Une opinion de Corentin de Salle et David Clarinval, respectivement directeur du Centre Jean Gol et député fédéral MR (1).


Plus une société se développe économiquement, plus elle est à même de lutter efficacement contre la pollution grâce à ses connaissances scientifiques, ses instruments technologiques et ses moyens financiers. Une autre écologie est possible.


Le modèle écologique dominant - l’écologisme - est celui défendu par Ecolo et une vaste galaxie d’ONG, d’associations et de lobbys tels qu’Inter-Environnement-Wallonie, Greenpeace, WWF, etc. Se présentant comme politiquement neutres, ces associations défendent en réalité des positions clairement hostiles à l’économie de marché, à la voiture, à la société de consommation, à la publicité et, plus généralement au mode de vie de la classe moyenne. On connaît la sempiternelle litanie : il faut "changer" nos comportements, nos habitudes, nos mentalités, etc.

Foncièrement antilibéral, ce courant est d’abord paternaliste : il dit aux gens comment se déplacer, comment consommer, quoi acheter, où acheter, quoi manger, comment se chauffer, quel logement habiter, quelles vacances choisir, etc. Il est ensuite moralisateur et auto-flagellateur : à l’en croire, notre mode de vie serait destructeur. Par ailleurs, c’est un discours anxiogène : il cultive et alimente la peur. Il existe évidemment des raisons de se préoccuper du futur mais ce modèle noircit systématiquement le tableau. Enfin, c’est un courant dirigiste qui, invoquant le péril et l’urgence, préconise des mesures radicales qui, cumulées, mènent à une ruineuse planification économique et au sacrifice de nos libertés.

Heureusement, une autre écologie est possible : l’écologie bleue. Au MR, depuis bien longtemps, nous agissons politiquement de manière déterminée - l’adoption du Pacte Energétique et du Plan National Energie Climat en témoignent - pour relever les grands défis environnementaux. Sur ce dossier, nous n’avons de leçons à recevoir de personne : nous doublons les capacités éoliennes en mer pour atteindre 4GW d’ici à 2030. Nous augmentons les capacités renouvelables (aux niveaux résidentiel et industriel) tout en diminuant le soutien à mesure qu’elles deviennent rentables. Nous avons adopté les compteurs intelligents. Nous avons adopté une loi renforçant la flexibilité du réseau. Nous avons entamé la smartisation du réseau et établi une base légale pour les micro-réseaux. Nous épongeons les dégâts du fiasco photovoltaïque d’Ecolo par un mécanisme de titrisation des certificats verts. Et, en bons gestionnaires, nous avons mis en place les outils pour financer ces politiques ambitieuses : un Fonds de transition (200 millions €), le déblocage d’un milliard pour le RER, le mécanisme des Green Bonds (3 à 5 milliards €) pour soutenir des projets verts, le Pacte National d’Investissements de 150 milliards € dont 120 consacrés à la transition énergétique, la transition numérique et la mobilité, etc.

Le mythe de l’harmonie

Qu’est-ce qui différencie radicalement l’écologie bleue du modèle écologique dominant ? Le modèle dominant considère que l’économie de marché est à la source des problèmes environnementaux. L’écologie bleue estime, au contraire, que l’économie de marché est la solution à ces derniers. Dans un monde riche de 7,5 milliards d’individus, le libéralisme est d’ailleurs l’unique solution pour concilier préservation de l’environnement et développement de l’humanité.

L’écologisme repose sur un mythe : l’homme vivait en harmonie avec son environnement jusqu’à l’avènement de la révolution industrielle. Depuis, la qualité de l’environnement n’aurait cessé de se détériorer. En réalité, ce récit d’un âge d’or ne résiste pas à l’examen des faits. C’est dès le départ que l’homme a commencé à détruire son environnement. Synthétisant les derniers travaux des spécialistes, l’historien Yuval Hariri affirme que, bien avant l’invention de la roue et de l’écriture, près de la moitié des grands animaux terrestres (notamment des millions de mammouths) furent exterminés par l’Homo Sapiens. Dans "Effondrement", Jared Diamond évoque ces sociétés et civilisations préindustrielles (les Mayas, les Vikings, les habitants de l’île de Pâques, etc.) qui se sont effondrées en raison de dégâts et de désastres environnementaux qu’elles ont-elles-mêmes causées.

