viande est passée de 4 kg par personne et par an à 62 kg. Les Chinois consomment la moitié du porc produit dans le monde.

Et cette tendance ne concerne pas que la Chine, car selon les projections, en 2050, l’Afrique comptera 2 milliards d’êtres humains, ce qui implique que le nombre de poulets devrait atteindre le chiffre de 7 milliards au même moment.

Des substituts qui ont la cote

La deuxième grande tendance que l’on voit poindre est le développement de la production de substituts à la viande dans les pays industrialisés, et ce mouvement vient même de groupes qui jusqu’à présent ne produisaient que des produits transformés à base de viande.

C’est ainsi le cas de Tyson Foods, un géant mondial de la viande, qui abat chaque année 2 milliards de poulets, produit 20 % du bœuf, du porc et du poulet consommés aux États-Unis, soit pour le premier semestre 20 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Or, l’entreprise a décidé de se lancer dans la fabrication de nuggets et autres saucisses végétales, pour ne pas se laisser distancer par de nouveaux acteurs sur le terrain qui ne sont pas du tout issus de la filière de la viande.

Il faut dire que la concurrence est rude avec des acteurs comme Beyond Meat, qui s’est lancé dans la production de burgers à base de protéines de pois, de fèves et de jus de betterave. Cette société a vu son cours de bourse progresser de 148 % en un an alors même qu’elle affiche une perte de 30 millions de dollars.

Une question d’équilibre

Pour répondre aux préoccupations environnementales et à la nécessité du bien-être animal, de nouvelles filières qui privilégient le bio et le circuit court se développent chez nous.

Car, même si la consommation de viande diminue chez nous et qu’elle se heurte parfois à de virulentes réactions, les cheptels permettent aussi d’entretenir les pâturages et de modeler les paysages, tout en consommant les déchets des récoltes, les tourteaux de soja et les bottes de foin.

Il faut donc produire mieux dans nos régions et réduire ainsi notre empreinte carbone tout en privilégiant une alimentation plus saine et plus équilibrée. Pour nos éleveurs, c’est une autre forme de production qui va s’imposer dans les prochaines années, privilégiant le bio ou les races plus demandées par le consommateur.

Car penser que nous allons pouvoir nous passer de viande est illusoire.