Les soldes, la mode, le pouvoir d’achat et le climat … un cocktail étonnant ! Une opinion de Paul Yves Poumay, économiste. 


Ces concepts que sont les soldes ou ceux de la mode, alliés à une surproduction tout aussi désastreuse que consciente, en instaurant des périodes pour liquider des stocks créés pour être invendus tout en générant l’illusion d’un bonheur matériel … traduit par une augmentation des achats et des possessions … afin d’alimenter la nécessaire croissance imposée par la survie de l’équation du modèle économique actuel, sont-ils toujours pertinents dans un monde qui manifeste pour le climat ?

Cette idée de vente avec rabais aurait été créée fin du XIXème siècle dans un grand magasin dont les rayons étaient relativement vides après les fêtes de fin d'année ; le magasin eut alors l'idée de remplir ses rayons en soldant ses stocks de linge blanc.

La conception d’un déstockage, improvisé il y a environ 150 ans reste d’actualité mais les principes qui le gouverne sont radicalement différents. Aujourd’hui, la surproduction est devenue consciente.

Si, selon la plateforme Yocty, on estime à 80 milliards le nombre de vêtements fabriqués dans le monde par année, il s’agit d’un réel désastre écologique qui entraîne des pollutions multiples.

La "fast fashion" avec son florilège de soldes a changé notre rapport aux vêtements. De l’utilité de se vêtir nous sommes passés au besoin de renouveler notre garde de robe de façon compulsive et à vil prix … avec pour conséquence une destruction violente des ressources naturelles de notre planète.

Sait-on que plus de 60% du coton mondial proviendrait de cultures d’OGM qui elles-mêmes utiliseraient environ 25% des insecticides mondiaux ; que pour produire un tee-shirt il faudrait +/- 2500 litres d’eau ou +/- 8000 litres pour un jeans… ?

Le transport dans l’industrie textile représenterait entre 3 et 10% des émissions totales de CO2 au monde.

Quand notre jeunesse manifeste pour le climat, prend-t-elle conscience que son futur, pour lequel il est temps d’agir, pourrait devenir très différent, voir beaucoup moins "confortable" pour certains, que le monde actuel du "fast-easy-penny" (vite, facile et pas cher) ?

Le temps est venu de revoir notre rapport à l’acquisition et à la possession. Acheter moins et mieux deviennent aujourd’hui des véritables actes de résistance.

Dans sa globalité, la société fonctionne avec des phases d’achats, parfois euphoriques, basés sur des prix bas qui mènent à une surconsommation et un gaspillage de tous les produits en appauvrissant inéluctablement le stock de matières disponibles.

Toutes les chaînes consuméristes doivent être revues. Choisir des objets en matières recyclées et biologiques respectant mieux l’environnement devraient être privilégiés dans une société éprouvant les pires difficultés à traiter tous ses déchets.

Réparer, vendre, donner ou échanger nos objets plutôt que de les jeter ; acheter des produits fabriqués proche de son lieu de vie, … sont autant de gestes indispensables pour préserver nos ressources.

Les rassemblements des gilets jaunes ou la manifestation nationale des travailleurs prévue ce mercredi 13 février en Belgique traduisent l’incapacité des politiques à solutionner le concept de "bien-être citoyen".

Vouloir augmenter le pouvoir d’achat avant de se préoccuper du bien-être du citoyen révèle un manque flagrant d’idéologie politique. Les solutions à la transition ne se résument pas à des slogans simplistes.

Manifester pour le pouvoir d’achat ou marcher pour le climat en espérant que les politiques résolvent les problèmes qu’ils ont créés en complicité avec une finance toute puissante relève d’un voeu pieux.

Il faut agir et changer de paradigme, inventer de nouveaux modes de fabrications et de consommations, se faire représenter par des "justes", des hommes et des femmes d’Etat avec des projets visionnaires, échelonnés sur plusieurs générations plutôt qu’uniquement par des politiciens soumis au rythme des échéances électorales.

Notre société, en quête de sens, semble privée de ses libertés par un modèle politico-économique, en fin de cycle mais au paroxysme de sa sournoiserie.

Je pense donc tu suis. (Pierre Desproges).