Ce processus d’extinction s’est poursuivi durant la période agricole et s’est intensifié à partir du XVIIIème siècle lors de la révolution industrielle. Mais, c’est précisément à cette période que s’enclenche un retournement spectaculaire de cette tendance plurimillénaire. Dans un premier temps, la pollution de l’air, de l’eau et du sol atteint des records et la population occidentale connaît à la fois une explosion démographique et une hausse vertigineuse des standards de vie (santé, alimentation, éducation, espérance de vie, pouvoir d’achat, etc.). Ensuite, un sommet de pollution est atteint dans les pays occidentaux, se stabilise et finit par s’inverser. Ce phénomène a été théorisé par la courbe en U renversé portant le nom du prix Nobel d’économie Simon Kuznets.

Pour le dire autrement, plus une société se développe économiquement, plus elle est à même de lutter efficacement contre la pollution (elle a les connaissances scientifiques, les instruments technologiques et les moyens financiers pour le faire). Les indicateurs environnementaux (relevés chaque année par diverses agences) prouvent que la qualité de l’environnement s’est améliorée avec l’accroissement des richesses et du pouvoir d’achat. C’est ce que l’on constate, par exemple, lorsqu’on consulte le site de Bruxelles Environnement : les agents polluants (les substances acidifiantes, les précurseurs d’ozone, les particules fines, etc.) ont tous diminué massivement ces 30 dernières années (en moyenne de 60 à 70%) et les rapports successifs de la Région wallonne sur l’Etat de l’environnement wallon (pour la qualité de l’eau, de l’air, du sol, de la faune et de la flore, etc.) illustrent cette tendance lourde.

À rebours du catastrophisme

Entendons-nous : dire que les choses vont mieux ne veut pas dire qu’elles vont bien. Et nul ne peut nier l’ampleur considérable des actuels défis environnementaux. Mais, à rebours du catastrophisme ambiant, il faut combattre cette idée fausse et pessimiste que l’environnement se dégrade à un rythme accéléré et que les politiques environnementales menées ces dernières décennies auraient toutes échoué (on a écarté en Europe la menace des pluies acides, le trou de la couche d’ozone se rebouche, on a réduit de 90% la pollution pétrolière des océans, la couverture forestière mondiale se stabilise, etc.).

Pragmatique et progressiste

L’écologie ne pouvait émerger que dans une société libérale. C’est une idéologie "post-matérialiste" : elle naît dans l’abondance et l’intelligence générée par la prospérité libérale. La conscience écologique ne peut être atteinte qu’au terme d’un long processus civilisateur et ses bienfaits ne profitent encore qu’à une minorité d’humains en Occident. De larges parties du tiers-monde subissent encore l’accroissement alarmant de la pollution inhérent au premier stade. Plusieurs autres pays en développement atteignent heureusement le sommet de la courbe et entrent dans la phase de dépollution. Encore faut-il que ce développement ne soit pas entravé ou freiné par les contraintes, les taxes et les interdictions du modèle écologique dominant.

Nous poursuivons non une transition "écologique" (réformant radicalement notre mode de vie via la décroissance) mais une transition "énergétique", c’est-à-dire une politique libérale qui permet d’honorer les ambitieux objectifs climatiques grâce à la force conjuguée de la liberté, des innovations technologiques et de l’économie de marché. Non en taxant mais en incitant. Non en subsidiant mais en défiscalisant. L’écologie bleue est pragmatique : au lieu d’un plan contraignant et liberticide, on fixe un résultat à atteindre à telle ou telle échéance (2030, 2050) tout en laissant la liberté des moyens car il existe infiniment plus d’intelligence dans la population que dans la tête de quelques technocrates. Selon le principe libéral de neutralité technologique, si, par exemple, une nouvelle génération de moteurs apparaît et respecte des normes environnementales ambitieuses, on choisira celle-ci (peu importe que ledit moteur soit électrique, hybride, au gaz, à essence ou au diesel). L’écologie bleue est progressiste, alors que l’écologisme, obsédé par le principe de précaution, est conservateur : Ecolo a voté contre le compteur intelligent, est contre la voiture (électrique), le métro, les applications free floating de la smart mobility, etc. L’écologie bleue est attachée à la diversité : alors que l’écologisme vise à uniformiser les comportements, l’écologie bleue respecte et de protège les différents choix existentiels des individus (en appliquant le principe pollueur/payeur). Métaphoriquement, l’écologie bleue peut être comparée à une pratique préservant la biodiversité au niveau sociétal alors que l’écologisme conduit à la monoculture sociale.

Enfin et surtout, l’écologie bleue est foncièrement optimiste et prométhéenne : forte du potentiel gigantesque résidant dans l’idéalisme et l’intelligence de la jeunesse, elle vise non pas, comme le préconise Ecolo, à « reconnaître l’existence de limites », mais bien - comme l’homme l’a toujours fait depuis qu’il est homme - à les repousser. Non à décroître mais à conquérir.

(1) : Titre original : L'écologie bleue