Un stage en entreprise est l’occasion de se rendre compte si le métier futur envisagé correspond bien à ce que l’élève imagine. Et que la réponse soit oui ou non, dans les deux cas, c’est positif. Une opinion de Paul Bienbon, chroniqueur.


Il y a des problèmes de l’école éternels et sans solution. Exemple : comment garder les toilettes des élèves propres ? Suffirait-il d’une madame ou un monsieur pipi payé à l’heure par des titres-services offerts par des entreprises sponsors ? Ou alors, comment lutter contre les retards innombrables des élèves ? Tous les systèmes de punition ont échoué. Faudrait-il en faire une compétence à réussir pour recevoir son diplôme ? Ou, encore, comment éviter que des élèves bavardent sans cesse ? Ou brossent ? Car aujourd’hui ils ont "droit" à vingt demi-jours par an ! Comment éviter qu’ils trichent ? Le zéro n’est même plus dissuasif. Ou fument ? Ou boivent ? Autre problème éternel : Comment, à 18 ans, choisir sa formation ultérieure, son métier futur, son projet de vie ?

Les visites sur site à l’Unif ou en Haute-Ecole laissent sur leur faim. Il n’en reste que le rêve d’une vie de liberté. Les salons, c’est encore pire. Les tests psycho-machins, bof, sauf dans certains cas. Mais alors quoi ? Jadis, je conseillais à mes élèves d’interroger leurs oncles et tantes, les cousins et amis, les voisins sur le métier qu’ils exercent et quelle formation ils avaient faite pour arriver à ce métier. Aide-soignante, steward de rue, gestionnaire sinistres en assurance, conseiller en placement, psy, employé aux achats d’une commune, infographiste, agent immobilier, technico-commercial, responsable au service des pensions, attaché parlementaire, secrétaire communal, contact clientèle d’une petite boîte, informaticien-magasinier, créateur de sites Web ou d’applis, mécanicien-dentiste, puériculteur, plafonneur, électricien, chauffagiste, menuisier, employé à l’état civil, juriste dans une mutuelle, greffier au tribunal d’application des peines, technicien après vente, glacier, boucher ou boulanger, pizzaïolo, aide à la clientèle dans un showroom d’installation sanitaire, trader, laborantin, publiciste, importateur de matériaux, transporteur, société de location, restaurateur, podologue, généticien, policier scientifique, pompier, enseignant. Et on découvre parfois qu’il faut avoir fait cinq ans d’études pour obtenir et faire un job simple parce que les autres n’ont parfois simplement pas l’orthographe suffisante ! Et qu’il faut connaître les langues. Et être courageux. Et soigneux.

Dans notre école, nous avons un projet pilote. Outre une retraite de trois jours en 5e intitulée "Projet de vie", nous avons organisé un stage obligatoire en entreprise d’une semaine en 6e aussi bien dans le général que dans le technique. Suivi d’une présentation par chaque élève devant vingt personnes d’un power point en trois langues sur ce que l’expérience en entreprise lui a appris.

Chaque élève choisit un enseignant maître de stage qui l’accompagne dans ses démarches et lui rend visite en entreprise. L’occasion de se rendre compte si le métier futur envisagé correspond bien à ce que l’élève imagine. Et que la réponse soit oui ou non, dans les deux cas, c’est positif.

Nous, les enseignants, sommes surpris de la bonne volonté avec laquelle nos jeunes sont accueillis dans les entreprises, et cotés largement même lorsqu’ils ne savent encore rien faire. Mais ils apprennent quand même des comportements comme arriver à temps, comment se tenir, comment s’habiller, couper son GSM, etc. Seul bémol, il y a encore toujours trop de stages auprès d’un médecin, d’un avocat, ou auprès d’une entreprise où travaille un proche. Mais nos jeunes reviennent enchantés de l’expérience, et le travail de présentation orale est un exercice pluridisciplinaire très pédagogique. Une expérience à partager donc largement.

Je me demande si la solution pour revaloriser le technique et le professionnel (l’intelligence de la main) ne passerait pas par la création à l’Unif d’un master en cinq ans intitulé "Travaux du bâtiment" avec tout un choix d’options et beaucoup de stages pratiques, master que l’on pourrait commencer à 16 ans si l’on a obtenu 70 % aux tests de 4e secondaire.