Une opinion signée par plus de 300 acteurs du monde de l'enseignement. Retrouvez l'ensemble des signataires au bas de l'article.

Chanceux est l’étudiant belge qui a encore une heure de présentiel une fois tous les quinze jours. Le reste du temps, les journées se suivent et se ressemblent : vissés sur leur chaise ou enfouis dans leur lit de 8h à 18h, les étudiants suivent, attentivement ou pas, des contenus qui s’enchaînent de manière ininterrompue. Malgré les questions "Comment allez-vous ?", "Vous tenez le coup ?" qui sont lancées à l’aveugle, les micros et les caméras restent le plus souvent coupés. Le sentiment de solitude est abyssal, des deux côtés de l’écran…

On l’a écrit et répété : l’enseignement à distance n’est qu’un palliatif en temps de crise mais n’est absolument pas une solution sur le long terme. Quand le "distanciel" est total comme dans l’enseignement supérieur, les effets en sont particulièrement néfastes : amenuisement des contacts sociaux, confusion entre espaces de travail et de vie, isolement des étudiants face à l’inflation de leurs tâches, fort taux de décrochage, raréfaction des échanges entre enseignants, chercheurs et étudiants, qui sont pourtant l’ADN de l’enseignement supérieur...Toutes ces situations sont régulièrement dénoncées. Elles créent, de toute évidence, un profond et croissant malaise chez les élèves et étudiants. Elles creusent dangereusement les inégalités, elles marginalisent et fragilisent des jeunes en pleine construction sociale, psychologique, intellectuelle.

Quand le "distanciel" est partiel comme dans les écoles secondaires, il donne l’illusion que cette moitié de temps passé à l’école suffit à entretenir la motivation des élèves, à structurer leurs apprentissages, à leur donner le goût d’apprendre. La priorité donnée aux activités certificatives dans les murs de l’école donne la malheureuse impression que les contrôles résument le secteur de l’enseignement.

On ne peut remplacer les interactions sociales

Non, l’enseignement à distance n’est pas tenable sur le long terme ! Aujourd’hui, on peut le clamer haut et fort puisqu’on l’expérimente au jour le jour. Alors certes, il est possible d’innover en postant des vidéos, en organisant des débats et des sondages à distance. Mais ce ne sont là que des artifices et des moyens auxiliaires qui ne peuvent remplacer les interactions sociales de mise quand on vit ensemble. Quand un prof peut capter un regard incrédule, perdu ou goguenard… C’est cela, le métier que nous avons choisi de faire ! C’est dans la vraie vie que les relations pédagogiques, essentielles à l’apprentissage, peuvent se nouer ! En fait, c’est un comble : ce sont les professeurs les plus motivés qui ont à cœur de maintenir le contact avec leurs élèves ou étudiants qui servent involontairement l’illusion selon laquelle un enseignement à distance serait satisfaisant.

À ceux qui disent que les étudiants ont constitué un milieu à risque dans la propagation du Covid, nous répondons qu’en tout cas, les sanctionner par la privation d’un enseignement digne de ce nom pendant de longs mois nous semble à tout le moins disproportionné et injuste. Dans la gestion de cette situation sanitaire, nous sommes manifestement en train de sacrifier la jeune génération que par ailleurs on n'hésite pas à accuser de tous les maux.

Le présentiel est essentiel

Loin de nous l’idée de contester les mesures sanitaires et les efforts qui s’imposent légitimement aujourd’hui à tous les métiers ou de vouloir exercer une pression purement corporatiste. Cependant, nous estimons qu’il est crucial de définir le présentiel comme condition d’existence d’un enseignement secondaire et supérieur et d’une recherche universitaire de qualité. Communiquer en ce sens, en donnant autant que possible des perspectives à moyen et long termes, serait déjà en soi une lueur d’espoir pour les enseignants mais surtout pour les étudiants qui entrent aujourd’hui en blocus. Il y va du moral, de la santé mentale et de l’avenir de ces jeunes. Cela ne peut être considéré comme du non-essentiel.

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