Le report de la facturation du tarif prosumer, décidé par le gouvernement wallon contre l’avis de la CWaPE (Commission wallonne pour l’énergie), a pris fin le 30 avril dernier.

Au vu du refus de la CWaPe, seule habilitée à pouvoir supprimer le tarif prosumer, et sous la pression du MR, le Gouvernement wallon s’était néanmoins accordé, début mai, sur des mesures compensatoires correspondant à une enveloppe de 200 millions € :

  • L’octroi de primes aux prosumers qui investiraient dans des équipements de domotique favorisant l’autoconsommation ;

  • l’installation d’un compteur bi-directionnel subventionné par le gouvernement ;

  • une compensation financière octroyée aux propriétaires de panneaux photovoltaïques suite à l’entrée en vigueur du tarif prosumer ;

Le gel du tarif prosumer jusqu’au 30 avril, environ 20 millions €, était inclus dans cette enveloppe.

En contrepartie de ces mesures demandées par les libéraux, 400 millions devaient être dégagés : 200 pour la politique de relance voulue par le PS et 200 pour Ecolo.

Au moment, de rédiger l’accord, les partenaires du Gouvernement se sont rendus compte qu’ils avaient "oublié" de prendre en compte la TVA de 21% sur les tarifs de distribution, ce qui gonfle l’enveloppe à 242 millions d’Euros.

Un nouvel accord a donc été négocié et vient d’être présenté par le ministre wallon de l’Energie, Philippe Henry. Cet accord prévoit, pour 2020 et 2021, un soutien pour l’électricité non autoconsommée par les prosumers, qui couvrira 100% de leur redevance. Pour 2022 et 2023, ce soutien sera réduit à 54,27% afin de favoriser l’autoconsommation et, au-delà de 2023, une nouvelle période tarifaire démarrera et plus aucun soutien ne sera proposé.

Par ailleurs, les prosumers pourront installer gratuitement, à partir de 2020, un compteur bidirectionnel, dont le prix s’élève normalement à 181,5 Euros.

Enfin, le gouvernement finalisera un système de primes pour des équipements de domotique qui bénéficiera à l’ensemble des consommateurs wallons, ce qui correspond à une enveloppe d’environ 20 millions également comprise dans les 242 millions. Par ailleurs, 42 millions seront également dégagés pour les politiques du PS et d’Ecolo afin de maintenir l’équilibre négocié, soit 84 millions € supplémentaires.

Le coût des mesures en faveur des prosumers ne sera pas financé par la facture d’électricité, c’est-à-dire qu’il ne sera pas à charge de l’ensemble des consommateurs (ménages et entreprises) qui n’ont pas de panneaux mais par le budget régional qui compensera directement le manque à gagner aux gestionnaires de réseau de distribution.

Arrêtons les annonces politico-politiciennes

L’argument présenté par le ministre Henry visant à donner aux prosumers le temps de s’adapter est pour le moins surprenant sachant que, même en intégrant le tarif prosumer, une installation de panneaux photovoltaïques est rentabilisée en 8 ans (au lieu de 5 ans en l’absence de tarif prosumer).

Il est inacceptable que 242 millions € plombent encore davantage le budget régional pour financer des mesures inutiles et socialement régressives au profit de 165.000 prosumers. Le tout dans un contexte de crise liée au Covid-19 et à son impact sur les finances publiques.

Les 242 millions seront-ils suffisants ? Nul ne le sait car il est difficile de prévoir l’utilisation qui sera faite du réseau par les prosumers, celle-ci dépendant de leur autoconsommation et de leur production, deux données aléatoires (ensoleillement…). Sans compter le fait que de nouveaux ménages vont s’équiper.

La plupart des citoyennes et citoyens n’ont pas les moyens d’investir dans des panneaux photovoltaïques ou de s’équiper en domotique. En matière de transition énergétique, l’amélioration de l’efficacité énergétique du parc de logement devrait rester la priorité, tant sur le plan social qu’environnemental.

Cette mesure est pour le moins scandaleuse quand on sait que, le 30 juin dernier, des milliers de ménages utilisateurs de compteurs à budget ont été privés d’électricité en raison de la gestion du système pendant la crise sanitaire. Rappelons que les compteurs à budget permettent avant tout aux fournisseurs de s’assurer du paiement de leurs factures et coûtent 40 millions € par an à la collectivité.

Pour le moment, aucune information claire ne circule sur l’utilisation des autres 484 millions d’euros négociés au bénéfice des cabinets PS et Ecolo mais le gouvernement risque de faire des économies au niveau de l’octroi de subventions au monde associatif et à des organismes qui ont prouvé leur utilité et leur efficacité dans le domaine d’accès durable à l’énergie.

Ces annonces politico-politiciennes qui consistent à se "partager" des budgets au nom d’équilibres à trouver doivent être dénoncées et condamnées. Le monde a changé mais apparemment pas celles et ceux qui nous dirigent…