Une opinion de Koen Van Bockstal, directeur général d'Unicef Belgique.

Six mille. Par jour. En plus. La pandémie de Covid-19 peut nous coûter très cher. Pas directement à cause du coronavirus, non. Tandis que le Covid-19 continue d’affaiblir les systèmes de santé, d'autres maladies évitables, gagnent à nouveau du terrain dans le monde entier.

1,2 million d’enfants peuvent décéder au cours des six prochains mois du fait d’un recul mondial de la couverture des services de santé vitaux tels que les services de planification familiale, les soins prénatals et postnatals, les vaccins et les soins préventifs. A titre de comparaison, 614 074 enfants de moins de 5 ans vivent aujourd'hui en Belgique. Donc, la moitié de ce nombre.

Le chiffre "habituel" de 2,5 millions d'enfants de moins de 5 ans qui meurent tous les six mois est déjà criant. Presque 50% de plus ? De causes évitables ? C'est inacceptable pour l'Unicef. Mais si les enfants sont en danger, les mères le sont aussi. Au cours de la même période, 56 700 décès maternels pourraient également subvenir.

D’où proviennent ces chiffres?

Ces données s’appuient sur une analyse réalisée par des chercheurs de la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health. Leur étude scientifique a été menée dans 118 pays (sur 195) et a été publiée dans la revue The Lancet le 12 mai 2020. Leur analyse se fonde sur trois scénarios concernant les décès d'enfants et de mères du fait d’une réduction des services de santé vitaux pendant la crise du Covid-19.

Dans le pire des scénarios - mais qui n’est pas impensable -, la couverture des services de santé essentiels diminuerait d'environ 45% sur 6 mois. Les chiffres fournis ci-dessus par les chercheurs sont alarmants. Mais nous pouvons éviter une catastrophe si nous offrons une contre-réaction ensemble.

Pourquoi tant d'enfants et de mères sont-ils à risque ?

Plusieurs facteurs y contribuent. Les perturbations dans les chaînes d'approvisionnement médical ou la disponibilité des ressources humaines et financières peuvent empêcher les interventions médicales. De plus, les populations qui ont peur de l’infection peuvent moins recourir aux services de santé. L'accès limité aux hôpitaux, aux écoles, aux travailleurs sociaux, à l'eau et à l'assainissement constitue également une menace particulière pour les groupes les plus vulnérables. Et un manque de système de protection de l'enfance et de services sociaux plus larges est extrêmement préjudiciable pour les femmes et les enfants qui ont plus que jamais besoin de sécurité.

En outre, l'impact économique des mesures prises pour lutter contre la pandémie et la réaction en chaîne qui peut provoquer une récession mondiale sont menaçants : baisse des revenus, augmentation de la dette publique et privée, accès réduit aux biens et à la nourriture. Tout cela peut être plus désastreux pour les mères et les enfants que le Covid-19 lui-même. De plus, ces effets menacent d'annuler près d’une décennie de progrès.

Pouvons-nous faire quelque chose ?

Oui, mais seulement si nous travaillons ensemble en tant que communauté mondiale. Pour l'Unicef, il y a six domaines d'action prioritaires dans lesquels il faut investir.

1) Nous devons protéger la santé des enfants et leur fournir une bonne alimentation. Les fournitures et les équipements de protection doivent parvenir aux professionnels de santé et aux communautés touchées. Les services de santé vitaux pour les mères, les nouveau-nés et les enfants, les vaccinations de routine et l'accès au traitement pour se protéger de maladies évitables doivent rester accessibles.

2) Nous devons de toute urgence donner la priorité aux services d’approvisionnement en eau, d’assainissement et d’hygiène. Les partenariats public-privé, l'innovation locale et les partenariats mondiaux peuvent y contribuer.

3) Il faut permettre aux enfants de poursuivre leur apprentissage et de rester connectés. Les gouvernements peuvent utiliser tout le soutien possible pour fournir des solutions technologiques. L'UNICEF y travaillait déjà avant la crise, mais maintenant que les enfants du monde entier sont isolés, c'est d'autant plus important.

4) Nous devons reconnaître les parents et les familles comme des travailleurs de première ligne essentiels. Soutenez-les par des mesures de protection sociale, telles que le transfert en espèces ou les aides alimentaires. Cibler les réponses fiscales pour protéger les femmes et les enfants. Plus que jamais, tout le monde a besoin d'avoir accès à des congés familiaux payés, à des congés de maladie payés et à des solutions de garde pour les enfants.

5) Il faut renforcer les services (aussi en ligne) pour protéger les enfants et les femmes de la violence, de l’exploitation et de la maltraitance. La crise actuelle rend les femmes et les enfants encore plus vulnérables à la violence, selon une étude d'ONU Femmes.

6) Enfin, nous ne devons pas oublier les enfants réfugiés et migrants ou ceux affectés par les conflits. Une réponse au Covid-19 efficace est une réponse qui inclut tous les enfants, quel que soit leur pays ou leur statut.

Ensemble vers une nouvelle normalité

Une réflexion à long terme peut nous aider à prévenir de nouvelles pertes de vies humaines dues au Covid-19 et à atténuer les effets de la récession mondiale. Celle-ci contribuera également à nous faire progresser vers un avenir plus sain, équitable, résilient et durable, comme le prévoient les objectifs de développement durable adoptés par les Nations Unies.

Cet avenir ne viendra pas automatiquement. Nous devons prendre en compte les résultats des analyses telles que celle de Timothy Roberton et ses collègues, et réaliser que tous les effets de la pandémie sur la santé et le bien-être des enfants vont bien au-delà de la maladie immédiate. Ces effets menacent le progrès mondial dans un certain nombre de domaines, ainsi que la vie et les droits de toute une génération d'enfants.

Ensemble, nous pouvons tirer des leçons de ces données. Ensemble, nous pouvons investir dans des solutions d'avenir et promouvoir une reprise durable qui bénéficiera aux enfants et aux communautés dans les prochaines décennies. Ensemble, pour chaque enfant. Les abandonner n'est pas une option.