Une opinion d'Ali Daddy, journaliste et auteur du livre "Le Coran contre l'intégrisme".


Ce que révèlent les débats sans fin sur le "voile" (hijâb) en tant que "signe religieux", c’est avant tout l’ignorance, aussi bien de ses adversaires que de ses partisans. Une petite mise au point s’impose.



Alors que l’on vient de friser l’écœurement du fait de l’actualité française de ces dernières semaines sur le sujet, nous apprenons que les parlementaires bruxellois(1) se sont à leur tour récemment écharpés sur la question du sempiternel "voile islamique". Petite mise au point.

L’habit ne fait pas le moine

Pour le Coran, texte fondateur de l’islam, l’habit ne fait pas plus la musulmane qu’il ne fait le moine ! Pas plus d’ailleurs que la barbe ou le prénom Mohammed ne fait le musulman !

Le terme arabe hijâb vient de la racine h.j.b. qui a donné le verbe hajaba qui signifie "cacher, masquer, occulter". Dans le Coran, il est fait une mention très précise du terme hijâb qui n’est pas celle d’un vêtement mais d’un rideau. On trouve ce même rideau dans les tentes bédouines pour séparer la partie privée de la tente de l’espace d’accueil.

"Quand tu psalmodies le Coran, Nous posons entre toi-même et ceux qui ne croient pas à la vie dernière un rideau caché." (XVII, 45)

Aujourd’hui, le hijâb est devenu, en raison de l’évolution de la langue arabe, le nom d’un vêtement dont la fonction première est de "cacher, occulter, masquer" le corps. Ceux qui font la promotion de ce hijâb revendiquent explicitement l’idée, au contraire du Coran, que l’habit fait le moine ou que le hijâb fait la musulmane !

Le champ sémantique du terme hijâb s’est également étendu aux fichus et autres foulards dont la fonction est de "cacher, occulter, masquer" les cheveux.

Rappelons que nulle part dans le Coran, il est fait mention du hijâb en tant que vêtement et encore moins de celui-ci comme une prescription religieuse !

Quant aux adversaires de ce fameux hijâb, qu’ils considèrent comme un signe "religieux" ou "convictionnel", non seulement ils veulent également nous faire croire que l’habit fait le moine, mais s’érigent par là en "nouveaux théologiens" d’un islam qui n’existe que dans leur imagination. Ce sont souvent les mêmes qui nous disent à l’occasion que le Coran appelle à tuer les juifs et les chrétiens !

En fin de compte, ce que révèle le débat sans fin sur ce "voile" (hijâb) en tant que "signe religieux", c’est avant tout l’ignorance, aussi bien de ses adversaires que de ses partisans, de la réalité bien plus subtile de l’islam et surtout de son texte fondateur, le Coran.

La preuve par l’absurde

Si on veut aller au fond des choses, on admettra aisément que la manière de s’habiller d’une population donnée est liée aux conditions socio-culturelles de cette population à un moment donné de son histoire. La preuve en est que les pires ennemis de Muhammad, en tête desquels Amr ibn Hishâm, surnommé Abou Jahl (le père de l’ignorance), s’habillaient de la même manière que lui.

La tenue vestimentaire du Prophète était avant tout caractéristique de celle d’un Arabe ou d’un Mecquois vivant au VIIe siècle de l’ère chrétienne. Si Muhammad avait vécu en Chine, il se serait habillé comme un Chinois et s’il avait vécu en Europe, il se serait habillé comme les Européens de son temps !

Une réalité éminemment politique

C’est également le cas pour les noms qui sont liés à la culture et non pas à la foi de ceux qui les portent : il y a des Mohammed parfaitement athées, des musulmans qui s’appellent Jésus, Jacob ou Moïse et des chrétiens qui répondent au nom d’Amine ou Bachir !

Rappelons-nous aussi qu’avant 1979, date de la révolution iranienne, notre société n’était pas agitée par des débats sur les signes religieux qualifiés improprement "d’islamiques". Or, n’oublions pas que la révolution iranienne est avant tout un processus essentiellement politique et non pas religieux. Même si c’est aussi à partir de ce moment-là qu’un phénomène d’exportation de masse de l’idéologie d’un islam politique a commencé à se répandre à travers le monde. On ne sait que trop bien où nous en sommes arrivés aujourd’hui !

Une laïcité de bon sens

Fort heureusement, il y a toujours eu des êtres de bon sens. Écoutons la réponse d’Aristide Briand, rapporteur de la loi de 1905, au député de la Drôme Chabert, lors de la séance du 26 juin 1905 à la Chambre : "Messieurs, au risque d’étonner l’honorable M. Chabert, je lui dirai que le silence du projet de loi au sujet du costume ecclésiastique, qui paraît le préoccuper si fort n’a pas été le résultat d’une omission mais bien au contraire d’une délibération mûrement réfléchie. Il a paru à la commission que ce serait encourir, pour un résultat problématique, le reproche d’intolérance et même s’exposer à un danger plus grave encore, le ridicule que de vouloir, par une loi qui se donne pour but d’instaurer dans ce pays un régime de liberté au point de vue confessionnel, imposer aux ministres des cultes l’obligation de modifier la coupe de leurs vêtements…

Votre commission a pensé qu’en régime de séparation la question du costume ecclésiastique ne pouvait pas se poser. Ce costume n’existe plus pour nous avec son caractère officiel, c’est-à-dire en tant qu’uniforme protégé par l’article 259 du Code pénal. La soutane devient, dès le lendemain de la séparation, un vêtement comme un autre, accessible à tous les citoyens, prêtres ou non. C’est la seule solution qui nous ait paru conforme au principe même de la séparation, et c’est celle que je prie la Chambre de vouloir bien adopter."

En finir avec le "voile islamique"

Pour le Coran, le seul vêtement qui vaille est celui de la foi qui est un acte de nature exclusivement éthique à l’image de Dieu qui S’assigne à Lui-même l’éthique (cf., VI, 54).

"Ô Humains, Nous avons fait descendre sur vous une vêture pour cacher votre honte, et comme plumage, mais la vêture de se prémunir vaut davantage." (VII, 26)

(1) Lors d’une interpellation concernant l’interdiction du port de signes convictionnels à la Haute École Lucia de Brouckère.