Une chronique de Jan De Troyer.

La ville, dirigée par le SP.A, a annoncé que le référendum sur l’élargissement de la zone piétonnière n’aura pas lieu. Dépit.

En dépit de la forte contestation du plan de circulation qui a été mis en application début avril, la ville de Gand a annoncé que le référendum sur l’élargissement de la zone piétonnière, dorénavant étendue sur la plus grande partie du centre-ville, n’aura pas lieu. Une manifestation réunissant le premier mai plusieurs centaines de personnes a pourtant démontré qu’un nombre important d’habitants - dont une majorité de commerçants - ne se sent pas écoutés. Les opposants au nouveau plan de mobilité, réunis dans le comité "IntelliGent Mobiel", ont rassemblé plus de 30 000 signatures, exigeant, avec l’appui de la N-VA, un référendum sur l’élargissement de la zone interdite aux voitures. Les opposants étaient donc convaincus que le seuil des 25 812 signatures, nécessaires pour forcer une consultation populaire, était largement dépassé. Mais la ville de Gand a révoqué pour des raisons pas toujours très claires plus de 5 000 signatures, repoussant ainsi le résultat de l’action des contestataires juste en dessous du nombre requis pour imposer le référendum. Les commerçants et les restaurateurs du centre prétendent qu’ils ont constaté ces dernières semaines une forte baisse de leur chiffre d’affaires, dans certains cas de 50 pour cent. On comprend le désespoir du propriétaire d’un salon de repassage ou d’une blanchisserie qui doit convaincre ses clients de dorénavant parcourir à pied la ville en portant une douzaine de chemises à repasser ou 10 kg de linge tout en espérant qu’il ne pleuve pas.

La ville a créé autour du piétonnier 6 zones strictement cloisonnées, obligeant les véhicules qui voudraient passer d’une zone à l’autre de sortir de la ville pour retourner en direction du centre à la hauteur de la zone de destination. Cette conception a généré un mini-périphérique, un parcours circulaire emprunté par les voitures qui se déplacent autour de la zone piétonne, provoquant ainsi des embouteillages. On peut se demander si la qualité de l’air sera vraiment améliorée dans un centre-ville encerclé par un ring constamment surchargé de véhicules. Le système des zones cloisonnées pourrait bien aussi accroître les distances parcourues par les voitures qui se déplacent d’un point à l’autre de la ville. Les sceptiques font remarquer que l’impact de quelques milliers de voitures est ridicule si nous continuons à remplir les milliers d’avions qui déversent constamment des tonnes de dioxyde de carbone sur notre planète. Encore moins facile à convaincre sera le citadin qui a regardé ce documentaire expliquant que l’humanité a connu d’innombrables périodes de réchauffement climatique, longtemps avant l’invention du moteur à injection. Selon les édiles gantois, les transports en commun devraient adoucir la perte de mobilité en voiture des habitants. Ils oublient le sentiment de nombreux citoyens, des femmes avant tout, qui ne se sentent pas toujours en sécurité dans un bus ou un tram : récemment, un conducteur s’est fait tabasser au volant. Ces éventuelles objections, justifiées ou non, suggèrent qu’un référendum n’est probablement pas une si mauvaise idée pour renforcer la base démocratique à la politique menée en matière de mobilité. Paradoxalement, dans une ville dirigée par la droite comme Anvers, la contestation du projet Oosterweel a été prise au sérieux. Après le référendum, certaines solutions alternatives des opposants ont été retenues et feront partie du projet final. A Gand, une majorité progressiste a manœuvré pour mettre hors jeu la contestation. On impose un plan qui affectera la vie de tout un chacun. A l’ère du populisme montant, cela n’est pas très malin. Le SP.A pourrait payer cher cette arrogance aux élections communales de 2018 avec la perte d’un de ses derniers bastions urbains.