Ce mardi, La Libre publiait le témoignage d'Éléonore(1), victime de harcèlement et notamment à l'école. Alors que l'on vient d'apprendre le suicide d'une jeune française âgée de onze ans suite à du harcèlement scolaire, l'auteure a souhaité réagir. Voici sa réaction.


Petite Evaëlle, que mon cœur saigne en entendant ton histoire. Combien d’enfants comme toi n’ont-ils pas quitté ce monde bien trop tôt ? Combien d’enfants comme toi n’ont-ils pas vu d’autre issue que la mort ? Alors que, la plupart du temps, ces enfants sont comme les nôtres, brûlant d’amour pour leur famille et leurs amis, et habités d’une joie de vivre communicative. Et pourtant... Comment cette joie de vivre a-t-elle pu laisser place à un tel désespoir ? Quels démons sont venus les hanter pour en arriver à ces drames ? Quelle impuissance a été instillée en eux ? 

Petite Evaëlle, tu es partie bien trop tôt. Tu n’as pas eu le temps de connaître les joies des premiers amours, les fêtes jusqu’au bout de la nuit, les sorties entre copains et copines. On ne t’en n’a pas donné le droit. Lâchement,on t’a enlevé tout cela. Certains chercheront les causes les plus simples à trouver, la famille, l’entourage proche, voire même, toi-même. Quelle révolte cela doit être pour tes parents d’entendre ces jugements ! Quelle peine cela doit-il leur faire. Toutes les petites Evaëlles ont leur histoire, leurs points communs et leurs différences.Toutes n’ont pas eu le courage de parler et, parfois, même quand elles ont parlé, il était déjà trop tard. 

Remettre la société en question

Quand remettrons-nous donc notre société en question ? Quand notre système éducatif réalisera t’il qu’il n’est pas seulement un système, mais une entité bien vivante, et qui façonne les adultes de demain ? En tant que parents, il est facile de s’indigner devant de tels drames. Mais qu’en disons-nous, et que disons-nous à nos enfants ? Les interroge-t-on assez sur leurs compagnons de classe, sur l’ambiance dans la cour de récréation, sur les relations qu’ils nouent entre eux ? 

De plus en plus, on essaye de nous donner les clés pour repérer les victimes de harcèlement, mais nous donne-t-on celles pour établir un dialogue constructif avec de potentiels harceleurs ? Ceux-là même qui ont sans doute aussi besoin d’attention, avant de poser des gestes dont ils ne mesurent pas l’incidence. Parents, sommes-nous assez attentifs à ce que font nos enfants s sur les réseaux sociaux ? Quel exemple leur donnons-nous ? Ne serait-il pas temps de réapprendre à nouer de véritables liens ?

Petite Evaëlle, j’aimerais tant pour toi et pour tous les autres enfants que tout ceci soit vrai. J’aimerais tant que la différence ne soit plus perçue comme une barrière. Au delà de toutes les formes de racisme, quand apprendrons-nous à nos enfants que la valeur d’une personne ne se mesure pas à la taille de sa maison, ne se limite pas à la marque de ses vêtements, ne se réduit pas à ses goûts ? Quand apprenons-nous à nos enfants à dépasser les premières appréhensions que l’on peut tous ressentir face à quelqu’un de “différent” ? Et le système scolaire dans tout cela, où est-il ? Parents, ne déléguons-nous pas là responsabilité de ce que nous pouvons considérer comme des “querelles d’enfants” aux professeurs ? Professeurs, ne devrions-nous pas être plus attentifs ? Que pouvons-nous faire ?

Petite Evaëlle, tu avais tant de choses à dire. Il y a tant de choses à faire. Papa, Maman, aidez-nous ! Donnez-nous l’exemple, apprenez-nous à accueillir tous les nouveaux visages que nous serons amenés à rencontrer à la rentrée. Imaginez que nous soyons Evaëlle, que diriez-vous à tous nos camarades ? Que voudriez-vous mettre en place ? Associations de parents, professeurs, étudiants, tant d’opportunités vous sont données d’agir... Il n’est jamais trop tard."

(1) Prénom d'emprunt

Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.