Une opinion de Quentin Richard, étudiant.

Jamais je n'aurais cru écrire cela en juin. Fatigué par trois mois de cours à distance et d'examens passés depuis la maison (et peut-être aussi par la perpétuelle présence dans les parages de ma petite sœur), je n'espérais qu'une chose pour le mois de septembre 2020: le retour des cours en présentiel. Eh bien, quatre petites semaines après la rentrée, me voilà forcé de faire marche arrière et de constater que je me suis royalement trompé. À ma décharge, la situation sanitaire en juin n'était pas ce qu'elle est aujourd'hui, et je pensais (naïvement) que le pire de l'épidémie était derrière nous. Si l'état actuel des choses n'est pas (encore) comparable avec ce que nous avons connu en mars, nous nous en rapprochons de plus en plus.

D'aucuns argueront que le gouvernement a sorti l'artillerie lourde avec les mesures qu'il a imposées mardi. Personnellement, j'ai uniquement l'impression qu'il a remplacé par une louche la petite cuillère qu'il utilisait pour remplir son tonneau des Danaïdes. Car les dispositions contre le coronavirus ne pourront s'avérer efficaces qu'à la condition qu'elles soient respectées. Or, les réactions recueillies mardi soir sur les réseaux sociaux laissaient clairement présager des intentions des internautes à l'égard de ces mesures : en faire fi, superbement. Et qui sera là pour contrôler le respect effectif des bulles de quatre ? Prétendre que la police parviendra à faire appliquer ces mesures équivaut pour moi à prétendre qu'installer des douaniers aux frontières de la France permettra d'arrêter les terroristes (idée qu'avait proposée Marine Le Pen lors de la présidentielle de 2017 ; on comprend mieux pourquoi Emmanuel Macron a été élu).

Ce système ne ferait que des gagnants

Face à la propagation de la maladie, je suis très surpris de constater que les cours de l'enseignement supérieur aient été maintenus en présentiel. Les campus universitaires sont devenus de véritables foyers de l'épidémie. Je ne comprends pas pourquoi aucune solution alternative n'est proposée aux étudiants désireux de rester chez eux. Entendons-nous, je ne réclame pas une fermeture totale des universités, inaudible pour les plus précarisés des étudiants. Mais je plaide ici pour un système hybride, où les cours qui auraient lieu en auditoire seraient en même temps diffusés en ligne. Ce système ne ferait que des gagnants. D'une part, les étudiants anxieux à l'égard du virus pourraient désormais suivre les cours de chez eux. D'autre part, cela réduira la présence dans les auditoires, et donc les risques, pour les étudiants n'ayant pas les moyens techniques / l'envie de suivre les cours à distance. Cela permettra aussi aux étudiants en quarantaine de ne pas avoir de travail à rattraper. Cela évitera encore un afflux inutile de voyageurs dans des transports en communs dépassés par la situation (certaines sociétés, essentiellement ferroviaires, étant déjà débordées en l'absence de pandémie). Enfin, cela évitera à certains de devoir vivre en kot avec des colocataires parfois irrespectueux (je ne parle pas des miens, j'ai la chance d'être bien tombé).

Peu d'investissements sont nécessaires pour mettre en place ce système hybride. Il s'agit simplement de filmer et diffuser le cours donné en présentiel. Cela implique bien sûr que les professeurs y mettent du leur et s'adaptent aux quelques exigences de la technologie. Je ne doute pas que la plupart d'entre eux feront les efforts nécessaires pour mettre en œuvre ce processus. De plus en plus de cours fonctionnent déjà sur ce modèle à l'heure actuelle et, même si tout n'est pas toujours parfait, les problèmes restent fort marginaux.

Une mesure qui laissera chacun libre de ses choix

Évidemment, tous les cours ne sont pas faits pour être donnés à distance. Pensons, entre autres, aux expériences chimiques, aux dissections, ou aux cours de langue. Mais si nous devons avoir recours à un nouveau confinement total, ces activités ne pourront pas davantage avoir lieu.

Le système hybride que je propose ici ne résoudra pas la crise du coronavirus. Il ne ralentira sans doute même pas la prolifération des nouveaux cas. Mais c'est une mesure qui laissera chacun libre de ses choix, qui ne pénalisera ni les étudiants préférant le présentiel, ni les étudiants craintifs à l'idée de se jeter dans les nids à Covid-19 que sont Louvain-la-Neuve ou les autres campus belges. Pour reprendre un terme employé à tort et à travers sur les réseaux sociaux, c'est une mesure qui n'est pas "liberticide". Contrairement au Covid-19 qui, lui, peut vous prendre votre liberté pour de bon.

Titre de la rédaction. Titre original : "Plaidoyer pour un système de cours entièrement hybride dans l'enseignement supérieur".