Une opinion de Claire Lobet-Maris, sociologue, professeure à l’UNamur, faculté d’Informatique.

Dans ces temps de crise, les personnes se révèlent pour le meilleur ou pour le pire... Voici 7 petits profils dressés sur base d’une consommation intensive de Facebook ces derniers jours.

Profil 1- Le râleur

Celui-là (c'est surtout des hommes, enfin dans mon réseau) il râle toute l'année : Il dégouline pendant la canicule, se les gèle en hiver. Heureux homme, il connaît, avec le coronavirus, son heure de gloire, un véritable pic de bonheur où tout y passe : la bande d'incapables qui nous gouvernent, le stock de pâtes insuffisant dans son Carrefour Market, ses inconscients de voisins qui continuent à vivre à peu près normalement... On se dit, en le lisant sur Facebook, qu'on tiendrait maximum trois minutes si on devait partager la même tente que lui dans un camp de réfugiés sanitaires (on passe à cinq minutes s'il a le physique de Hugh Grant ou de Robert Redford).

Profil 2 - L'intelligent

Il ou elle, comme St Thomas, ne croit que ce qu'il/elle a lu et partage à tour de bras des articles tous aussi chiants et déprimants les uns que les autres sur le virus. Vous y apprenez à peu près tout et son contraire... et vous vous dites qu'avec eux, la science aurait fait plus de morts encore qu'Hiroshima, à commencer par les scientifiques eux-mêmes, s'étripant à coup de certitudes.

Profil 3 - Le complotiste

Celui-là (surtout des hommes dans mon réseau) voit dans le virus un cheval de Troie, envoyé par la Chine pour mettre à bas le monde capitaliste et bien sûr, dans la foulée, nous envahir, prendre nos femmes et nos enfants. La même version circule avec les Russes, le Quatar, le Vatican, les banques ou encore les Martiens. Si l'effondrement de la bourse semble parfois leur donner un peu raison , on se dit quand même qu'une tournée minérale pour au moins six mois leur ferait le plus grand bien!

Profil 4 - Les critiques

Ils, des hommes et des femmes, cette fois, sont la version 2.0 des précédents. Pas de complot pour eux, le capitalisme se débrouille très bien tout seul pour s'effondrer. Ils se réjouissent, parfois un peu cruellement, de cette grande claque que prend notre économie à cause d'un tout petit virus et y voient une fenêtre (un boulevard pour certains) pour installer un autre modèle de société.

Profil 5 - Les humoristes

Ceux-là (homme comme femme) nous font rire, en postant des vidéos souvent très drôles d'eux-même ou faites par d'autres. Avec eux, le monde reprend des couleurs. Leur devise est celles des Monty Python "Always look on the bright side of life". Je les aimes bien...

Profil 6 - Les bricoleurs créatifs

Ils ou elles sont créatifs et ne restent pas les bras ballants en attendant que cela passe. Ils se retroussent les manches et partagent à tour de bras (mais à bonne distance quand même) des tutos sur comment faire votre petit masque, prendre le tram sans toucher le métal, utiliser économiquement le PQ (en voila une idée qu'elle est bonne !), faire votre propre liquide hydro bazar à partir de l'horrible plante verte de tante Gilberte ou de peau de banane macérée dans du jus de carottes bio (là je dis n'importe quoi... mais parfois eux aussi !)

Profil 7 - Les mères de famille avec des enfants en bas âge

Comme le nom du profil l'indique, il s’agit surtout de femmes, toujours au poste en cas de crise, malgré des décennies de combat féministe. Ce profil est la version "garderie" du profil 6. On s'échange des bons trucs et des bons plans pour occuper les enfants jusqu'au 20 avril. Les bons trucs et les bons plans sont très très sages et même un peu trop sages : très peu de concours de lâcher de ballons remplis d'eau sur la tête des passants (pourtant conseillé en période d'épidémie), très peu de 24H chrono devant la télé avec des chips (ou des chachas, ou des chockotoffs...), du coca (ou du fanta, ou du cécemel ou un Mojito - euh non ça c'est pour moi) et pas besoin de s'habiller (mon rêve!) ...Non rien de tout cela dans ce qui s'échange mais du sérieux, du lourd fait de lectures, d'apprentissage des langues en regardant la télé (ah) en flamand (beurk), de jeux coopératifs (évidemment), de découverte de la cuisine bio (re-évidemment)... Admirons-les, toutes ces femmes préoccupées par leurs enfants, pendant que leurs maris courent sauver la planète (dans la toute toute meilleure version du produit, mais il paraît qu'il n'y en a plus beaucoup dans les rayons)!

Il faut de tout pour faire un monde...pour faire taire un virus aussi. Nous sommes tous bien différents, mais tous unis par cette incertitude et la ferme volonté de ne pas perdre la face au combat. C'est ça la belle poésie de la vie.