Opinions

Lettre ouverte au Secrétaire d'État Philippe Courard.

Monsieur le Secrétaire d’Etat,

Cher Philippe Courard,

Votre intervention sur la politique tarifaire du parc d’attraction Walibi éveille toute notre sympathie. Effectuer un contrôle sur les prix sur les biens de première nécessité est en effet le rôle des pouvoirs publics. De nos jours, la culture et l’entertainment peuvent-ils être considérés comme des biens de première nécessité ? Votre intervention permet d’amorcer un débat important sur la place de la culture de notre société.

Seulement pour être cohérent, le gouvernement fédéral devrait prioritairement balayer devant sa propre porte. Depuis le départ de Paul Magnette, vous avez en effet hérité de la compétence de la Politique scientifique. Désormais c’est sous son autorité que les musées fédéraux développent une politique tarifaire bien plus problématique que celle de Walibi car il s’agit là d’établissements publics.

Les faits récents

Rappelons quelques faits récents marquant une tendance structurelle à la hausse des prix.

L’exposition Kandinsky actuellement en cours pratique un prix d’environ le double des expositions habituelles sans pratiquer aucun tarif avantageux envers les chômeurs ou les populations défavorisées. 17, 5 euros le week-end ! Plus que la moitié d’un billet adulte pour Walibi !

Début de l’année, diverses mesures d’accès gratuit ou à tarif réduit ont été supprimées avant votre entrée en fonction. L’entrée gratuite pour les jeunes de moins de 18 ans est désormais limitée à l’âge de 6 ans. La gratuité pour les demandeurs d’emploi et pour les personnes handicapées a été supprimée. Quant aux réductions pour les + de 60 ans, elles ne sont désormais plus attribuées qu’aux + de 65 ans.

En éparpillant les œuvres dans différents musées (Musée Magritte, Musée ‘Fin de siècle’ en préparation pour remplacer le Musée d’Art moderne), les Musées Royaux s’apprêtent finalement à faire passer le droit d’entrée qui était encore de 5 euros il y a cinq ans à des droits d’entrée cumulés d’un montant de 24 euros quand le musée ‘Fin de siècle’ sera ouvert. Pour un meilleur service aux publics ? Chacun appréciera.

Si le contexte dans lequel évoluent les musées est difficile, il convient néanmoins que leur management et les pouvoirs publics qui les chapeautent tiennent compte de l’état des finances des ménages qui sont leur public prioritaire et leur principal sponsor car la dotation des musées provient prioritairement de l’impôt.

Des propositions alternatives

Notre association Arts & Publics, qui assure la promotion des musées gratuits le premier dimanche du mois, vous a rencontré le 23 mai dernier. L'esprit de dialogue y a régné dans une ambiance très constructive.

Nous y avons formulé quatre propositions très concrètes.

1. Le transfert de la gratuité du mercredi 1er janvier 2014 (le musée sera fermé) au dimanche 5 janvier 2014 en compensation (le mercredi 1er mai fut aussi fermé) et l’inclusion des musées fédéraux dans un événement ce jour-là avec une trentaine d’autres musées bruxellois dans le cadre d’une politique de City Marketing coïncidant avec la clôture des Plaisirs d’Hiver.

2. La mise en place à titre d'expérience-pilote de la gratuité du premier dimanche du mois pendant deux ans dans deux institutions fédérales : le Musée de la Porte de Hal et le Musée d’Extrême-Orient.

3. La révision des horaires d’ouverture des musées Wiertz et Constantin Meunier. Ceux-ci sont gratuits tous les jours. L’horaire d’ouverture du mardi au vendredi ne peut rencontrer le grand public. Imposer un horaire d’ouverture tout public le week-end et des visites de groupes notamment scolaires en semaine sur réservation serait plus cohérent et sans doute plus économique en nombre d’heures prestées.

4. L’organisation d’une grande rencontre scientifique européenne sur les questions de l’accessibilité tarifaire, horaire et géographique des musées. Nos propositions sont pratiques et peu onéreuses. Vous conviendrez aisément que nous ne combattons pas des... moulins à vent.

Nous attendons désormais votre réponse.

Jacques Remacle, administrateur-délégué d’Arts & Publics